la destinée manifeste de John Gast en 1872

Partie Une. Histoire de la diplomatie américaine de Théodore Roosevelt à Barack Obama : entre isolationnisme et interventionnisme

La fondation des États-Unis d’Amérique remonte à la fin du XVIème siècle sur une base religieuse et idéaliste. Les immigrants européens ont fui les persécutions politiques et religieuses, la misère et les conflits européens pour le nouveau monde. Les valeurs sur lesquelles s’est construit le nouveau monde sont la liberté, la paix et la démocratie en opposition avec les monarchies et les systèmes de caste. 

En 1783, après une lutte de huit années, les colonies américaines sont devenues indépendantes du Royaume-Uni pour devenir les États-Unis d’Amérique. Dans la rédaction de la Constitution, les Pères fondateurs avaient peur que les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) soient en compétition et que l’un des pouvoirs surpassent les 2 autres. Ils ont donc instauré des garde-fous pour que chaque pouvoir puisse contrôler et agir sur l’un des autres afin de limiter de potentiels abus (Hamilton, Jay et Madison 1818). Dans le cas de la politique étrangère, l’exécutif définit la politique étrangère du gouvernement mais c’est au Congrès de ratifier les accords internationaux. 

La politique étrangère américaine est fortement influencée par la Destinée Manifeste, l’idée que les États-Unis d’Amérique sont un peuple missionné par Dieu pour apporter le modèle démocratique, la liberté et la paix dans le monde (Britannica n.d.). Cependant, l’idée que l’Europe était une terre de conflits est toujours présente dans l’imaginaire des américains. Ainsi, les États-Unis refusent d’intervenir dans les affaires européennes et refusent que l’Europe intervienne dans les affaires américaines : c’est la doctrine Monroe. Cette doctrine isolationniste est la base et le point de départ des futurs politiques étrangères des Etats-Unis qui seront tiraillés entre interventionnisme et isolationnisme.

Suite à l’effondrement du bloc soviétique, les États-Unis sont la seule superpuissance passant d’un monde divisé en deux blocs à un monde unipolaire. La globalisation et la division internationale du travail ont permis la montée des puissances émergentes, les BRIC, remettant ainsi en question l’hégémonie américaine. Cette remise en cause met à mal la fierté américaine qui l’apparente à un lent déclin.

Isolationnisme et interventionnisme

L’objectif de cette partie est d’analyser la politique étrangère des présidents américains pour conclure si la politique pratiquée était isolationniste ou interventionniste. 

Du pré-carré américain à l’idéal wilsonien

Le président Théodore Roosevelt (1901-1909) considérait les états comme des entités égoïstes qui défendaient avant tout leurs propres intérêts, en utilisant la force si besoin. En partant de ce constat, Roosevelt énonce, en 1901, la politique du « Big stick » qui consiste à protéger les intérêts économiques des Etats-Unis. Pour cela, les Etats-Unis vont accroitre leurs forces navales en Amérique Latine et dans la Mer des Caraïbes. A la suite d’importants investissements dans les cultures de canne à sucre à Cuba, les Etats-Unis soutiennent la population cubaine pour son indépendance en entrant en guerre face à l’Espagne. Suite à cette guerre, les espagnols cèdent Porto-Rico et les Philippines aux Etats-Unis et reconnaissent l’indépendance de Cuba (Britannica n.d.). La doctrine Roosevelt marque donc le début des interventions américaines sur le pré-carré et en restant loin des affaires européennes respectant la doctrine Monroe.

 Le non-interventionnisme dans les affaires européennes reste une constante de la politique étrangère américaine même lorsque la Première Guerre Mondiale éclate : le président Woodrow Wilson (1913-1921) déclare la neutralité des Etats-Unis. Cette neutralité permet la sécurité temporaire du peuple américain et des échanges commerciaux avec les pays de la Triple Entente en fournissant des matières et des prêts pour financer l’effort de guerre. L’Allemagne, désirant arrêter les flux de marchandises et humains entre l’Europe et l’Amérique du Nord, torpille les navires marchands et de plaisance américains : les Etats-Unis entrent en guerre en 1917. Ce soutien militaire marque le premier cas d’interventionnisme sur le sol européen et donc la première infraction à la doctrine Monroe.

 Suite à cette guerre, l’Europe est détruite et les Etats-Unis deviennent la première puissance économique mondiale. En 1918, le président Wilson présente devant le Congrès américain ses « 14 points » qui vont inspirer le traiter de Versailles : il milite pour un ordre mondial basé sur le droit international (le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, liberté du commerce et des mers) et le multilatéralisme avec la création d’une organisation mondiale chargée d’arbitrer les conflits, la Société des Nations (BBC n.d.). Cependant, le Congrès, très conservateur, refuse de ratifier le traité de Versailles et l’adhésion à la Société des Nations. Ce repli de la scène internationale marque le renouveau de la tentation isolationniste aux Etats-Unis. En revanche, le retrait américain des affaires européennes n’est que relatif car les Etats-Unis s’occupent activement des remboursements des prêts que les pays européens avaient contracté pendant la guerre. 

 Cette politique isolationniste est mise en exergue par le krach boursier de 1929 : le président Franklin Roosevelt (1933-1945) est élu sur un programme de redressement économique austère, délaissant ainsi la politique étrangère. Par conséquent, les Etats-Unis ne prêtent pas attention à la montée du populisme, de l’extrémisme et du nationalisme en Europe et des crises qui en découlent (invasion de l’Ethiopie par l’Italie en 1935). Malgré l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale, les Américains déclarent, comme en 1914, leur neutralité. L’attaque de Pearl Harbor par le Japon en 1941 force les Américains à répliquer et à s’engager sur la scène internationale.

De la Grande Dépression jusqu’à Reagan

La Guerre Froide est caractérisée la bipolarisation du monde entre les États-Unis d’Amérique et l’Union des républiques socialistes soviétiques, qui s’affrontaient sur le plan idéologique et stratégique mais sans conflit armé direct.

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dans une Europe ravagée et sans ressource, les EtatsUnis sont confrontés à l’expansion du communisme et ont peur de voir une Europe « rouge ». 

Le Président Truman annonce la stratégie de l’endiguement qui vise à lutter contre l’idéologie communiste et annonce le Plan Marshall. Le Plan Marshall est une aide économique à la reconstruction des pays d’Europe occidentale, l’idée sous-jacente était que les pays dans la misère étaient plus susceptibles de tomber dans le communisme que les pays prospères (Office of the Historian n.d.). Cette stratégie de l’endiguement marque le début de l’interventionnisme américain à travers le monde. En parallèle à l’aide économique, les Etats-Unis et leurs alliés se préparent à la défense commune avec la création de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (History n.d). Les Etats-Unis sont interventionnistes en aidant militairement leurs alliés comme ce fut le cas lors de la Guerre de Corée en 1950.

 La Guerre Froide est caractérisée par l’absence de conflits directs entre les deux hyperpuissances. La possession d’armes nucléaires dans les deux parties tempère l’interventionnisme américain qui ne pouvait pas détruire militairement le communisme : c’est l’équilibre de la Terreur. En cas d’attaque nucléaire massive, le pays qui se défend a les capacités militaires nécessaires pour annihiler son ennemi, ce qui annule le bien-fondé de l’attaque. Suite aux progrès technologiques des soviétiques, le président John F. Kennedy (1961-1963) énonce la doctrine de la « riposte graduée » qui montre la conviction des Etats-Unis à répondre aux à toutes les menaces. Il faut tout de même noter que les Etats-Unis restent impliqués dans la lutte contre le communisme en participant à la guerre du Vietnam. 

 L’interventionnisme américain s’amplifie sous la présidence de Ronald Reagan (1981-1989) avec le soutien financier et logistique aux mouvements d’opposition à l’encontre des gouvernements communistes en dépit de l’idéologie de ces groupes. En effet, les Etats-Unis ont, par exemple, financé les Contras au Nicaragua et les Moudjahidin en Afghanistan (Foreign Policy 2010). Le soutien à l’opposition afghane a transformé l’invasion de l’Afghanistan en véritable bourbier.

De la chute du mur à nos jours

Dans les années 1990, la dislocation de l’URSS, provoquée par l’indépendance des régions anciennement unifiées, a entrainé sa chute et sa disparition :  les États-Unis sont devenus, de fait, la seule hyperpuissance mondiale. Ils ont gagné la bataille des valeurs et apparaissent comme la seule puissance capable de changer le monde. 

Georges Bush (1989 -1993) est le premier président américain à faire la transition d’un monde divisé en deux blocs à un monde unipolaire. G. Bush annonce la création d’un nouvel ordre mondial basé sur le respect du droit international et les grandes institutions internationales. Ce nouvel ordre mondial est proche de la conception des relations internationales du Président Wilson. L’ordre mondial de Bush est perturbé par l’invasion irakienne du Koweït en 1990 : la communauté internationale condamne l’Irak et demande le retrait des troupes. Face au refus de Saddam Hussein, les États-Unis créent et dirigent une coalition dans le cadre de l’ONU pour libérer le Koweït de l’invasion et non d’évincer Saddam Hussein du pouvoir irakien. La politique étrangère de G. Bush repose sur l’interventionnisme et le multilatéralisme. Les États-Unis sont le bras armé de l’ONU et les gendarmes du monde. G. Bush perd sa réélection contre Bill Clinton en 1993. 

 Bill Clinton (1993- 2001) redéfinit la politique étrangère américaine vers un « wilsonisme pragmatique » : l’action est basée sur le droit international et les institutions internationales. Cependant, les États-Unis n’interviennent que si les intérêts américains sont menacés et si la sécurité des troupes est assurée. L’administration américaine considère que l’évolution des conflits, même lointains, conditionne la sécurité des États-Unis d’Amérique qui doivent se tenir prêts à intervenir si nécessaire. Les États-Unis sont intervenus dans le cadre de l’OTAN en Yougoslavie et au Kosovo pour assurer la paix et la stabilité dans la région : les USA sont la « nation indispensable ». La politique étrangère de Clinton devient de plus en plus isolationniste sous l’influence du Congrès conservateur qui refuse de ratifier les accords de Kyoto en 1991 et des essais nucléaires en 1996.

Lors de la campagne présidentielle de 2000, George W. Bush prône un repli de la scène internationale et un retour aux affaires intérieures. Les attentats du 11 septembre 2001 obligent les ÉtatsUnis à repenser leur politique étrangère : le géant ne doit pas paraître faible face à la menace terroriste. Dans une Amérique traumatisée par les attentats, G. W. Bush déclare la guerre à l’Axe du Mal, un ensemble d’états voyous qui cherchent à détenir des armes de destruction massive et qui soutiennent le terrorisme (Kelly 2017). La politique étrangère de Bush repose sur un multilatéralisme de circonstance : lorsque leurs alliés soutiennent leur action, les États-Unis forment des coalitions comme lors de la Guerre en Afghanistan pour capturer Ben Laden, détruire Al-Qaïda et renverser les talibans du pouvoir. Cependant, l’action américaine peut être unilatérale : les États-Unis renversent Saddam Hussein, soupçonné de produire des armes de destruction massive, du pouvoir irakien malgré les réticences de la France. La politique étrangère de G. W. Bush repose sur un wilsonisme botté : il y a la volonté d’imposer la paix et la démocratie dans le monde mais en utilisant la force militaire et au détriment du droit et les institutions internationales.

La politique étrangère de Barack Obama est radicalement différente de celle de G. W. Bush : dans la conduite des affaires internationales, la collaboration et la négociation seront privilégiées à la confrontation et à l’unilatéralisme. Le but de la politique étrangère américaine de Barack Obama a été d’apaiser les relations entre les États-Unis et le reste du monde qui s’étaient tendues du fait de la politique de son prédécesseur. Barack Obama partage l’idéalisme wilsonien basé sur le modèle démocratique, la paix et le multilatéralisme. Cependant, au nom de la détente avec le reste du monde, promouvoir la démocratie et les droits de l’Homme seront au second plan de la politique étrangère américaine. En effet, concernant l’Afghanistan, son objectif était de lutter contre le terrorisme et non d’imposer la démocratie. De plus, lors d’une conférence avec Medvedev, Obama a déclaré que les relations entre les deux Etats seraient « guidées par l’état de droit, le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme, et la tolérance pour différents points de vue ». Les États-Unis d’Amérique n’imposeront plus leur modèle au reste du monde.

Synthèse de la politique étrangère américaine

Organisation du monde selon les États-Unis d’Amérique


Source : Le Monde Diplomatique 2017 

La diplomatie américaine du XXIème siècle repose sur ces principes fondamentaux : la liberté des États-Unis est protégée tant que les autres nations sont libres ; la prospérité américaine dépend de celle des autres ; la sécurité des États-Unis dépend de la sécurité des autres nations (Secrétariat d’État américain n.d.). La diplomatie américaine repose sur l’idée que le destin des États-Unis est relié au reste du monde : c’est par l’engagement sur la scène internationale que l’hégémonie américaine est possible

Pour mettre en application cette politique étrangère, les États-Unis reposent sur le hard power :

Ils sont la première économie mondiale et ont la première armée du monde, présente sur tous les continents et toutes les mers. D’autre part, les États-Unis comptent également sur leurs alliés répartis sur les différents continents pour veiller à leurs intérêts. Les États-Unis ont une conception hiérarchisée du monde qu’ils divisent en différents cercles d’alliés et avec des menaces à punir ou à isoler comme le montre le schéma ci-contre.

Les grandes constantes de la politique étrangère américaines sont :

OTAN et Europe de l’Est : Cette organisation a été créé en opposition à l’URSS mais continue d’exister suite de l’effondrement de l’union soviétique. L’OTAN permet aux américains de rester présent et de garder la mainmise sur la défense européenne. Cela est rendu possible grâce à l’effet rassurant pour les Européens de l’Est qui se sentent menacé par les manœuvres militaires russes (Contrepoints 2017) : l’OTAN est la pierre angulaire de la politique étrangère pour contrer les Russes. 

Liens avec l’Europe : Les pays européens sont les principaux partenaires des Etats-Unis : l’Europe occupe une place géographique stratégique (entre la Russie, le Moyen-Orient et l’Afrique), les pays européens partagent les valeurs de paix et de liberté, et sont des partenaires économiques majeures avec des progrès technologiques importants. L’Europe de l’Ouest forme le bloc occidental avec les États-Unis dans le monde et est le rempart de l’ordre libéral (Time 2017)

Moyen-Orient : Les objectifs des États-Unis est de défendre Israël et de renforcer la sécurité de leur approvisionnement énergétique en étant l’allié de l’Arabie Saoudite. Selon l’OPEC, l’Arabie Saoudite possèderait 21% des réserves de pétrole. Cette double alliance au Moyen-Orient est un véritable grand écart stratégique : historiquement, l’Arabie Saoudite est l’ennemi d’Israël et s’est opposée à la création d’un état juif dans une région arabe. Cependant, il est important de noter le rapprochement entre ces deux pays.

Pacifique : Le passé historique commun avec la Corée du Sud et le Japon est un lien fort entre Washington et ses alliés asiatiques. De plus, face à la menace chinoise, les États-Unis ont besoin de ces deux alliés pour disposer de bases afin de se projeter militairement dans la mer méridionale. Le port en eau profonde d’Okinawa permet aux porte-avions américains de mouiller. Pour finir, les îles du Pacifique en libre association avec les États-Unis (ex : Les Palaos) leur permettent également de contrôler le Pacifique. 

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Snégaroff, T. et Andorra, A. (2016) Géopolitique des États-Unis. Paris : Presses Universitaires de France

Thucydide (2004) Les fondements de la politique étrangère américaine (la Destinée Manifeste et la mission des Etats-Unis) disponible depuis http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/usa/usa2.htm [12 Septembre 2017]

Auteurs : Valentin Begon & Théo Maupin

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