Les étudiants égyptiens défient la loi à travers de fréquentes batailles contre le gouvernement.

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Posté le 02/12/2013

Au Caire – « Ma mère était effrayée à l’idée que je vienne à cette réunion » nous dit Mohamed, un étudiant qui proteste régulièrement, à l’Université Al-Azhar au Caire. « Quand tous tes amis sont morts ou en prison, tu viens à te demander : quand sera mon tour ? »

Dans un bureau privé, loin de l’université, un petit groupe d’étudiants et de professeurs d’Al-Azhar discutent des répressions semblables du gouvernement intérimaire à l’encontre des islamistes et des protestants laïques. Mohamed, supporter du président déchu Mohammed Morsi, a refusé d’abandonner son nom pour des raisons de sécurité compte tenu du nombre important de ses amis morts. « Quinze » dit-il. Youssef, avec son cartable bleu aux pieds, hoche la tête lentement « j’ai vu mes amis mourir sous mes yeux ».

Dans l’opposition croissante envers le gouvernement militaire de transition, des milliers d’étudiants ont rallié de nombreux campus d’universités à travers le pays lors de ces dernières semaines, même si la loi qui banni les manifestations non approuvées est passée par le président intérimaire, Adly Mansour. De nombreux étudiants ont été arrêtés, exclus ou tués.

Alors que beaucoup d’entre eux supportent les dorénavant bannis Frères Musulmans, surtout à l’université d’Al-Azhar la plus vieille institution d’Egypte, des étudiants laïques qui protestaient pour la chute du président Morsi se mettent aussi à se révolter dans des campus à travers le pays.

Mais ces étudiants protestants ne représentent pas un phénomène nouveau. Les campus égyptiens ont souvent encouragés les mobilisations politiques et, depuis des générations, sont passés à travers toutes les phases du soulèvement. Dans les années 70, les frères musulmans ont activement recruté des étudiants pour joindre leurs rangs.

Steven A.Cook, un expert du Moyen-Orient au conseil des Relations Internationales, débat de la tradition de longue date des protestations des étudiants égyptiens dans son livre : « La lutte pour l’Egypte : de Nasser à la place Tahrir. » Il y décrit le soulèvement des étudiants en 1968 contre le président Gamal Abdel Nasser comme un soulèvement qui revendique la liberté politique et personnelle, des réformes parlementaires et un remaniement de la police et des services de renseignements dans les universités.

Alors que les étudiants commencent à être fortement désappointés à cause du régime qui n’a pas réussi à tenir les promesses de la révolution des protestations ont émergé et les étudiants provocateurs ont été rassemblés et emprisonnés. Cette description de ces protestations qui ont eu lieu il y a plus de quarante ans fait sinistrement échos aux protestations étudiantes qui se déroulent actuellement.

Dans une interview accordée au Huffington Post ce dimanche, Cook a élargi ses propos sur la signification historique de ces manifestations sur les campus en disant : « l’Université du Caire et les universités en général ont toujours constitué une menace pour tous les présidents égyptiens, malgré de gros efforts pour dépolitiser les campus et changer les administrations des universités en agent du régime ».

De retour dans le bureau de l’université, les étudiants d’Al-Azhar parlent du passé de leurs familles en tant qu’étudiants protestants. Le père de Youssef a protesté à l’université de Minia contre les accords du Camp de David, signé entre l’ancien président égyptien Anwar Sadate et le premier ministre israélien Menachem Begin en septembre 1978. Et le père de Mohamed faisait partie d’une union étudiante   qui se réunissait sur les campus contre Moubarak dans les années 80. « Il était en train de protester contre les mêmes choses pour lesquelles nous protestons maintenant » dit Youssef en rigolant amèrement.

Depuis 2010, la police est légalement interdite d’entrer dans les campus, sauf permission préalable des autorités de l’université. Mais, le 21 novembre, alors que les protestations des étudiants faisaient rage le gouvernement par intérim a donné l’autorisation à la police de pénétrer sur les campus afin d’éradiquer ces manifestations sans aucune permission de l’université. De multiples initiatives de répressions des désaccords  sont soutenues par de nombreux égyptiens las de protestations incessantes, et qui sont davantage concernés par des préoccupations de sécurité et d’emplois, plutôt que d’écouter des chants de manifestants.

Une semaine plus tard, d’après certaines sources, la police d’émeute a abattu un étudiant de l’Université du Caire, Mohamed Reda. Les photos de Reda avec une balle dans la tête sont devenues virales. Dimanche, des milliers d’étudiants ont convergés vers le campus de l’université afin de protester contre le gouvernement en solidarité avec le défunt étudiant, Mohamed. Sauf que, lundi, le procureur en chef égyptien a annoncé que Reda aurait été tué par des camarades étudiants, et non pas par les forces de l’ordre. L’union des étudiants a entièrement réfuté les propos du procureur disant qu’ils étaient fomentés de toute pièce.

A l’université d’Al-Azhar, les protestations persistent malgré une répression très sévère sur les étudiants. Douze d’entre eux ont été condamné à 17 ans de prison le 13 novembre, ils ont été chargés d’incitation aux émeutes, tentative d’attaques sur chef-lieu de l’université et de sabotage de biens. Lors du début des affrontements, une semaine plus tard sur le campus, un étudiant a été abattu par les forces de sécurité à l’intérieur des dortoirs. Le 21 novembre, 38 étudiants d’Al-Azhar ont été condamnés à un an et demi de prison pour des protestations un peu trop passionnées.

Et à l’université d’Ain Shams, les manifestants ont demandé la libération  de deux étudiants, Tarek Hussein Abdel Galil et Amza Hamada qui étaient maintenus en détention. Les deux jeunes hommes étaient des pro-Morsi, selon les étudiants de l’université. Galil a été arrêté durant une manifestation, tandis que Hamada a été arrêté alors qu’il prenait métro. Ils font face aux chefs d’accusation suivants : perturbation des activités du métro, selon Radwa Yassin, un membre de l’union étudiante des écoles d’ingénieurs.

« Quand les militaires s’en prennent à vos camarades, peu importe s’ils sont pro Frères Musulmans ou non. » dit Yassin. Comme les autres protestants à Ain Shams, Yassin ne supporte pas les Frères Musulmans. Mais dit-elle, leur affiliation politique ne devrait pas importer. Les relations sont tendues entre les groupes étudiants laïques et pro Frères Musulmans, qui auparavant étaient opposés mais qui sont dorénavant ralliés face à l’ennemi commun.

Après une grève des étudiants dans une école d’ingénieurs, qui a duré durant des jours, la semaine dernière, l’administration a accepté la création d’un comité avec les unions étudiantes. Selon Yassin, le comité ainsi formé va aller devant le procureur général d’Egypte afin de demander la libération de ces deux étudiants.

Même à l’élitiste université américaine du Caire (AUC), pas moins de cent étudiants ont rejoint le mouvement, incluant même quelques pro Frères Musulmans, même s’ils ont conversé leur salut à quatre doigts commémorant un setting qui a été noyé dans le sang par les forces de l’ordre, en août. (Ce simple mais cependant ce geste politique lourd est devenu le symbole des pro-Morsi). Les protestants se sont aussi réunis pour la libération d’Abdullah Hamdy, un étudiant de l’AUC qui avait fortement critiqué la destitution de Morsi. Cela fait deux mois qu’il est enfermé, après avoir, selon certaines sources, pris part dans les protestations dans le centre-ville du Caire.

 Malgré le fait que les détentions, disparitions et morts d’étudiants ont atteint un pic, le nombre de manifestants ne désenfle pas. Beaucoup d’étudiants disent que la révolution a échoué mais, pour d’autres, comme l’étudiant d’Al-Azhar Mohamed, le combat n’est pas encore terminé. Quand il était étudiant, son père a manifesté contre le dictateur que Mahomed a plus tard aidé à renverser. Maintenant, c’est « son temps »  de suivre les traces de père, dit-il.

« Nous avons peur » admet-il. « Nous ne sommes que de la chair et du sang. Mais nous protestons pour notre dignité et, parce que c’est une cause pour laquelle il vaut la peine de se battre. »

Commentaire :

Cet article, posté le deux décembre est assez récent mais montre que les tensions en Egypte sont toujours vivaces. Le pays est encore à feux et à sang et est ronger par ces querelles intestines. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau en Egypte, qui au regard de cet article et des témoignages recueillis, à une grande histoire de révoltes à travers les siècles, et le rôle joué par les universités et les étudiants est central dans ces mouvements.  Pendant des générations, les étudiants égyptiens se sont toujours dressés pour défendre leurs libertés, quelle que soit leurs religions. Cet article montre qu’un commun ennemi suffit souvent à oublier les différences de religion qui les oppose, oublier les querelles pour se concentrer sur la lutte contre cet ennemi.

Cet article présente donc une vision très américaine de cette révolution, avec un parti clairement pris du côté des manifestants, et une légère dose de « théâtralité ». Cependant, malgré le nombre croissant de ces manifestants, les auteurs nuancent tout de même le fait que toute la population égyptienne veuille se dresser contre l’oppresseur. En effet, de nombreuses personnes sont fatiguées de cette culture de la révolte, et voudrait se concentrer sur une reconstruction du pays plutôt que de l’entrainer dans une nouvelle guerre civile.

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