Selon les groupes de défense des droits de l’Homme, les raids menés par des drones tuent plus de civils que les Etats Unis ne veulent l’admettre

1. Présentation du journal : Los Angeles Times

Le Los Angeles Times, ou LA Times est un journal quotidien diffusé à Los Angeles, en Californie, et à travers l’Ouest des États-Unis.
Ce dernier a été fondé en 1881.
On lui attribue une orientation libérale (libérale référant à des positions social-démocrates ou progressistes dans un contexte politique nord-américain).

2. Présentation de l’article et du contexte

L’article a été rédigé le 22 octobre 2013 par Ken Dilanian.
Ken Dilanian est un journaliste americain basé à Washington.

L’article a été rédigé suite à plusieurs raids aérien menés par des drones américains. Ceux-ci ont été effectués dans le but de tuer des combattants Talibans connus des services et représentant une menace pour les Etats Unis. Ces attaques sont très controversées puisqu’il a été découvert qu’elles avaient touché des civils innocents et que les officiels américains n’admettent pas ce fait, d’où la colère et la demande d’explications d’ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch.

3. Traduction de l’article

Selon les groupes de défense des droits de l’Homme, les raids menés par des drones tuent plus de civils que les Etats Unis ne veulent l’admettre

Human Rights Watch et Amnesty International prétendent que beaucoup des attaques menées au Yemen et au Pakistan sont peut-être illégales.

22 octobre 2013, par Ken Dilanian

WASHINGTON – D’après des rapports rédigés par des organismes de défense des droits de l’Homme basés sur des interviews avec des survivants ainsi que des témoins, les raids aériens menées par les Etats unis au Yémen et au Pakistan ont tué bien plus de civils que les officiels ne le reconnaissent et beaucoup de ces attaques seraient illégales selon la loi internationale.

Les rapports d’Amnesty International, qui se sont penchés sur neuf attaques au Pakistan, et ceux de Human Rights Watch, qui ont examiné six attaques au Yémen, affirment que les américains ont tué des militants alors même qu’il était possible de les capturer. Au Pakistan, Amnesty a découvert que les missiles américains ont eu pour cible des sauveteurs ou d’autres groupes de personnes de façon totalement aléatoire ce qui a augmenté le nombre de morts du côté civil.

Les rapports, distribués à l’avance au Times ainsi qu’à d’autres agences de presse, vont être remis lors d’une conférence de presse mardi matin à Washington.

La CIA n’a fait aucun commentaire et la Maison Blanche a refusé toute réponse détaillée, mais elle a rappelé que le Président Obama a annoncé en mai dernier des règles d’engagement plus strictes qui engendreraient moins de civils tués ou blessés dans des raids ciblés. La plupart des attaques détaillées dans les deux rapports se sont déroulées avant l’annonce d’Obama.

Les officiels américains ont décrit les raids comme étant à la fois légaux et très précis. En avril 2012, le directeur de la CIA John Brennan, qui était encore conseiller anti-terrorisme à la Maison Blanche, a dit « jamais auparavant il n’y a eu d’armes qui nous permettaient de distinguer plus précisément un terroriste d’Al-Qaïda d’un civil innocent ».

Cependant, Amnesty International a annoncé que 29 non-combattants sont morts dans les attaques au Pakistan sur lesquelles l’ONG s’est penchée et Human Rights Watch a compté 57 civils morts dans six incidents au Yémen, dont 41 dans un raid de missiles de croisière en décembre 2009, du fait de mauvais renseignements donnés par le gouvernement yéménite. La plupart des raids concernaient des missiles tirés depuis des avions pilotés à distance.

Les auteurs des rapports on reconnu que dans de nombreux cas, il était difficile de dire avec certitude si les hommes tués dans telle ou telle attaque étaient ou avaient été membres d’Al-Qaïda ou de forces alliées ou planifiaient des attaques sur des intérêts américains.

Les familles des victimes insistent souvent sur le fait que leurs proches tués n’avaient aucune connexion avec l’extrémisme. Cependant, les officiels des services de renseignements américains et leurs contrôleurs du Congrès disent que dans la quasi totalité des cas, les raids avaient touchés des cibles légitimes.

Les activistes des droits de l’Homme soutiennent le fait que, selon la loi internationale, le seul fait d’être membre d’une organisation ou les personnes ayant eu une implication passée dans des hostilités menées contre les Etats Unis ne font pas d’une personne une cible légitime d’un raid de drone. De plus, ils disent que malgré l’engagement d’Obama d’être plus transparent, les Etats Unis ne communiquent toujours aucune information à propos de l’identité des personnes tuées et de la raison pour laquelle elles ont été visées.

« Nous pensons que ces personnes étaient des civils et c’est la responsabilité du gouvernement américain de prouver le contraire » a dit Naureen Shah d’Amnesty International, qui a aidé à rédiger le rapport de l’ONG. « Le gouvernement américain détient cette information mais ne la divulgue pas ».

Selon Letta Tayler de Human Rights Watch, « Les Etats Unis devraient expliquer qui ces attaquent visent et pourquoi elles les tuent. Nous soupçonnons fortement que leur définition de combattant est élastique et qu’ils l’étendent au delà de ce qu’autorise la loi internationale ».

Deux raids aériens au Pakistan, examinés par Amnesty et qui se sont déroulés après mai, n’ont pas semblé inclure de victimes civiles. Aucun des raids au Yémen détaillés par Human Rights Watch ne se sont passées après l’annonce d’Obama. Cependant, l’administration a informé le Congrès qu’un jeune enfant, le frère du militant visé, a été tué par inadvertance dans un raid de drone en juin au Yémen, selon deux officiels.

La plus importante perte de civils apparaissant dans le rapport s’est déroulée lors d’une attaque par missiles de croisière le 17 décembre 2009 au Yémen dans la province d’Abyan.

Pas moins de cinq missiles de croisière Tomahawk de la marine américaine équipés d’armes à sous-munitions ont touchées le hameau de Majalah, selon Human Rights Watch, dans un cas exploré dans un précédent rapport d’Amnesty dans des articles de presse et des livres.

Bien que l’attaque tua 14 personnes, présumées être des combattants d’Al-Qaïda, elle a aussi tué au moins 41 Bédouins de deux familles différentes, selon une enquête menée par le gouvernement yéménite. Neuf des victimes étaient des femmes, dont cinq d’entre elles étaient enceintes, et 21 étaient des enfants, d’après l’enquête.

« Cette attaque là était due à de mauvais renseignements de la part des yéménites » un officel yéménite anonyme a déclaré à Human Rights Watch.

Les rapports remettent en question les affirmations des Etats Unis. Le 6 juillet 2012, un raid mené dans la région de Waziristan au nord du Pakistan a tué 18 personnes, Amnesty affirme que la plupart, si ce n’est la totalité d’entre eux n’étaient pas des combattants.

Les témoins ont rapporté à Amnesty que l’attaque est survenue en deux temps. Un groupe de travailleurs s’étaient rassemblés dans une tente après une longue journée de travail. Une série de missiles s’est abattue et ensuite d’autres missiles ont touché des villageois qui approchaient pour leur venir en aide, certains d’entre eux portaient des civières.

Bien que les résidents aient reconnu que certaines personnes dans le village étaient compatissantes avec les Talibans, ils ont insisté sur le fait qu’aucune des personnes tuées avaient des sympathies avec des combattants Talibans.
Même si elles l’étaient, « comment les Etats Unis ont-ils pu essayer de justifier le second raid de missiles, qui semblait viser ceux qui étaient allés secourir les personnes blessées dans le premier raid et récupérer les morts ? » a demandé Amnesty. Attaquer des personnes blessées ainsi que des personnes étant venues à leur secours est interdit par la loi humanitaire internationale ».

Le profile de l’attaque semble être un raid signé, une opération au cours de laquelle la CIA attaque des groupes de militants suspects dont les noms sont inconnus, mais qui, aux yeux des analystes qui surveillaient les vidéos de surveillance des drones, entraient dans un moule en terme de comportement représentant une menace.

Le rapport d’Amnesty critique aussi le gouvernement pakistanais. Selon le rapport, alors que des officiels à islamabad, la capitale, condamnent publiquement les attaques des drones, « des éléments d’Etat » sont soupçonnés de collusions avec ceux qui ont commandité les attaques, une allusion aux agences pakistanaises militaires et d’espionnage. Cette ambiguïté tend à décourager Islamabad d’enquêter sur les attaques contre les civils, d’aider les victimes des raids de drones ou de faire pression sur les Etats Unis pour une meilleure prise de responsabilité, selon Amnesty.

« Le problème est que le programme des drones a commencé à travers un accord tacite entre les gouvernements des Etats Unis et du Pakistan », a déclaré Raza Rumi, un analyste spécialisé dans la politique et la sécurité basé à Islamabad. « Cependant, du fait de la nature de cette relation bilatérale, le programme des drones est devenu controversé ».

Les drones provoquent une tension politique au Pakistan.

Mais certains pakistanais accusent les Talibans de se réfugier chez des populations civiles, mettant en danger des personnes innocentes.

Muhammad Asmatullah Wazir, agé de 22 ans, a récemment déménagé de Miram Shah, dans le nord du Waziristan, à Islamabad et dit que beaucoup de personnes sont en faveur des raids de drones dans le nord du Waziristan.

« La plupart d’entre nous ne disent pas tout cela publiquement, mais lorsque nous sommes avec des amis ou de la famille, nous parlons aussi de l’aspect positif des drones », a dit Wazir. « Nous croyons fortement que les combattants Talibans se cachent dans les montagnes uniquement du fait des drones, sinon, ils se déplaceraient librement dans nos villes et villages ».

Ken Dilanian

Aoun Sahi, correspondant spécial à Islamabad et Mark Magnier, rédacteur au Times à New Delhi on contribué à cet article.

Original de l’article :

Rights groups say drone strikes kill more civilians than U.S. admits

Human Rights Watch and Amnesty International allege that many of the attacks in Yemen and Pakistan may have been illegal.

October 22, 2013 By Ken Dilanian

WASHINGTON — U.S. airstrikes in Yemen and Pakistan have killed far more civilians than American officials acknowledge, and many of the attacks appear to have been illegal under international law, according to a pair of reports by human rights organizations based on interviews with survivors and witnesses.

The reports by Amnesty International, which looked into nine strikes in Pakistan, and Human Rights Watch, which examined six attacks in Yemen, also assert that the U.S. has killed militants when capturing them was a feasible option. In Pakistan, Amnesty found that U.S. missiles have targeted rescuers and other groups of people in an indiscriminate manner that increased the likelihood of civilian deaths.

The reports, distributed in advance to The Times and other news organizations, are to be released at a news conference Tuesday morning in Washington.

The CIA had no comment, and the White House declined to respond in detail, but it pointed out that President Obama in May announced tighter rules of engagement that he said would make it less likely civilians would be killed or injured in targeted strikes. Most of the attacks detailed in the two reports took place before Obama’s speech.

American officials have portrayed drone strikes as both lawful and clinically precise. CIA Director John Brennan said in April 2012 when he was a White House counter-terrorism advisor that “never before has there been a weapon that allows us to distinguish more effectively between an Al Qaeda terrorist and innocent civilians.”

But Amnesty said 29 noncombatants died in the Pakistan attacks it investigated, and Human Rights Watch counted 57 civilians dead in six incidents in Yemen, including 41 in a December 2009 cruise missile strike based on bad intelligence from the Yemeni government. Most of the strikes involved missiles fired from remotely piloted drone aircraft.

The authors of the reports acknowledged that in many cases it was difficult to say with certainty whether adult men killed in a particular strike were members of Al Qaeda or associated forces who had participated in or were planning attacks on U.S. interests.

Relatives of the dead often insist that their loved ones had no connection to extremism. American intelligence officials and their congressional overseers say that in almost all cases, the strikes have hit legitimate targets.

The human rights activists argue that, under international law, mere membership in an organization or past participation in hostilities against the U.S. does not make someone a legitimate target for a drone strike. And they say that despite Obama’s pledge this year to be more transparent, the U.S. is still releasing almost no information about who it is killing and why.

“We think these people were civilians, and the onus is on the U.S. government to prove otherwise,” said Naureen Shah of Amnesty International, who helped write the group’s report. “The U.S. government has this information and is withholding it.”

Letta Tayler of Human Rights Watch said: “The U.S. should explain who it’s killing and why it’s killing them. We strongly suspect that their definition of ‘combatant’ is elastic and that they are stretching it beyond what international law allows.”

Two airstrikes in Pakistan examined by Amnesty that occurred after May did not appear to include any civilian casualties. None of the strikes in Yemen detailed by Human Rights Watch occurred after Obama’s speech. However, the administration has informed Congress that a young child, the brother of a targeted militant, was killed inadvertently in a June drone strike in Yemen, two U.S. officials said.

The largest loss of civilian life discussed in the report occurred in a cruise missile attack on Dec. 17, 2009, in Yemen’s Abyan province.

As many as five U.S. Navy Tomahawk cruise missiles armed with cluster munitions struck the hamlet of Majalah, Human Rights Watch said, in a case that has been explored in a previous Amnesty report and in news accounts and books.

Though the attack killed 14 people believed to be Al Qaeda combatants, it also killed at least 41 Bedouins from two extended families, according to a Yemeni government investigation. Nine of the dead were women — five of them pregnant — and 21 were children, the investigation found.

“That one you could argue was bad intelligence from the Yemenis,” an unnamed Yemeni official told Human Rights Watch.
The reports call the U.S. assurances into question. A strike on July 6, 2012, in Pakistan’s North Waziristan region killed 18 people, most if not all of whom were noncombatants, Amnesty asserts.

Witnesses told Amnesty that the attack came in two waves. A group of laborers had gathered at a tent after a long day of work. A series of missiles struck, and then more missiles hit villagers who approached to help, some of them carrying stretchers.

Though residents acknowledged that some people in the village were sympathetic to the Taliban, they insisted that none of those killed were Taliban fighters.

Even if they were, “how could the U.S.A. attempt to justify the second missile strike, which appeared to target those who had gone to rescue people injured in the first strike and recover the dead?” Amnesty asked. “Attacking the injured and (rescuers) is prohibited under international humanitarian law.”

That attack appears to fit the profile of a signature strike, an operation in which the CIA attacks groups of suspected militants whose names are not known, but who in the eyes of analysts watching drone surveillance video fit a pattern of behavior that marks them as a threat.

The Amnesty report also criticizes the Pakistani government. Even as officials in Islamabad, the capital, publicly condemn drone attacks, “elements of the state” are suspected of colluding with those behind the attacks, the report says, an apparent reference to Pakistan’s military and spy agencies. This ambiguity tends to discourage Islamabad from investigating civilian attacks, helping drone strike victims or pressuring the U.S. for greater accountability, Amnesty said.

“The problem is that the drone program started through a tacit agreement between the U.S. and Pakistani governments,” said Raza Rumi, an Islamabad-based political and security analyst. “However, due to the nature of the bilateral relationship, the drone program has become controversial.”

Drones generate political resentment in Pakistan.

But some Pakistanis also blame the Taliban for taking cover among civilian populations, putting ordinary people in harm’s way.

Muhammad Asmatullah Wazir, 22, who moved recently to Islamabad from Miram Shah in North Waziristan, said many in North Waziristan support drone strikes.

“Most of us do not say so publicly, but when we get together with friends and family, we also talk about the positive side of the drones,” Wazir said. “We strongly believe Taliban fighters are only hiding in the mountains because of drones; otherwise they would move around freely in our towns and villages.”

ken.dilanian@latimes.com

Special correspondent Aoun Sahi in Islamabad and Times staff writer Mark Magnier in New Delhi contributed to this report.

Lien de l’article :
http://articles.latimes.com/2013/oct/22/world/la-fg-drone-reports-20131022

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