Amérique Latine et identité culturelle

Porfirio Diaz

L’Amérique Latine apparait, depuis quelques années, comme un sous-continent rebelle. Cette rébellion s’exprime d’abord à l’encontre de la mondialisation libérale (rôle historique de Porto Alegre[1]), mais aussi contre le voisin nord-américain. Le dictateur mexicain Porfirio Diaz affirmait d’ailleurs en 1878 : « Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis ». Les rébellions qui surviennent en Amérique Latine ont, de plus, une très forte base culturelle et identitaire, et s’accompagnent de la résurgence de mouvements tels que l’indianisme, qui marquent la volonté d’expression et de politisation de certaines populations locales.

En outre, la mondialisation a longtemps été vue comme une américanisation, y compris culturelle, du monde. L’Amérique Latine illustre cependant à l’échelle de tout le sous-continent un des gros paradoxes de la mondialisation : la globalisation des échanges a en effet favorisé l’apparition d’identités infra-nationales allant exactement à rebours de ce que l’on croyait être un processus d’homogénéisation. Dans le cas de l’Amérique Latine, ce processus de renforcement des identités locales semble se manifester à l’échelle de toute la région, en apportant par ailleurs une contestation de l’ordre politique et économique libéral qui régit la mondialisation. Une telle contestation conduit actuellement à un retour des nationalismes de type populiste qui semblent renouer avec les pires heures de l’Amérique Latine. Le sous-continent latino-américain est d’ailleurs l’un des rares à ne pas se définir en termes géographiques, mais plutôt par opposition à l’Amérique du Nord (anglo-saxonne). La culture est-elle vraiment un élément du soft power ? Quand on ne maitrise pas les armes du hard power, le fait de posséder la latinité permet d’équilibrer les rapports de force ?

Faut-il donc considérer le réveil identitaire fort de l’Amérique Latine comme une manifestation affirmée de la volonté politico-culturelle de s’émanciper des États-Unis ? Ou bien faut-il penser, à l’image de mouvements tels que l’indianisme, que ce réveil identitaire enferme à nouveau l’Amérique Latine dans un régionalisme exacerbé, tournant le dos à une mondialisation souvent critiquée voire rejetée par les états de la région?

I – Entre latinité et métissage, l’Amérique Latine a une identité culturelle forte qui transcende les différences nationales.

A – Cette Amérique se définit comme latine par opposition historique, culturelle et géopolitique à l’Amérique du nord.

L’Amérique Latine se différencie d’abord de l’Amérique du Nord par les circonstances historiques de sa colonisation qui, à la différence du nord (colonisé par la France et la Grande Bretagne), a été accomplie par l’Espagne et le Portugal. Aussi, en Amérique Latine, la colonisation a pris la forme d’une croisade religieuse, à la différence de la colonisation du Nord, très tôt vue comme une colonisation de peuplement. Les colons ont été très peu nombreux à s’installer en Amérique Latine, et la création de villes coloniales a eu pour unique objectif de répondre à un besoin de contrôle des territoires. Les principales implantations urbaines ont été soit fluviales, soit littorales. Les implantations intérieures ont été laissées aux missions religieuses qui avaient pour volonté d’évangéliser les populations. La conquête de l’Amérique Latine correspond donc déjà à une logique de mondialisation, dans le sens homogénéisation.

L’Amérique Latine se distingue aussi de l’Amérique du Nord sur le plan linguistique et religieux. Les langues y sont largement latines (Espagnol ou Portugais au Brésil[2]). Seuls les Caraïbes, deux des trois Guyanes et le Belize anglophone se distinguent. Sur le plan religieux, le Nord est marqué par différentes variances de protestantisme, tandis que le catholicisme est l’un des éléments les plus unificateurs de l’Amérique Latine.

L’affirmation de l’Amérique Latine a eu très tôt un rapport avec la géopolitique pour se différencier de l’Amérique du Nord.  Le mot Amérique est d’origine européenne, puisqu’il est tiré du nom du navigateur italien Amerigo Vespucci, qui, au XVème siècle, fut le premier à émettre l’idée de l’existence du continent sud-américain[3]. L’expression d’Hispano-Amérique, apparue au XVIIIème siècle, a été rapidement écartée pour qualifier le sous-continent américain. Le terme d’Amérique Latine s’est quant à lui imposé pour des raisons géopolitiques : les visées coloniales de Napoléon III dans la région. En effet, afin d’instaurer au Mexique un régime en accord avec les intérêts français dans la région et de contrer les États-Unis, Napoléon III a élaboré le projet de constituer dans les années 1860 un ensemble américain cimenté par une culture commune (la latinité), et émancipé de l’Amérique du Nord. Le concept d’Amérique Latine est né.

 B – Plus encore que Latine, cette Amérique apparait comme métisse, à la fois dans son peuplement et dans son activité culturelle …

             Durant la Conquista, les lois espagnoles ont pris soin, dès le XVIème siècle, de séparer les territoires qui étaient soumis aux lois de la métropole espagnole et ceux auxquels on appliquait les lois indigènes ou indiennes. Pourtant, le métissage a commencé dès cette époque: Hernan Cortés a d’ailleurs été l’un des premiers à pratiquer le métissage avec sa maitresse indienne : Malinche, dont il eut un fils. A l’origine, le terme « métisse » désigne donc le fils d’un blanc et d’une indienne. Par la suite, le terme de métisse a fini par définir tous ceux qui ont du sang mêlé. C’est en Amérique Latine que les métissages entre blancs et indiens ont été les plus nombreux.

L’apparition du commerce triangulaire au XVIIIème siècle a donné naissance à une société de type esclavagiste, principalement liée à l’économie de plantations : il s’agissait au départ de plantations en majorité sucrières, qui se sont par la suite de plus en plus diversifiées (tabac, coton, café, cacao…). La traite des esclaves noirs dans la région a des conséquences démographiques importantes aujourd’hui, puisque les populations noires constituent une part très importante dans la démographie de certains pays latino-américains (30% en Guyane, 10% au Venezuela, 70% de mulâtres[4] à Cuba). Entre 1850 et 1900, suite à l’abolition de la traite et de l’esclavage, d’autres migrations ont pris le relais en Amérique Latine : 400 000 travailleurs immigrés venus de Chine continentale sont arrivés sur la côte pacifique du sous-continent (Pérou et Chili), dans des conditions très médiocres, pour travailler dans les plantations, mais aussi dans les grands chantiers d’infrastructures (réseaux ferroviaires, creusement du canal de Panama). Enfin, les années 1850 à 1930 ont été marquées par l’arrivée en Amérique Latine de 10 millions d’immigrants européens, notamment au Brésil et en Argentine : Amériques Blanches du Cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay, Sud du Brésil).

Vierge de Guadalupe

            Le métissage culturel auquel on assiste en Amérique Latine est notamment présent dans le domaine religieux : même si le catholicisme est largement majoritaire en Amérique Latine, les religions y sont très souvent teintées de syncrétisme. La vierge de Guadalupe est par exemple un des symboles les plus représentatifs de ces variances locales du catholicisme : figure majeure du catholicisme en Amérique Latine (elle est la sainte patronne du Mexique), elle constitue la continuation christianisée de la déesse de la fécondité dans la religion Aztèque et fait l’objet de pèlerinages qui attirent chaque année plusieurs millions de fidèles. On peut également citer l’Umbanda au Brésil, mélange de catholicisme portugais, de cultes amérindiens et de cultes africains.

Enfin, le métissage culturel a une grande influence artistique sur tout le sous-continent latino-américain : la capoeira par exemple, discipline encore pratiquée aujourd’hui, est un art martial qui mêle origines africaines et origines brésiliennes, et qui tire sa source de l’époque de l’esclavage et de la traite négrière au Brésil au XVIème siècle.

 C – … Ce qui relève d’un projet politique visant à consolider des identités nationales.

 Le métissage résulte d’un projet politique, qui permet de réconcilier identité nationale et identités latines. Cette politique s’explique d’abord par la difficile construction des identités nationales au XIXème siècle. Entre 1810 et 1830, l’Amérique Latine se disloque en une quinzaine de républiques indépendantes, pour qui très tôt va se poser la question de l’identité nationale. Deux grands types de difficultés peuvent être distingués:

  • Ces pays ont des racines communes : ils sont cimentés par la colonisation, et possèdent un socle hispanique et catholique… ce qui complique l’émergence d’un sentiment national propre à chaque Etat. L’indépendance de nombreux Etats du continent et leur émancipation vis-à-vis des colonies espagnoles ont été rendues possibles par Simon Bolivar, figure emblématique de l’époque, et José de San Martin. Cependant, malgré l’ambition de Bolivar de créer une république de Grande Colombie[5] en 1819, les tensions interrégionales vont rapidement prendre le pas sur les projets d’unification de la région, marquant le XIXème siècle de conflits frontaliers et de sentiments revanchards de plus en plus exacerbés.
  • De nombreux clivages existent au sein de ces Etats latino-américains : à l’exception du Mexique, les indépendances ne sont pas le fait de révoltes populaires, mais des élites créoles, c’est-à-dire de descendants blancs inspirés par des modèles politiques européens ou nord-américains. L’affirmation de Bolivar : « Nous ne sommes ni indiens, ni espagnols : nous sommes quelques chose d’intermédiaire entre les légitimes maîtres du pays et les usurpateurs espagnols » illustre bien les inégalités consécutives aux indépendances des Etats latino-américains : ce sont en effet les oligarques créoles qui se sont chargé de consolider les projets nationaux, excluant de fait les masses populaires du pouvoir.

En conséquence, le métissage a été conçu comme un projet d’identité nationale et de cohésion, invoqué par tous les dirigeants politiques : José Marti, homme politique cubain, invoque à la fin du XIXème siècle « notre Amérique métisse ». Ainsi, la glorification du métissage est la solution que l’Amérique Latine a cru trouver aux inégalités ethniques et raciales, dans un peuple métisse cimenté par des identités nationales. Ce projet a été prôné par la plupart des dirigeants : les nationalistes populistes, les mouvements de gauche qui voient dans le métissage un moyen de rompre avec l’exploitation par les blancs des indiens et des noirs. La question métisse a fini par être intégrée dans le concept de lutte des classes. La valorisation du métissage passe par la valorisation du passé indien de l’Amérique Latine (exemple de l’Institut National de l’Indigénisme créé à Mexico en 1940 qui rend possible l’éducation bilingue).

Cette politique métisse s’est accompagnée d’une véritable nationalisation de la culture : par des créations artistiques devenues emblématiques d’un pays : on peut penser par exemple au tango, danse issue d’un métissage, emblème de l’Argentine. En 1979, la Cueca, danse typique de l’Amérique Andine, a été promue par un décret du gouvernement danse nationale du Chili. De même, la Samba a été déclarée danse nationale au Brésil. Au niveau sportif, le football au Brésil ou le baseball dans certaines îles des Caraïbes jouent un rôle majeur. Surtout, les identités nationales se sont fondées autour d’icônes nationales telles que Bob Marley en Jamaïque, ou, dans un autre registre, Che Guevara à Cuba. En Argentine, on peut parler d’une autre forme de métissage : un métissage « intra-blanc » avec l’exemple du couple Perón, ou encore de Maradona. L’identité nationale se construit aussi sur la réhabilitation de traditions autrefois refoulées (le Gaucho en Argentine). Depuis les années 1920-1930, la figure du Gaucho est réhabilitée : et constitue une figure emblématique d’une Amérique Latine fière de ses valeurs.

 

II – Cependant, la crainte récurrente d’une « Nord-américanisation » conduit à une résurgence identitaire qui semble tourner le dos aux évolutions politiques, économiques et culturelles du reste du monde.

 A – La mondialisation est souvent vue par les Latino-américains comme un risque de dilution et d’appauvrissement de leur culture …

             La mondialisation est d’abord vue comme une homogénéisation des modes de consommation et des modes de vie à l’échelle mondiale. La multiplication des centres commerciaux dans certaines villes d’Amérique Latine favorise le développement de  nouveaux modes de consommations, de type fast-food, remettant en question les marchés traditionnels, et aussi un certain nombre de traditions alimentaires locales. La diffusion de produits culturels dans le monde est également vue comme un facteur d’appauvrissement croissant, comme le montre l’exemple des telenovelas, roman-feuilleton télévisés qui ont connu un réel succès grâce à la mondialisation, mais dont le genre tend à s’appauvrir progressivement, appauvrissement que les musicologues repèrent également dans d’autres formes artistiques typiques de la culture latino-américaine, à l’image de la salsa.

B – … D’autant plus qu’elle s’accompagne d’une «Nord-américanisation »…

             L’Amérique Latine a depuis longtemps été considérée comme la « chasse gardée des États-Unis ». Ce qu’on appelle la doctrine Monroe (« l’Amérique aux américains ») en est la preuve, puisqu’elle prônait à la fin du XIXème siècle l’interdiction de toute forme de colonisation de la région par les pays européens.

 Aujourd’hui, l’influence des États-Unis sur l’Amérique Latine se traduit d’abord par la pénétration de la langue anglaise. Partout en Amérique Latine, l’enseignement de l’anglais a pris le dessus sur l’enseignement des autres langues étrangères. De plus, les élites latino-américaines partent très souvent se former dans de grandes universités américaines, ce qui était beaucoup moins le cas dans le passé. Sur le plan religieux, cette nord-américanisation prend la forme de la percée du protestantisme en Amérique Latine, et ce depuis les années 1960. Deux autres facteurs jouent un rôle important dans le déclin de l’influence catholique:

  • L’aide apportée par les églises pentecôtistes[6] nord-américaines
  • Le catholicisme devient victime d’une crise qu’il a fabriqué lui-même.

L’intervention États-unienne dans les années 1970-1980 a constitué un axe d’entrée en Amérique Latine pour le protestantisme. Les américains sont apparus comme des médiateurs voulant apporter la paix et rompre avec le traditionnel soutien aux dictateurs. L’image du protestantisme a donc changé, au moins en Amérique centrale. Dans des pays tels que la Bolivie ou le Brésil, 15 à 20% de la population est protestante.

 C – … Qui mène à la résurgence d’identités nationalistes ou indianistes pouvant nuire à l’unité de l’Amérique Latine.

 Ce réveil des identités nationales ou infranationales a notamment pour origine le hiatus entre le discours culturel sur le métissage et une réalité socio-économique différente : celle de la domination d’une élite blanche sur les noirs, les indiens et les métisses. Les États Nations, par pur clientélisme, se placent trop souvent sous la légitimité du métissage, tandis qu’en réalité de la ségrégation sévit toujours entre les régions et les quartiers les plus pauvres et les plus riches (plus blanches). Au Brésil par exemple, le Nordeste, pauvre, est majoritairement noir alors que le Sudeste, riche, est majoritairement blanc.

En conséquence, on assiste depuis une quinzaine d’années à un passage de l’indigénisme à l’indianisme : l’indigénisme était une politique des pouvoirs publics nationaux qui consistait à associer l’histoire indigène à la mythologie nationale. L’indianisme, propre aux populations indiennes, dénonce dans le métissage officiel une hypocrisie visant à camoufler des inégalités socio-économiques structurelles. La conséquence de ce mouvement indianiste a été l’introduction du critère ethnique dans la vie politique et syndicale. Tout comme Rafael Correa en Equateur, Evo Morales a utilisé  des fins électorales ses origines amérindiennes pour négocier une alliance avec les indiens afin arriver au pouvoir en Bolivie.

            Ce mouvement indianiste est d’une certaine façon un mouvement qui tourne le dos à l’ouverture à la mondialisation. Dès la fin des années 1980, les défenseurs de la cause indienne ont obtenu des réformes constitutionnelles reconnaissant par exemple l’enseignement des langues indiennes dans l’éducation nationale (exemple de la Bolivie qui a désormais 4 langues nationales : Espagnol, Quechua, Aymara, et Guarani), ou encore des formes de territorialités et d’exercices de droits coutumiers. Il n’y a pas de raison de penser que la réaffirmation de ces racines indiennes soit favorable à l’intégration régionale des nations sud ou centre-américaines.

 

III – Pourtant, la latinité de cette Amérique est plus que résistante face aux influences Nord américaines et elle commence à être perçue comme un instrument d’intégration régionale et d’insertion dans une autre mondialisation.

A – L’invention de l’identité culturelle latino-américaine s’est toujours faite et continue à se faire par le reste du monde

            La circulation internationale de tous les artistes et écrivains issus d’Amérique Latine leur a souvent permis de se rencontrer en dehors de leur continent d’origine et de constituer des communautés latino-américaines qui ne se pensaient pas forcément ainsi auparavant. L’écrivain argentin Cortazar par exemple considérait Paris comme la ville qui lui a permis de découvrir sa latinité. La mondialisation a aussi permis une diffusion de la culture latine dans le monde par le biais de spectacles ou d’expositions qui permettent de faire découvrir au reste du monde certains éléments culturels latino-américains (exposition sur l’ancienne cité de Teotihuacan au musée du Quai Branly à Paris par exemple).

            La promotion du tourisme étranger en Amérique Latine joue également un rôle majeur dans la reconnaissance du patrimoine culturel, architectural et naturel du sous-continent. Certains pays, à l’image du Costa Rica, ont fait du tourisme une des bases de leur économie. Le Costa Rica est d’ailleurs aujourd’hui le pays le plus touristique d’Amérique centrale.

 B – Plus encore aujourd’hui, la latinité apparait comme résistante voire conquérante face à l’anglo-saxonisation…

En termes de résistance, l’arrivée au pouvoir des gauches républicaines peut être interprétée comme un élément de fierté latino-américaine réaffirmée face à la culture anglo-saxonne dominante. Dès 1943, en s’inspirant des grandes universités américaines, le gouvernement mexicain a créé l’Institut Technologique et d’Études Supérieures de Monterrey (TEC), désormais présent dans une vingtaine de villes du Mexique. Rapidement devenu l’un des centres de formation privés parmi les plus prestigieux d’Amérique Latine, le TEC est notamment destiné à enrayer la fuite des cerveaux vers l’Amérique du Nord, et attire des étudiants venus d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.

            A l’échelle mondiale, la latinité exerce une image conquérante : la culture politique héritière des idées tiers-mondistes fait aujourd’hui de l’Amérique du Sud un pôle majeur de l’alter-mondialisme.

C – … Ce qui lui offre un atout géopolitique aujourd’hui illustré en particulier par le rapprochement avec l’UE

             La redécouverte de la latinité a permis un resserrement des liens entre l’Amérique Latine et l’Espagne. Dès les années 1960, des traités de double nationalité ont été signés entre l’Espagne et l’Amérique latine. Un latino-américain peut désormais acquérir la nationalité Espagnole après 2 ans passés en Espagne contre 10 ans pour les ressortissants d’autres pays. L’Espagne a également supprimé la demande de visas pour l’entrée de la plupart des pays latino-américains. L’Espagne a relancé ses exportations vers l’Amérique Latine dans les années 1970. Des entreprises mixtes ont été créées, et naturellement, ces échanges se sont multipliés avec le boom espagnol (1980- 1990). Ces liens économiques ont été renforcés par une importante immigration sud-américaine en Espagne. Il y aurait en effet plus de 250 000 latino-américains en Espagne. Les argentins bénéficient d’ailleurs en Espagne d’un certain nombre d’avantages, comme par exemple l’obtention immédiate de la nationalité s’ils s’engagent dans l’armée. Ce resserrement des liens dans la communauté ibéro-américaine s’est traduit par une institutionnalisation politique : l’hispanité. Le premier sommet de l’hispanité a été lancé en 1991 avec la très claire ambition de former l’équivalent d’un Commonwealth hispanique.

            L’Espagne a joué le rôle de médiateur entre l’Europe et l’Amérique Latine. Aujourd’hui, l’idée d’hispanité partagée permet le resserrement des liens entre l’Amérique Latine et l’UE, mais aussi l’implication du sous-continent dans des organisations régionales (en particulier le Mercosur). Sur le plan culturel, ce resserrement a débouché sur la signature des accords ALFA, qui prévoient la coopération entre 1000 universités européennes et latino-américaines, et le programme ALBAN qui constitue un équivalent du programme européen Erasmus pour l’Amérique Latine.

Conclusion

 

 L’Amérique Latine a incontestablement une identité culturelle forte, qui s’est construite en grande partie dans les tensions métisses qui n’ont cessé d’exister sur place depuis environ cinq siècles. Le métissage latino-américain n’est ni comme en Amérique du Nord une juxtaposition de groupes qui restent cloisonnés, ni une fusion totale. Le métissage latino-américain se situe entre les deux, comme  une sorte de va-et-vient entre toutes ces identités culturelles. Le principal obstacle culturel pour l’affirmation de ce métissage est peut-être moins aujourd’hui dans la menace nord-américaine que dans l’exercice politique et socio-économique de ce métissage à la latino-américaine. La réaffirmation identitaire est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur sur le continent américain : au Nord avec les WASP conservateurs, dans les Caraïbes avec le réveil de la négritude, et au Sud avec le réveil indien. Le risque est que tous ces réveils ne fassent tourner le dos politiquement à la mondialisation et n’enferme l’Amérique Latine dans une sorte de régionalisme politique et culturel hostile à des influences extérieures.

Annotations

[1] Manifeste de Porto Alegre : ensemble d’idées établies lors du Forum social mondial de 2005 qui constituent le socle de la pensée altermondialiste

[2] Suite au Traité de Tordesillas en 1494, qui établit le partage du Nouveau Monde entre les puissances coloniales Portugaise et Espagnole.

[3] Alors que les autres navigateurs de l’époque pensaient débarquer en Asie

[4] Individus nés d’un père noir et d’une mère blanche, ou d’un père blanc et d’une mère noire, ou de deux parents mulâtres

[5] Regroupant le Panama, la Colombie, le Venezuela et l’Équateur

[6]  Mouvance protestante évangéliste qui prend de plus en plus d’ampleur aux États-Unis et en Amérique Latine

1 Commentaire

  1. Tu ne cites pas tes sources, j’aurais aimé savoir d’ou viennent tes chiffres sur les partenariats entre les écoles latino-américaine et européenne? Merci

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  1. Amérique Latine et identité cultu...

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