Un début prometteur à l’issue incertaine

1) Présentation de l’article

The Economics est un magazine hebdomadaire britannique, reconnu pour la pertinence de ses analyses sur l’actualité. Politique, économie, mais aussi relations internationales sont étudiées selon une approche plutôt libérale.

L’article retenu, « Well begun, not nearly done », écrit en anglais, traite de la question du nucléaire en Iran et du récent accord conclu à Genève par les grandes puissances mondiales, « les six ».

Cet article a été édité le 30 novembre 2013.

 

2) Traduction

UN DÉBUT PROMETTEUR, À L’ISSUE INCERTAINE

 

Un accord intérimaire encourageant conclu avec l’Iran comprenant un contrôle permanent dont les ambitions nucléaires apparaissent facilement imaginables. Celui-ci demeure cependant difficile à mettre en place.

L’accord intérimaire conclu le 24 novembre entre six puissances mondiales et l’Iran laisse apparaître des critiques certainement trop sévères. De retour de six mois de négociations « limitées, temporaires, et réversibles » concernant un éventuel soulagement de certaines sanctions internationales, l’Iran s’est engagé non seulement à geler son programme nucléaire, mais à faire marche arrière. Certes, cet accord est lui aussi limité, temporaire et réversible ; puisqu’aucun démantèlement n’a été prévu, et que six mois semblent bien ambitieux. Mais si ces nouvelles négociations peuvent cimenter les enjeux en question, ils marqueraient un tournant dans les efforts déployés pour mettre fin à la prolifération nucléaire et voire même dans la politique régionale de façon plus générale.

L’accord a été déclenché par un processus multilatéral à Genève, parallèlement à des discussions secrètes entre l’administration d’Obama et l’Iran qui avaient été engagées dès août, lorsque le nouveau président de l’Iran , Hassan Rohani , a pris ses fonctions . Les deux séries de négociations ont été menées dans une atmosphère constructive et sereine, loin des déclarations stériles et la suspicion mutuelle du passé.

Un programme militaire nucléaire nécessite soit de l’uranium fortement enrichi accompli (quelque chose que l’on obtient en passant l’item de façon répétitive à travers des cascades de centrifugations ou de plutonium). À l’heure actuelle l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que l’Iran dispose de 200 kg d’uranium enrichi, estimé à 20% sous une forme qui pourrait facilement être enrichie jusqu’au 90 % nécessaires pour la fabrication d’une bombe. Selon les termes de l’accord, l’Iran va se débarrasser de ce stock , soit en le changeant sous une forme qui est difficile à enrichir, soit en le mélangeant avec de l’uranium non enrichi , le diluant ainsi à moins de 5% . En même temps, cela va geler les possibilités d’enrichissement au niveau de sa capacité actuelle et ne va pas permettre d’enrichissement supplémentaire au-delà d’un niveau de 5% ; ainsi il n’y aura aucune incidence relative à l’augmentation des 7 200 kg stock d’uranium faiblement enrichi qui sont actuellement présent sous une forme d’enrichissement facile.

 

Reculer pour mieux sauter

 

Mark Fitzpatrick, de l’Institut international d’études stratégiques, un groupe de pensée de Londres, estime que l’effet de la transaction est de doubler le  « temps d’évasion », qu’il faudrait, à l’lran, pour se retourner et produire suffisamment de matériels pour faire quelques armes nucléaires. Avant de conclure ce marché, ce temps de pause a été estimé à peut-être six semaines et il a régulièrement été raccourci.

Ce marché apporte des solutions à la possibilité d’entreprendre d’autres moyens pour faire une bombe, en arrêtant la plupart du travail sur un réacteur à Arak qui était prêt pour être mis en place à la fin de l’année prochaine. Le réacteur d’Arak est particulièrement bien conçu pour produire du plutonium et n’a pas besoin d’uranium enrichi pour ce faire. Une fois que le réacteur est alimenté, toute attaque à son encontre libérerait une quantité invraisemblable de radioactivité ; il en résulte que sa mise en place est en quelque sorte un point de non-retour en cas d’action militaire contre l’Iran. Ce marché stoppe aussi tout le travail sur les sites de production qui pourraient être utilisés pour extraire du plutonium de son énergie dépensée. Nous pouvons remercier en grande partie les Français dont les objections concernant une action insuffisante sur Arak ont empêché l’obtention d’un accord 2 semaines auparavant.

L’Iran a aussi déclaré qu’il allait coopérer avec un régime d’inspection beaucoup plus intrusif , ce qui rend l’affaire très différente de celle conclue avec la Corée du Nord en 2005, qui a été cassée par les Coréens. L’Iran a promis de répondre à toutes les questions posées par l’AIEA au sujet de ce que l’agence appelle les  » possibles dimensions militaires  » de son programme nucléaire. L’accord fournira l’accès aux sites nucléaires, jusqu’à présent sans aucune limitation, en incluant potentiellement la base militaire de Parchin, dans laquelle les agences de renseignements occidentales pensent qu’il y a des tests de système de détonation pour une bombe.

En contrepartie de ces mesures, l’Iran obtient l’accès à environ 4,2 milliards de dollars actuellement détenus dans des comptes bancaires gelés et quelques restrictions de commodités sur le commerce des produits pétrochimiques, de métal précieux et de pièces détachées pour les avions et les voitures, un ensemble qui est évalué à 7 milliards de dollars de leur économie pendant les six mois. Des sanctions sur le pétrole, qui vont coûter 30 milliards de dollars sur la même période restent fermement en place, ce qui va influencer la négociation au moment où celle-ci tend vers un accord final. . Les critiques néanmoins affirment que l’impact psychologique de la détente de ces dernières sanctions va affaiblir les parties les plus importantes, particulièrement lorsqu’il s’agit de pays qui ont franchi la ligne avec peu d’enthousiasme.

Une critique plus virulente est que l’accord fait l’impasse sur le «droit» de l’Iran d’enrichir l’uranium, ce que ce pays considère comme inaliénable. Le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) donne à ces signataires comme l’Iran le droit de bénéficier de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Cela peut être interprété comme un droit, d’enrichir si l’enrichissement n’est pas belliqueux. , mais d’autres interprétations subsistent. Étant donné que la Russie, qui a construit le plus grand réacteur de l’Iran à Bushehr, a un contrat de 10 ans pour à la fois fournir son énergie et retirer ses déchets, il est très difficile de considérer que le plus grand et le plus évolutif programme d’enrichissement de l’Iran n’existent qu’à des fins entièrement pacifiques ; le record de tromperie du pays en ce qui concerne les inspections fait qu’il est très difficile de leur faire confiance. Il semble donc assez clair que l’accord reconnaît implicitement que l’Iran restera dans le jeu de l’enrichissement.

 

On n’y est pas encore

 

Mais ceux qui insistent sur le fait que l’Iran doit renoncer à tout enrichissement dans le futur exigent quelque chose qui est pratiquement non négociable. Quelque soit la pression des sanctions, l’Iran ne consentira jamais à un accord qui pourrait être considéré comme une humiliation nationale. Étant donné les promesses du marché intérimaire énoncé, les sanctions maintenant, ce sur quoi certains exigent au Congres Américain sont plus susceptible d’affaiblir l’appui international à la position américaine, et en ce qui concerne les sanctions existantes, obliger à imposer des concessions qui l’Iran ne serait pas prête à faire.

L’objectif de la prochaine étape des négociations ne sera pas d’empêcher complètement l’Iran d’acquérir un jour les armes nucléaires. Au contraire, son but devrait être de faire en sorte que l’Iran ait d’énormes difficultés pour obtenir une bombe, en compressant et rendant furtive la période qui serait nécessaire pour avoir la pause nucléaire jusqu’à environ un an. L’idée étant de ne pas leur laisser le temps de réagir.

David Albright, ancien inspecteur des armes et fondateur de l’Institut pour la science et la Sécurité internationale, un groupe de courant de pensée à Washington DC , affirme qu’un accord final devra exiger que l’Iran abandonne le réacteur d’Arak. Peut être en le remplaçant par un réacteur d’une conception différente qui a des garanties intégrées, et ferme son site d’enrichissement de Fordow, qui est enterré profondément en dessous d’une montagne et qui est de ce fait très difficile à bombarder. L’Iran devrait aussi adhérer à un Protocol Additionnel de NPT (non-prolifération des armes) donnant ainsi aux inspecteurs de l’IAEA des droits plus larges d’accès de façon à s’assurer qu’il n’y ait pas de trahison de leur part.

Il y a la marge de manœuvre sur le nombre et la qualité des centrifugeuses que l’Iran pourrait garder à Natanz (son autre principal site d’enrichissement) sur la taille de son stock d’uranium bassement enrichi et sur le remplacement du site de l’Arak. Également une question restée sans réponse : à quelle vitesse les leviers des sanctions pourraient être obtenus sans retour et pendant combien de temps l’accord devrait subsister. Les négociateurs américains ne seraient pas contents avec tout accord d’une durée inférieure à dix ans. Ils pensent qu’il faudrait cette durée pour que la culture de compatibilité et de transparence soit mise en place.

L’obtention d’un accord à long terme, qui respecte tous les prérequis ne sera pas facile. Les négociateurs iraniens doivent être clairement mis sous pression par des factions chez eux pour que l’accord soit plus solide. Mr Rohani continue d’être très content de servir de soutien au leader suprême, Ayatollah Ali Khamenei, qui a le dernier mot sur tout ce qui concerne les instances de l’état. Mais les conservateurs incluant les gardes révolutionnaires ubiquitaires et puissants ne seront pas favorables à l’acceptation de ce plan qui ferait avorter leur ambition d’acquérir une bombe nucléaire, ce qui est l’objectif final de l’accord.

Mais les conservateurs, y compris la Garde révolutionnaire omniprésente et puissante, ne seront pas seulement Loth à accepter un plan qui contrecarrer leur ambition d’acquérir une bombe nucléaire, comme tout accord global final doit chercher à faire . Ils seront également détester l’idée d’un marché qui semble pointer vers une «normalisation» des relations avec l’Amérique et l’Occident.

M. Rohani a pris soin, jusqu’à présent, de ne donner aucune indication sur le fait qu’il voudrait diluer l’essence théocratique du régime. Certains des conservateurs iraniens, cependant, craignent qu’il puisse devenir un Gorbatchev iranien, un homme dont les tentatives pour réformer le système et faire la paix avec un ennemi de longue date, pourraient le conduire à sa chute.

Les Gardes de la Révolution pourraient, en bloquant les inspections que l’accord prévoit, compromettre sérieusement tout accord durable. En outre, l’approche qui a été adoptée pour le prochain round de négociation pourrait s’avérer bien moins constructive que ce qui a été fait jusqu’à présent. Néanmoins, les accords déjà conclus laissent présager qu’un succès des négociations peut d’avérer possible.

 

3) Conclusion

 

En conclusion, nous pouvons affirmer que cet accord est susceptible de présenter une alternative viable à la résolution diplomatique de cette affaire. Le succès de cet accord dépendra de la bonne foi ou non de l’Iran dans l’exécution de ses engagements.

Personnellement, je ne pense pas que cet accord soit un progrès dans ce dossier.

En effet, cet accord, de par son caractère peu coercitif vis-à-vis de l’Iran, subordonne son succès à l’exécution de bonne foi des dirigeants iraniens.

En l’espèce, ceux-ci et notamment les Gardiens de la Révolution ne sauraient de par leur fondamentalisme religieux (la récente critique dont a fait l’objet le président Rohani qui aurait été « contaminé par la culture occidentale » apparaît en ce sens révélateur) être considérés comme des partenaires dignes de confiance.

En conséquence, cet accord, s’il est un succès diplomatique incontestable pour le régime des mollahs (ceux-ci ayant réussi à limiter les sanctions économiques en contrepartie de vagues engagements), il constitue irrémédiablement un camouflet pour les puissances occidentales, un véritable revers dans l’arène diplomatique international.

 

Article original :
http://www.economist.com/news/briefing/21590959-encouraging-interim-deal-iran-makes-permanent-check-its-nuclear-ambitions-easier

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