Un ralentissement de la croissance en Chine

Il faut remonter à 1990 pour trouver un taux de croissance du PIB aussi bas en Chine.

Le ralentissement de la croissance de l’empire du Milieu s’explique, en grande partie, à travers les réformes du président Xi Jinping dont l’optique, est de transformer l’économie chinoise en un marché de consommateurs. Néanmoins, ces réformes furent bénéfiques car elles ont représenté un véritable tremplin pour la Chine puisque, autrefois considérée à l’échelle mondiale comme l’un des pays les plus pauvres, elle a acquis le statut de « pays à revenu intermédiaire grâce à une croissance soutenue[1] ». Cette métamorphose économique apparaît donc comme le résultat de l’enchevêtrement des réformes combiné à l’ingérence des institutions chinoises de Beijing. L’évolution annuelle du Produit Intérieur Brut (PIB) chinois repose principalement sur l’investissement et, de l’augmentation de la productivité découla des gains qui profitèrent à l’ensemble de la population, toutes catégories confondues. Dès lors, l’interventionnisme d’État a une place prégnante dans l’économie de la République populaire de Chine malgré l’épanouissement des marchés dans nombre de secteurs.

Cette métamorphose économique voit sa genèse à la proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949. En effet, avant d’opter pour une inspiration du modèle soviétique, l’empire du Milieu encourageait autrefois la propriété et promouvait les initiatives privées. De facto, Pékin a ensuite mis en place une stratégie prenant appui sur l’importance de l’investissement au sein de l’industrie lourde, ce qui fut qualifié de « big push[2] ». L’accent est mis sur l’industrialisation, dont sa production et sa part du PIB s’accroissent considérablement, laissant de côté l’agriculture ainsi que la consommation. La croissance de la Chine est alors tributaire d’un plan quinquennal – établissant les objectifs en termes de production – la propriété privée est quasiment devenue obsolète, le gouvernement édite les prix, possède une forte emprise sur le système bancaire et s’enferme dans une période d’isolement vis-à-vis de la scène économique mondiale. Cependant, la Chine – en faveur d’une centralisation du pouvoir étatique – se distingue de l’Union soviétique de par son choix de décentraliser la prise de décision ainsi que par sa gestion de l’économie planifiée.

Les années 1950 à 1970 sont marquées par une grande instabilité économique, oscillant  entre des phases de croissance accrue – notamment en termes d’investissement et de production – et des phases où cette dernière souffre d’un ralentissement, dû à de nombreux changements politiques. En dépit de « l’échec du Grand Bond – vaste programme de collectivisation agricole et de travaux publics – de la famine et de la désorganisation civile qu’il causa[3] », le Parti communiste de Mao Zedong restaure l’indépendance de l’empire du Milieu tout en l’érigeant en un État souverain, à même de faire appel à ses ressources. De facto, dès 1978, en prenant compte des erreurs commises lors de cette dynamique de développement, la Chine se voit impulsée par Deng Xiaoping vers une économie de marché. L’économiste Angus Maddison avait présagé l’émergence future de la Chine au rang des premières économies mondiales et ne s’était pas trompé puisqu’ « entre cette date et 2003, le PIB a été multiplié pratiquement par sept[4] ».

La période allant de 1979 à 2010 fut marquée par une augmentation graduelle du PIB chinois – hausse estimée à dix pour cent chaque année – et sera désignée tel « le miracle chinois ». Dès 2012 les prémices du ralentissement de la croissance se manifestent et « en 2014, le gouvernement revoit ses prévisions à la baisse désormais face à un taux de croissance de 7.2%[5] ». C’est en 2018 que le taux de croissance chinois est au plus bas depuis dix ans et ce dernier ne cesse de ralentir trimestre après trimestre. L’économie chinoise s’essouffle-t-elle ? Le « miracle chinois » est-il en mesure de perdurer ? Serait-ce une étape obligatoire découlant de son processus de mutation ? Dès lors il convient d’analyser les causes de ce ralentissement et la réaction des autorités chinoises.  

L’endettement, cause première du ralentissement

Le ralentissement de la croissance en Chine résulte de plusieurs facteurs mais le plus prégnant s’avère être structurel. En effet, l’empire du Milieu est un très grand débiteur et fait face à une dette abyssale. En l’espace d’une dizaine d’années, le taux d’endettement fut « multiplié par quatre, soit entre 250 et 300% de son PIB[6] ». De plus, découle des politiques économiques de Pékin une certaine confusion entre le secteur public et le secteur privé ce qui entraîne, par conséquent, la prise en compte non seulement de l’endettement de l’État en lui-même mais aussi de celui des entreprises.

Cette dette vertigineuse s’est dernièrement accrue de par la volonté du gouvernement de favoriser la transition économique à destination des nouvelles technologies ainsi que des services. De plus, Beijing a considérablement investi en faveur de son axe stratégique expansionniste au travers du financement des nouvelles routes de la soie. Le poids de la dette s’avère plus difficile à supporter, au vu du manque de transparence des investissements au sein des entreprises d’État. Ce dernier n’en est que plus imposant en raison d’une dévaluation de la monnaie chinoise, le yuan, ce qui complexifie le remboursement de ladite dette.

Du point de vue de l’équilibre économique mondial, l’ampleur que présente la dette chinoise s’illustre, selon le Fonds monétaire international, comme une réelle menace. De facto, le gouvernement de Pékin a tenté de prendre des mesures qui sanctionnent la finance parallèle, tout en faisant circonscrire drastiquement la possibilité de contracter un crédit. En effet, l’État démontre depuis 2016 sa détermination quant « l’assainissement du secteur financier[7] » dont l’illustre porte-parole n’est autre que le Président Xi Jinping. Cet assainissement donna lieu à un durcissement de la politique monétaire mais aussi de la réglementation et du contrôle du secteur bancaire, avant d’effectuer un remplacement des régulateurs. Cependant, les résultats des répercutions de ces mesures délivrent l’effet inverse et participent au ralentissement de la croissance.

La croissance chinoise demeure – en dépit du ralentissement probant de l’économie – spectaculaire mais les investisseurs ne sont plus aussi confiants et leurs doutes ne sont qu’exacerbés quant à la dévaluation du yuan. Selon l’économiste Julian Evans-Pritchard, cette situation économique « devrait permettre de justifier plus facilement un retour à une politique de soutien de l’activité[8] »

Le gouvernement chinois persiste dans sa politique interventionniste et fit le choix, en 2018, d’assouplir sa politique monétaire dans l’optique de valoriser les entreprises nécessitant plus de capitaux mais aussi pour ne pas provoquer une crise économique. Les petites et moyennes entreprises se sont vues, en majorité, octroyer un avantage indéniable puisque, Beijing « baisse le ratio de réserves obligatoires pour certaines banques et libère elle a libéré 700 milliards de yuans (90 milliards d’euros) de liquidités[9] ».

Aux complications dues au taux d’endettement, s’ajoute l’escalade entre la Chine et les Etats-Unis au travers d’une guerre commerciale qui serait en capacité d’avoir un impact plus que conséquent sur l’économie mondiale. Néanmoins, cet impact reste à nuancer puisque les pays n’ont que récemment entrepris de s’imposer mutuellement des droits de douane punitifs. Dès lors, l’empire du Milieu se voit simultanément affecté d’une dette abyssale ainsi que d’une guerre commerciale menée par Donald Trump.

L’escalade entre la Chine et les États-Unis, seconde cause du ralentissement

Cette escalade de guerre commerciale entre Pékin et Washington inquiète tout particulièrement le Président du Conseil européen, Donald Tusk, puisqu’il a tenu – lors du sommet Chine-Union européenne de 2018 –  a souligné l’importance d’apaiser toute escalade entre les deux puissances. Cette inquiétude est d’autant plus justifiée en raison de l’initiative du Président américain, Donald Trump, « à engager un bras de fer avec ses principaux partenaires commerciaux[10] ».

L’économie de Pékin, en pleine guerre commerciale avec Washington, dévoile des signes d’un ralentissement lorsqu’on observe une diminution de la demande intérieure ainsi qu’un taux de croissance qui n’avait pas été aussi faible depuis 1996, concernant les dépenses d’investissement. Un ralentissement du taux de vente au détail est aussi perçu au travers du retard affiché relatif aux prévisions que Beijing avait établies.

Dès lors, toute déduction d’un rapport direct entre ces baisses et les tensions avec les États-Unis serait trop hâtive. En effet, il est aussi possible que la population souffre d’un affaiblissement de son pouvoir d’achat. Le ralentissement causé par cette escalade entre les deux puissances n’a qu’une faible incidence en matière d’inflation et de commerce. Néanmoins,  les incertitudes des économistes – quant aux conséquences  et aggravations sur le long terme – se font ressentir.

L’escalade de la guerre commerciale, dans laquelle s’oppose la Chine et les Etats-Unis, prolifère en matière de droits de douanes et touche, dès lors, leurs produits respectifs. Cette escalade fut à l’initiative de Donal Trump qui instaura une taxe des produits chinois à hauteur de 10 voire 25% tels que « les voitures, l’électronique, le textile, ce qui devrait alourdir la facture à 250 milliards de dollars[11] ». L’empire du Milieu serait alors, en conséquence, en passe de se démunir de nombreux marchés. De facto, puisque la Chine base une majeure partie de sa croissance sur les exportations, si ces dernières diminuent, elles risquent d’impacter durablement les emplois chinois, la consommation et donc, la croissance.  Cette perte de marchés représente alors un risque majeur quant à l’accentuation d’un ralentissement de l’économie en Chine.

La Bourse de Shanghai subit, elle-aussi, des revers. En effet, à la suite d’une baisse des placements au sein de grandes infrastructures – tels que les transports et le bâtiment – et d’une progression en berne de la production industrielle, la bourse « a perdu 25% depuis le 1er janvier 2018[12] ». Cela s’explique par un étiolement de la confiance des créanciers investisseurs.  

Par ailleurs, ce n’est que récemment – en décembre 2018 – qu’une place a été donnée aux négociations entre les deux plus grosses puissances économiques mondiales qui se sont accordées une trêve en différant «  de 90 jours l’imposition de nouvelles hausses de droits de douane[13] ». Ces surtaxes sont donc, à l’heure actuelle, suspendues.

La parade chinoise au sein d’un contexte économique morose

Selon le quotidien hongkongais Apple Daily, Pékin risque « d’abaisser ses objectifs de croissance du PIB à 6 % pour 2019[14] ». Les autorités chinoises auraient, par ailleurs, mis fin à la publication mensuelle de statistiques permettant de mesurer l’étendue de la croissance. La parade du gouvernement chinois ne s’arrête pas là, puisqu’elle a ensuite suspendu la publication de l’index provenant de la province du Guangdong, figurant depuis quarante ans comme un des moteurs de la croissance. Le magazine économique Nikkei Asian Review souligne l’importance de cet index dans l’évaluation de la croissance puisqu’ « il avait commencé à attirer l’attention en août car il était tombé sous la barre symbolique de 50 points, attestant une contraction, pour la première fois depuis deux ans et demi[15] ».

La rétention d’informations, auparavant rendues publiques, entache elle-aussi l’administration des douanes. En effet, la publication trimestrielle de l’indicateur directeur des exportations a été suspendue. La culture du secret au sein d’un contexte économique morose s’étend, depuis début 2018, aux données relatives aux exportations et importations de pétrole et de voitures. Dès lors, l’estimation des conséquences que peut avoir l’escalade entre Pékin et Washington s’avère ardue.

L’empire du Milieu, voyant son économie ralentir, pourrait vouloir – selon les estimations des économistes – amoindrir  l’impact de la guerre commerciale avec les États-Unis en soutenant davantage son activité. Ces estimations se sont vues confortées par l’augmentation du budget du gouvernement chinois, relative au réseau routier et ferroviaire, budget qu’il fait fluctuer pour impacter sur l’activité. De son côté, la banque centrale de la République populaire de Chine introduit des liquidités au sein du système bancaire.

 Conséquences de ce constat

Il est normal que la Chine connaisse des difficultés, c’est un pays en pleine mutation, qui voit le taux de ses exportations reculer considérablement dans le PIB. De plus, le secteur des services est en train de remplacer les emplois qui sont perdus dans l’industrie manufacturière. Le modèle chinois est en train de muter d’une économie tirée par les exportations – donc la demande mondiale – à une économie tirée par la demande intérieure et les salaires des salariés chinois.

Plus un pays monte en niveau de vie, plus la dynamique de croissance est faible. Le vrai virage que vit la Chine va surement se poursuivre de par le surendettement des ménages, des entreprises ainsi que par la surcapacité de production industrielle, difficile à vivre lorsque la croissance mondiale est plus faible. Néanmoins, le pays n’est pas en récession, la consommation est toujours effective, l’économie est en majeure partie financée par les banques et s’avère peu dépendante des marchés. Certes, la bourse de Shanghai a chuté de 25% mais elle partait de très haut et se maintient à un niveau demeurant remarquablement élevé.

Tant que la banque centrale de la République populaire de Chine et que les autorités de Pékin arrivent à garder le contrôle de la monnaie, le risque de récession n’est pas à envisager. Cependant, si le Yuan s’écroulait on aurait un véritable risque de récession qui, dès lors, dépasserait les frontières de la Chine.

Auteur : Aurore PETIT


[1] Renard, Mary-Françoise. « I. Comprendre la croissance chinoise », Mary-Françoise Renard éd., L’économie de la Chine. La Découverte, 2018, p. 7.

[2] Lieberthal, Kenneth. Perspectives on Modern China: Four Anniversaries. M.E. Sharpe, 1991, p. 232.

[3] Campos Violeta, « Les mutations de l’économie en Chine : le “miracle chinois” peut-il durer ? » Major-Prépa, 17 mars 2017. https://major-prepa.com/geopolitique/les-mutations-de-leconomie-chinoise/. Consulté le 10 décembre 2018

[4] Maréchal Jean-Paul. Angus Maddison, L’économie chinoise. Une perspective historique. Deuxième édition, révisée et mise à jour : 960-2030. Perspectives chinoises, n°109, 2009. p. 152.

[5] Campos Violeta, « Les mutations de l’économie en Chine : le “miracle chinois” peut-il durer ? », op. cit.

[6] « L’économie chinoise ralentit ». Franceinfo, 19 octobre 2018. https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/un-monde-d-avance/l-economie-chinoise-ralentit_2987521.html. Consulté le 10 décembre 2018.

[7] « Pékin cherche la parade face au ralentissement de son économie – Les Echos ». 16 juillet 2018 https://www.lesechos.fr/16/07/2018/lesechos.fr/0301983369322_pekin-cherche-la-parade-face-au-ralentissement-de-son-economie.html. Consulté le 8 décembre 2018.

[8] « Le PIB chinois se tasse, sur fond d’escalade des tensions entre Washington et Pékin ». La Tribune. 16 juillet 2018. https://www.latribune.fr/economie/international/le-pib-chinois-se-tasse-sur-fond-d-escalade-des-tensions-entre-washington-et-pekin-785217.html. Consulté le 8 décembre 2018.

[9] « La BPC abaisse les réserves obligatoires pour le crédit aux PME ». Reuters, 1 octobre 2017. https://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL8N1MC0N4. Consulté le 8 décembre 2018.

[10] « Trump prêt à engager un bras de fer commercial avec la Chine ». Courrier international, 22 mars 2018. https://www.courrierinternational.com/article/trump-pret-engager-un-bras-de-fer-commercial-avec-la-chine. Consulté le 8 décembre 2018.

[11] « L’économie chinoise ralentit ». Franceinfo, 19 octobre 2018. https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/un-monde-d-avance/l-economie-chinoise-ralentit_2987521.html. Consulté le 10 décembre 2018.

[12] « La Bourse de Shanghai a chuté de 25% en 2018 ». 31 décembre 2018. https://www.boursier.com/actualites/news/la-bourse-de-shanghai-a-chute-de-25-en-2018-783858.html. Consulté le 1er janvier 2019.

[13] « Chine : nouveaux signes d’un ralentissement économique ». La Tribune. 9 décembre 2018. https://www.latribune.fr/economie/international/chine-nouveaux-signes-d-un-ralentissement-economique-800436.html. Consulté le 10 décembre 2018.

[14] « 明年經濟增長目標或下調至6% | 蘋果日報 | 兩岸國際 | 20181217 ». Décembre 2018. https://hk.news.appledaily.com/international/daily/article/20181217/20570414. Consulté le 20 décembre 2018.

[15] « Chine. Le ralentissement économique se confirme ». Courrier international, 18 décembre 2018. https://www.courrierinternational.com/article/chine-le-ralentissement-economique-se-confirme. Consulté le 20 décembre 2018.

Sources

  • Lieberthal, Kenneth. Perspectives on Modern China: Four Anniversaries. M.E. Sharpe, 1991, 448 p.
  • Maréchal Jean-Paul. Angus Maddison, L’économie chinoise. Une perspective historique. Deuxième édition, révisée et mise à jour : 960-2030. In: Perspectives chinoises, n°109, 2009. pp. 152-153.

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