L’Irak


Caractéristiques pays et chiffres clés

L’Irak, République Fédérale Parlementaire (démocratique) est présidée par Fouad Massoum depuis 2014 (rôle protocolaire) et plus particulièrement dirigée par le premier ministre chiite Haïder Al-Abadi (rôle décisionnaire).

Sa superficie est de 435 052 km carré et sa population de 37 399 503 habitants en 2016 dont 10,6 millions vit dans la capitale Bagdad. La démographie est exponentielle en Irak, puisque le pays affichait un taux de croissance démographique supérieur à 2 sur les dernières années. L’espérance de vie est de 71,14 ans, et le taux d’alphabétisation est de 78,5%.

C’est un pays très pauvre ; en effet 5,6% de la population seulement dispose d’une ligne de téléphone et 7,1% ont accès à internet. En outre, l’électricité est disponible chez 86% de la population. La monnaie officielle est le dinar Irakien (1000 dinars valent environ 0,8 euro, soit +0,12 par rapport à 2013)

L’Irak est classée 123ème/188 au classement mondial de l’IDH, avec un IDH s’élevant à 0,654/1 (France 22ème), et pointe à la 161ème place (/188) du classement sur l’indice de la perception de la corruption.

Au niveau commercial, les exportations de biens représentaient 49,320 Milliards de dollars en 2015 (-42% par rapport à 2015, nous verrons après pourquoi cette chute) et les importations 52 milliards de dollars (-12% par rapport à 2014).

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Source : OMC – Organisation Mondiale du Commerce, 2016

La spécificité de l’Irak réside dans sa population. En effet, différentes ethnies cohabitent en Irak :

– les arabes chiites 62%
– les arabes sunnites 19%
– les kurdes sunnites (essentiellement au nord-est) 16%
– les Chrétiens et autres 3%

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« Répartition ethnique et confessionnelle en Irak », Benraad Myriam (2015)

Du fait de la complexité de sa population, l’Irak a dû adapter son gouvernement en fonction des différentes ethnies qui composaient son territoire. En effet, le président Massoum est Kurde, le premier ministre Al-Abadi est chiite, et le président du parlement est sunnite. Chacun d’entre eux sont normalement entourés de deux conseillers des peuples restant, afin d’avoir une vue globale des problématiques du pays

Deux langues officielles sont parlées, l’Arabe et le Kurde (officielle uniquement pour les régions Kurdes) mais d’autres sont également pratiquées : le turkmène, le persan, le sabéen, le farsi, l’assyrien, l’azéri…

 

Evaluation du risque géopolitique Irakien :

La question Kurde

Après la création en 2003 de l’Etat fédéral Irakien, et avec le flou généré dans la constitution du gouvernement alors créé, les rivalités politiques entre Arabes et Kurdes demeurent une constante politique en Irak. Cela se traduit par de multiples biais : droit d’exploitation des ressources pétrolières ou gazières, droit d’exportation des ressources énergétiques, prélèvement des taxes douanières, contrôle militaire, etc., et pose finalement toujours la même question : le Kurdistan renforce-t-il son autonomie pour préparer l’indépendance ?

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En effet, les Kurdes, peuple musulman mais non Arabe, ont toujours été dominés en Irak soit par des chiites, soit par des sunnites. Ce peuple demande l’indépendance du Kurdistan depuis près d’un siècle, ayant seulement obtenu, après de longues années d’affrontement entre troupes irakiennes et guérilla kurde, l’autonomie du Kurdistan lors du manifeste du 11 mars 1970 (plus précisément l’article 14). Cependant, 4 ans plus tard, lors de la proposition de découpage du Kurdistan, Barzani dénonça une frontière qui « évitait scrupuleusement les gisements pétroliers », donc mettant à mal le partage des ressources. Nouvelle insurrection Kurde, et guerre totale qui entraînait l’exil de près de 100 000 Kurdes en Iran.

En 2005, lors de la ratification de la constitution irakienne, on donne au Kurdistan une nouvelle frontière, appelée Green Line. Cette frontière, inacceptable pour le gouvernement autonome Kurde, ne respecte ni la limite ethnique entre Kurde et populations Arabes, ni le tracé du Kurdistan autonome de 1970, et exclut deux tiers des kurdes ainsi que les gisements pétroliers. Cette bande de territoire fait donc l’objet de fortes tensions entre Bagdad et Erbil.

Il faut noter que malgré l’échec de l’état de droit Irakien et le vide politique laissé au pays depuis la fin du régime autocratique de Al-Maliki en 2014, les régions Kurdes parviennent à rester stable, politiquement et militairement, tandis que dans tout le reste du territoire Irakien, des acteurs non étatiques (milices, tribus, marja’iyya, partis) dominent et organisent les espaces publics.

Finalement, il ressort que dans ces régions, le vide étatique a laissé place aux instances Kurdes (PDK : parti démocratique du Kurdistan et UPK : Union patriotique du Kurdistan), qui, contrôlant le pouvoir législatif, exécutif et militaire, parviennent à instaurer une certaine stabilité dans ces régions. Cependant, il existe des tensions et différends au sein même de la communauté Kurde. En effet, le PDK de Barzani se trouvait dans une alliance politique avec la Turquie alors que l’UPK de Talabani s’alliait à l’Iran.

Pour conclure, les principaux paramètres de tensions entre Bagdad et Erbil sont : la question de l’unité territoriale irakienne, les enjeux énergétiques (sol riche en hydrocarbures et minerais), et problématiques communautaires. Du côté des Kurdes, on attend simplement une opportunité pour proclamer l’indépendance du Kurdistan Irakien, ce qui provoquerait la dissolution du pays. Dans le même temps, plusieurs facteurs tendent à précipiter cette revendication : les liens diplomatiques et économiques créés entre Erbil et l’Occident (Allemagne, République Tchèque, etc.) dans le cadre de l’affrontement avec l’Etat Islamique, la coopération économique étroite entre Kurdes d’Irak et la Turquie, l’aggravation de l’hostilité entre sunnites et chiites…

 

Les tensions chiites/sunnites

De 2004 à 2014, le premier ministre du pays Al-Maliki, arabe chiite, règne en maitre sur l’Irak. Les tensions entre peuples chiites et sunnites ont toujours existé, mais depuis les deux batailles meurtrières de Fallouja, et avec le gouvernement chiite d’Al-Maliki, les Arabes sunnites d’Irak sont tenu en retrait du processus politique. Certains postes à responsabilité leurs sont refusés, la redistribution des richesses est outrageusement inégalitaire entre régions à majorités sunnites et chiites, etc, mais les Arabes sunnites manquent surtout d’une direction politique unifiée. En illustration de ces tensions s’est donc développé des mouvements radicaux, voire extrémistes, comme les Frères musulmans (sunnites), ou le Hezbollah (parti politique chiite originaire de Lybie, mais qui devient de plus en plus présent dans la région) qui organisent de nombreux attentats.

 

Une nouvelle problématique : Daech

A ces problématiques géopolitiques kurdes viennent depuis 2014 s’ajouter la fulgurante progression de l’Etat Islamique en Irak. Ayant défini son fief sur une zone partagée entre l’Irak et la Syrie, l’EI a su profiter de la faiblesse socio-économique des ces régions, utiliser le ressentiment des minorités sunnites en Irak et en Syrie envers des gouvernements chiites autoritaires et répressifs pour grossir leurs rangs et s’installer dans la région. Les frustrations politiques et sociales d’années d’ostracisme envers les sunnites d’Irak (et de Syrie) ont donc été le terreau fertile de l’ascension de Daech dans la région. Le marché noir d’hydrocarbures, de biens, et d’armes dans ces régions est édifiant. Mais il ne date pas de l’arrivée de Daech en Irak. En effet, depuis 2006, Saddam Hussein avait confié la gestion de certaines de ces sources de revenus à des tribus qui contournaient l’embargo américain. L’Etat Islamique ayant récupéré le contrôle de ces marchés parallèles, fit la promesse aux populations locales (sunnites) une réallocation des richesses et une vie meilleure, dans des zones délaissées par leur gouvernement. C’est l’organisation terroriste la plus riche du monde, avec un trésor de guerre estimé à plus de 2 milliards de dollars, tirés principalement des rentes du pétrole irakien et syrien, du pillage des villes qu’ils contrôlent (Mossoul par exemple), de fabrication de fausse monnaie et de trafic d’œuvres d’arts. Ces facteurs expliquent le succès de l’EI dans ces régions et le fait qu’il ait choisi ces pays en crise politique et sociale pour y installer leur califat.

Depuis 2014, les forces de la coalition arabo-occidentale (formée par la Russie, les Etats Unis, la France, l’Australie, le Canada, etc, mais aussi l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Qatar, le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, etc) tentent de repousser la progression de l’EI en Irak (et en Syrie), principalement par des frappes aériennes localisées et en aidant la population irakienne résistante. Les villes de Racca, Falloujah, Mossoul ou Tikrit sont toujours aux mains de Daech, mais depuis octobre 2016, la bataille pour la reprise de Mossoul fait rage.

Le recul de l’Etat Islamique en Irak s’est d’abord effectué dans des zones à majorité kurde (Kobane, monts Sindjar) puis dans des régions mixtes (Diyala), mais bien que les forces de la coalition regagnent du terrain, l’Irak est et restera une zone de conflits très peu encline à retrouver la paix rapidement.

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« Progression et implantation de l’Etat islamique », Benraad Myriam (2015)

 

Evaluation des risques environnementaux et géographiques

Dans ce domaine, les risques sont relativement faibles.

Bien que des tremblements de terre soient observés très régulièrement à la frontière entre l’Irak et l’Iran, ceux-ci sont toujours d’une intensité ne dépassant pas 4,5 sur l’échelle de Richter et occasionnent relativement peu de dégâts.

Il n’existe pas de risques sanitaires et épidémiques majeurs en Irak. On surveille néanmoins les éventuels cas de Coronavirus, de Grippe Aviaire et de Choléra. En matière hospitalière, il n’existe véritablement aucune infrastructure fiable pour traiter les urgences et les grosses chirurgies et toutes les évacuations sanitaires par voie aérienne se font exclusivement depuis la capitale Bagdad.

 

Evaluation du hard power

Un potentiel militaire désormais limité et tourné vers la sécurité intérieure et une faible représentativité dans les instances internationales

Suite au départ de l’armée américaine en 2011, les forces de sécurité Irakienne ont pris le relais et sont estimées par les acteurs et observateurs capables de remplir leurs missions, notamment sur le plan intérieur. Néanmoins la dimension confessionnelle de cette armée pose problème, les 900.000 membres de forces de sécurité Irakienne appartiennent en grande partie à la communauté Chiite majoritaire dans le pays, un phénomène qui dans le contexte des tensions communautaristes que connait l’Irak actuellement ne cesse d’inquiéter. Outre la problématique de réintégrer les populations sunnites dans le système sécuritaire, la lutte contre Daech a permis de mobiliser l’armée irakienne, avec l’aide de la coalition internationale.

Le statut international de l’Irak est en quelque sorte en suspens depuis le conflit récent, avec les flous qui subsistent autour de la relation qu’entretient le gouvernement irakien avec l’Etat Islamique :

– Malgré une position de 3ème producteur mondial de pétrole avec 80 milliards de dollars d’exportation, le pays est encore nominalement membre de l’OPEP, mais n’est plus inclus dans les quotas.

– Pour que l’Irak retrouve au plus vite la place qui était la sienne au sein de la communauté internationale de l’ONU, le Conseil de Sécurité doit réexaminer les dispositifs juridiquement contraignants appliqués à l’Irak suite à l’invasion du Koweït et à la guerre de 2003 qui ont conduit à un fort affaiblissement de sa représentativité au niveau de l’ONU.

L’Irak est encore également membre de la ligue Arabe. La Ligue arabe, qui dispose d’un statut d’observateur auprès de l’Organisation des Nations Unies, mais dont le pouvoir d’influence demeure limité.

 

Evaluation du soft power

Malgré une histoire et une culture très riche, le soft power de l’Irak est aujourd’hui très limité.

L’Irak fut au cours de son histoire un carrefour exceptionnel ou se créaient et se rencontraient de nombreuses civilisations (sumériennes, assyriennes, perses, grecques, romaines, mongoles, ottomanes, européennes), ainsi qu’une mosaïque de religion : chrétienne, juive et musulmane. Sa culture est donc fortement imprégnée de cette mosaïque et l’Irak moderne du XXème siècle a été très productif intellectuellement et artistiquement.

Aujourd’hui suite aux différents conflits que l’Irak a connus (et connaît encore), son influence sur les arts, les médias et la culture est devenue très faible malgré une diaspora nombreuse (environ 3,5 millions d’irakiens expatriés essentiellement dans les pays limitrophes du Proche Moyen-Orient mais aussi en Europe et aux Etats-Unis).

Enfin, les ONG irakiennes sont quasiment inexistantes sur le plan international, malgré un réseau, fondé dans le nord de l’Irak en 1991, de 75 ONG arabes, irakiennes et kurdes et qui orientent leurs actions vers la réhabilitation, la reconstruction et le développement social afin d’améliorer la situation de la population irakienne (40% des Irakiens vivent en dessous du seuil de pauvreté).

 

Conclusion

L’Irak est un pays encore très instable. Les nombreuses problématiques qui l’habitent rendent difficile l’établissement d’un état des lieux et de prévisions géopolitiques. Les revendications kurdes, les conflits chiites/sunnites et l’arrivée du Califat en Irak en 2014 soulèvent beaucoup de questions quant à l’avenir du pays et de ses frontières.

Les frappes aériennes occidentales tentent bien sûr d’éviter les zones civiles, mais la Russie par exemple mène des raids hors du cadre de la coalition sur des zones non autorisées, mettant ainsi en péril la vie des civils Irakiens. Reste à savoir combien de temps ce conflit durera-t-il encore, et, bien que l’issue en soit à peu près certaine, comment Daech aura réussi à transformer les mentalités dans la région…

 

 

Rédigé par Benjamin Louazel


Bibliographie

Fiche Pays : l’Irak, consulté le 24/11/2016, url :http://www.lemoci.com/fiche-pays/Irak/

Fiche pays : l’Irak, consulté le 24/11/2016, url : http://www.suddefrance-developpement.com/fr/fiches-pays/irak/introduction.html

Roussel Cyril, « L’introuvable frontière du Kurdistan d’Irak », Politique étrangère, 2/2014 (Eté), p. 63-77.

Benraad Myriam, « Les Arabes sunnites d’Irak face à Bagdad et l’État islamique : l’irréversible sécession ? », Outre-Terre, 3/2015 (N° 44), p. 237-249.

Benraad Myriam, « Les sunnites, l’Irak et l’État islamique », Esprit, 11/2014 (Novembre), p. 89-98.

Luizard Pierre-Jean, « L’État islamique à la conquête du monde », Le Débat, 3/2016 (n° 190), p. 135-153.


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