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La Centrafrique fait partie des pays les plus pauvres de la planète. Selon l’IDH, elle est classée 180e pays sur les 186 pays dans le monde (chiffres 2013). Perpétuellement en conflit depuis des décennies, zoom sur le sort d’un pays en grande détresse où un début de guerre entre chrétiens et musulmans fait fuir des dizaines de milliers de personnes dans les forêts. Depuis le 24 mars 2013, un coup d’Etat a renversé le président Bozizé. Pillages, viols et violences entre les chrétiens et la minorité musulmane (représente 15% de la population) sont le quotidien des habitants du pays. Les populations sont en fuite, chassées par la Seleka (rébellion à dominante musulmane qui a pris le pouvoir en mars dernier et qui constitue désormais l’armée officielle). En ville, de nombreuses maisons sont incendiées, et  le peu d’habitants restants sont musulmans. Ces derniers ont une autre version du massacre ; ils accusent la milice chrétienne : les antibalakas (populations locales qui exaspérées se constituent en milices d’autodéfense).

A Bossangoa, 40 000 personnes sont regroupées autour de la cathédrale, ils viennent des villages alentours. Une aide internationale est venue pour les secourir mais elle est insuffisante. Il y a chaque jour dans le camp au moins cinq morts, victimes de maladie ou malnutrition. La situation est véritablement chaotique, il n’y a plus d’Etat, et les ex rebelles du Seleka font la loi. Dans leurs rangs, on trouve des mercenaires tchadiens ou soudanais et  des enfants soldats. Ils protègent la minorité musulmane des représailles des chrétiens. La France, seule présence occidentale en Centrafrique dispose de 450 soldats basés à Banghi la capitale, et il est prévu que leur contingent soit très prochainement renforcé. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius caractérise ce conflit de génocide, d’autres parlent de guerre confessionnelle quand certains qualifient cette guerre de guerre civile. Afin de pouvoir déterminer la nature du conflit, il sera opportun de s’intéresser aux différentes confessions et ethnies présentes dans le pays, puis à la chronologie du conflit depuis le renversement du président Bozizé.

 

 Centrafrique

 

Communautés ethniques et religieuses

 

            La République Centrafricaine compte 4,7 millions d’habitants. Elle se compose d’une multitude d’ethnies (on parle de 90 groupes culturels répartis en neuf groupes) qui coexistent dans un climat relativement agité, créant inévitablement des clivages.

 Sans titre

La population est à majorité chrétienne (51.4% de protestants et 28.9% de catholiques). L’animisme est une religion traditionnelle, qui est pratiquée par 35% des Centrafricains du pays toutes religions confondues. Les musulmans qui y sont installés sont pour la plupart venus du Nord (on compte dans ses rangs en majorité des Tchadiens, mais aussi des Soudanais, Libanais, Egyptiens, Sénégalais, Syriens, et des peuples locaux). Officiellement, on compterait environ 10% de musulmans dans le pays, mais ils représenteraient en réalité 15% à 17%. Cependant, seuls 2% à 3% des Centrafricains se seraient convertis à l’islam. Cette religion était auparavant peu présente dans le pays, mais depuis la conversion en 1976 de l’empereur Bokassa avec le colonel Kadhafi, l’islam est grandissant en Centrafrique. Egalement, on recense un nombre important de sectes chrétiennes sur le territoire. Jusqu’à présent, le pays n’avait jamais assisté à des conflits entre communautés chrétiennes et musulmanes

 

Les ethnies

 

Chronologie du conflit

 

La chute de Bozizé

  • En décembre 2012, les rebelles de la Seleka _ alliance de factions dissidentes de l’UFDR (Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement) et du CPJP (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix,  et de plusieurs petits groupes rebelles _  s’emparent de plusieurs villes stratégiques.
  • En janvier 2013, un accord entre le président Bozizé et les opposants est conclu à Libreville
  • Au mois de mars, Bozizé ne respectant pas ses engagements, les rebelles reprennent les armes et chassent le président. Michel Djotodia se proclame alors président “pendant une période de transition consensuelle de 3 ans. Un nouveau gouvernement formé d’opposants, de membres de la rébellion et de la société civile est composé, et le premier ministre Nicolas Tiangaye est reconduit au pouvoir.

L’établissement du nouveau pouvoir

  • En avril, à la demande des chefs d’Afrique, Michel Djotodia accepte la mise en place d’un processus de transition prévoyant la désignation d’un président pour moins de 18 mois. Il est par la suite élu président par acclamation (sans vote). Quelques jours plus tard, des affrontements meurtriers ont lieu à Bangui entre habitants et combattants de la Séléka, qui désormais au pouvoir, pillent et volent la population.
  • Le 31 mai 2013, un mandat d’arrêt international est émis contre Bozizé, accusé de crimes contre l’humanité et incitation au génocide par le nouveau pouvoir.
  • Au mois de juin, le nouveau gouvernement est nommé, les postes importants restant au pouvoir de la Seleka.

Les exactions

  • En juillet 2013, plus de 400 meurtres ont été commis en l’espace de quatre mois par la Séléka. La Fédération internationale des ligues des Droits de l’Homme les qualifie de « crimes les plus graves contre la population ».
  • La FOMAC (Force Multinationale d’Afrique Centrale) est transformée en Misca (Mission internationale de soutien) sous l’autorité de l’Union Africaine au mois d’août. Une dizaine de jours plus tard, une opération de désarmement de pro-Bozizé dirigée par le nouveau pouvoir donne lieu à des affrontements occasionnant onze morts et une trentaine de blessés. A la suite de cela, Djotodia destitue la Séléka de son rôle de maintien de l’ordre à Bangui. La Misca intervient pour tenter d’arrêter des ex-rebelles qui terrorisent les habitants.

L’effondrement

  • Début septembre, de nouveaux affrontements entre pro Bozizé et forces du nouveau régime font 60 morts à Bossangoa. L’ONG Human Rights Watch publie un rapport dans lequel elle fait état exactions dont est coupable la Séléka qui « avec des pouvoirs incontrôlés gouverne de manière arbitraire en totale impunité », et le pouvoir en place « semble incapable de la discipliner ou de rétablir l’ordre dans le pays ». L’ONG considère que le gouvernement devrait porter plainte contre la Séléka et que l’ONU devrait soumettre des sanctions contre ses membres.

La sonnette d’alarme

  • Le 25 septembre 2013, François Hollande monte au créneau et plaide à la tribune de l’ONU pour « mettre un terme aux exactions qui prennent aussi  une forme confessionnelle ». Il demande que « le Conseil de Sécurité donne mandat et accorde des moyens logistiques et financiers à une force africaine dont la première mission serait de rétablir la sécurité en Centrafrique ».
  • Début octobre, deux responsables de l’ONU en charge de la prévention des génocides somment le gouvernement en place de « prendre d’urgence des mesures pour protéger les populations contre les risques d’atrocité », pour illustrer leur propos, ils énumèrent une liste des nombreuses violences que subit la population (meurtres, violences sexuelles contre femmes et enfants, destructions et vols d’établissements publics…).

L’aide internationale

  • Le 11 octobre 2013, l’ONU adopte une résolution prévoyant d’examiner l’envoi éventuel de Casques bleus pour rétablir la sécurité d’ici plusieurs mois. Il a pour commencer décidé de renforcer la Misca. Cette résolution a été adoptée à l’unanimité à l’initiative de la France.
  • Le 5 décembre, l’ONU donne son accord pour une intervention française : 600 soldats sont déjà sur place, et 600 autres sont attendus.

 

Les conflits

 

Caractère du conflit

Plusieurs adjectifs ont été donnés pour caractériser le conflit. Pour Bassem Rezk Adly, professeur adjoint au département des Sciences politiques à l’Institut des recherches et des études africaines, à compter de décembre 2012, la Centrafrique a été témoin de guerre civile et de conflits internes suite au mouvement de la Séléka, en opposition au gouvernement de Bozizé. Il explique que ce mouvement s’est soulevé car Bozizé n’a pas tenu ses engagements et ses promesses. En effet, en 2011, un accord de cessez-le feu avait été signé pour ramener le calme dans le nord du pays entre le gouvernement et les rebelles du CPJP. Il prévoyait la cessation des hostilités, l’intégration des rebelles au sein de l’armée régulière, la libération de prisonniers politiques et le désarmement des milices. A cette période-là, il s’agissait effectivement de guerre civile, à savoir l’affrontement de différents groupes armés, chacun tentant de prendre le pouvoir.

On a ensuite tenté de qualifier cette guerre de conflit religieux. Pour Thierry Vircoulon de l’International Crisis Group, la République Centrafricaine est « sur une ligne de partage entre l’Afrique musulmane et l’Afrique chrétienne ». De plus, pour la première fois, le chef du gouvernement est musulman. Il explique qu’avant de quitter le pouvoir, Bozizé avait agité la menace terroriste que représentait la Séléka pour attiser les haines entre ces deux communautés. Pour Roland Marchal, spécialiste de la Centrafrique au Ceri-Sciences Po, « les rebelles de la Séléka n’ont pas le comportement de « bons barbus » ». Ils sont « vus comme des musulmans, des étrangers, des Tchadiens, mais ils n’ont rien d’islamistes ». Il y a donc plutôt eu instrumentalisation du conflit par Bozizé pour arriver à ses fins, en prêtant un caractère religieux. Ce-dernier a pourtant plus ou moins réussi car les institutions internationales dénombrent depuis plusieurs mois une augmentation des violences confessionnelles. En effet, les exactions commises par d’anciens combattants de la Séléka entraînent la colère des habitants qui se regroupent pour former des milices d’autodéfense (antibalakas) et ripostent contre leurs assaillants (majoritairement musulmans). De ce fait, les habitants des zones chrétiennes font l’amalgame et s’en prennent aux communautés musulmanes, accusées de soutenir la Séléka.

Le 21 novembre 2013,  le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius affirmait que la Centrafrique « est au bord du génocide ». Ces propos font suite à ceux des deux responsables de l’ONU début octobre et à ceux du directeur du bureau d’Afrique du département d’Etat américain qui parle de « situation pré-génocidaire ». Pour Alain Antil, chercheur et responsable du programme l’Afrique subsaharienne à l’IFRI, « le terme pré-génocidaire semble inadéquat car il n’y a pas un mouvement puissamment organisé et centralisé ayant la volonté de détruire un partie de la population ». Ce dernier parle plutôt de « catastrophe humanitaire ».

 

Pour conclure, comme le dit le journal La Croix, « quel que soit le nom que l’histoire retiendra pour le drame de la Centrafrique, l’urgence humanitaire y est extrême ». On peut donc aisément penser que ce pays, dans le chaos depuis des décennies, souffre d’un problème identitaire. Le président est un président par intérim, ex rebelle. La véritable opposition est entre ce président actuel et les partisans de l’ancien président Bozizé. On a instauré des frontières à l’intérieur desquelles certaines communautés sont incapables de cohabiter. Le conflit est d’abord civil, puis de par l’instrumentalisation politique et l’ignorance des habitants, il devient religieux. Enfin, sans intervention extérieure, la RCA court à la catastrophe humanitaire car il n’y a plus d’Etat ni d’armée. En effet, seules la France et son contingent de 600 soldats qui (dont on vient d’annoncer le renforcement, “opération Sangaris”) et la Fomac sont présentes sur le territoire pour venir en aide aux populations.   Pour le président français, c’est un devoir d’agir, et la France ayant déjà des soldats sur place, elle est le pays le plus efficace en termes d’action. Ainsi, la Centrafrique, souvent qualifiée de pays oublié n’intéresse pas la communauté internationale car en dehors de ses diamants, peu de ressources sont exploitables.

 

 

 

 

Sources

  • BFM TV Reportage « Grand angle : Au pays du chaos, la Centrafrique » 21/10/201
  • République Centrafricaine 2013-14 _ Petit futé
  • Arte
  • Huffington Post
  • FranceTv
  • Rfi
  • Atlantico
  • Rapport, Perspectives Africaines, Bassem Rezk Adly

Catégorie : Actualités , Afrique Centrale , Presse étrangère

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