Le nouveau rôle de la Russie au Moyen-Orient

Le présent article a été publié le 11 juin 2013 sur le site web d’Asia Times, avant d’être repris par le site Right Side News. Comme son nom l’indique, ce dernier site assume totalement son orientation politique conservatrice. Il s’agit d’un site web fondé en 2007 et spécialisé en relations géopolitiques. L’auteur de l’article, David P. Goldman, est écrivain expert dans les conflits au Moyen-Orient, et est plus connu sur Asia Times, où il est très populaire, sous le pseudonyme « Spengler ».

Traduction :

La Russie a jeté un pavé dans la mare des plans occidentaux pour la Syrie en promettant de fournir son système de missile sol-air S300 à la pointe de la technologie au gouvernement de Bashar al-Assad. La date exacte de quand les missiles devraient arriver reste floue, le dernier mot de Moscou est que les missiles ne sont pas encore en place, ce qui signifie que le sujet est nature à négociation.

C’est humiliant pour l’Occident de se heurter à une technologie Russe supérieure et potentiellement déterminante, environ 25 ans après la chute du mur de Berlin. C’est qui est d’autant plus humiliant est que l’Occident manque de contre-mesures contre le système russe, résultat de priorités en matière de défense mal orientées. Si les Etats-Unis avaient dépensé une fraction de leurs ressources qu’ils gâchent dans la construction d’une nation Irakienne et d’une nation Afghane dans une technologie anti-missile, la Russie perdrait son pouvoir de pression initial. C’est du gâchis, cependant une question pressante subsiste : que devrait faire l’Occident maintenant ?

Les questions à poser sont :

1)      Est-ce que la Russie est un acteur rationnel ?

2)      Si la réponse à la première question est affirmative (comme une écrasante majorité d’analystes se portent à croire), quel est son intérêt à agir rationnellement ?

3)      Est-ce les Etats-Unis peuvent de quelque façon que ce soit dans un futur proche changer le régime actuel en Russie ?

4)      Si la réponse à la troisième question est affirmative, que veut-on négocier avec Vladimir Poutine ?

Je considère que la bonne façon de procéder est de dessiner une ligne claire entre l’ingérence opportuniste de la Russie au Moyen-Orient et l’existence de problèmes au niveau de l’état russe. Bien que l’on puisse ne pas apprécier la manière avec laquelle les Russes gèrent leurs affaires, ce n’est pas à l’Occident de changer le régime russe.

Que veut Moscou au Moyen-Orient ? La Russie redouble d’intérêt par rapport aux malfaiteurs de toujours de la région. Jean Aziz de Al-Monitor conteste que la rencontre le 28 avril entre le Ministre des Affaires Etrangères Russes, Mikhail Bogdanov, et le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah au Liban marque un tournant dans la relation russe avec le Hezbollah. La nouvelle alliance russe – ce qui semble être le juste mot – avec l’organisation terroristes libanaise implique un engagement russe pour développer une sphère d’influence.

D’un autre côté, la Russie ne semble pas vouloir une alliance épanouie avec le régime Iranien et son satrape Syrien. L’Iran reproche actuellement à la Russie pour ne pas avoir livré les systèmes S300 promis, au même moment où elle envoie ce même système en Syrie. Le refus de la Russie à honorer son contrat avec Téhéran est un signal que le régime de Poutine ne serait pas brisé si quelqu’un était amener à détruire les complexes de production de bombes nucléaires Iraniens. La Russie n’a aucun intérêt à aider un régime fanatique à déployer l’arme atomique dans son flanc sud.

D’un autre côté, le support de la Russie au régime d’Assad est une question de survie. La Russie peut se réjouir de la paralysie de l’Occident dans la région et chercher à embarrasser les Etats-Unis et ses alliés, mais c’est un problème de second rang. Cela peut également viser à démontrer au monde que le pays n’abandonne pas ses alliés de la même façon que les Etats-Unis ont abandonné l’ancien président Egyptien Hosni Moubarak. Ici encore, le problème est secondaire. L’intérêt de la Russie dans la conséquence de la guerre civile syrienne découle de deux intérêts critiques.

Le moins important des deux est la base d’approvisionnement navale de Tartus, qui soutient l’expansion la présence navale Russe dans l’est méditerranéen. Le plus important est la peur russe des djihadistes sunnites qui dominent l’opposition rebelle.

La Russie a combattu les djihadistes dans le Nord du Caucase pendant 20 ans, ponctués par quelques-uns des plus horribles actes terroristes à jamais commis, dont le massacre en 2004 de 380 otages en Ossétie du Nord, principalement de jeunes écoliers. Le terme « Russe paranoïaque » pourrait être un pléonasme, mais dans le cas présent la Russie à grand intérêt à être paranoïaque. Le terrorisme du Caucase s’est répandu jusqu’au Etats-Unis avec les attentats à la bombe du marathon de Boston.

“En Russie, la plupart des analystes, politiciens, et citoyens ordinaires croient en la puissance illimitée Américaine, et ainsi rejettent la notion selon laquelle les USA ont fait, et continuent de faire, des erreurs au [Moyen-Orient]. Au contraire, ils assument que tout cela fait parti d’un plan complexe pour réorganiser le monde est répandre son pouvoir sur le monde » écrit Fyodor Lukyanov sur le site de Al Monitor le 19 mars.

Lukyanov, qui siège au Conseil russe d’affaires étrangères et intérieures, rejette ces façon de penser comme une « théorie conspirationniste ». Mais il est assez conscient, selon lui, du cadre de pensée du gouvernement de Poutine. L’élite russe pense que les Etats-Unis créent le chaos au Moyen-Orient avec une intention géopolitique. Lukyanov écrit :

D’un point de vue de décideur russe, la guerre d’Irak ressemble maintenant au commencement de la destruction accéléré la stabilité régional et mondial, ébranlant les derniers piliers d’un ordre mondiale durable. Tout ce qui est arrivé depuis – dont le flirt avec les Islamistes durant le printemps arabe, les politiques américaines en Lybie et celles en Syrie – prouvent la démence stratégique qui a pris contrôle de la dernière superpuissance restante.

Il est impossible de persuader Vladimir Poutine que les politiques au Moyen-Orient des deux dernières administrations américaines étaient purement stupides, parce que Poutine ne croit pas que les gens stupides dirigent de grandes puissances. Toutes les personnes stupides qu’il a rencontrées sont mortes. De la position avantageuse de l’administration Obama, le chaos au Moyen-Orient est une affaire de lamentations des soutiens de la croisée anti-génocide Samantha Power, aujourd’hui désignée ambassadrice aux Nations Unies. Du point de vue Russe, il s’agit d’une menace existentielle.

La population ethnique Russe est en déclin, et le pays pourrait bien avoir une majorité Musulmane d’ici la moitié du siècle. Si le chaos enveloppe le monde musulman sur sa frontière Sud, il pourrait s’étendre à la Russie par le Nord du Caucase. Durant le Guerre Froide, les Etats-Unis supportaient le Djihad en Afghanistan et ailleurs pour gêner l’Empire Soviétique (et cela correctement, car la menace Soviétique pour la sécurité Américaine dépassait les éventuelles inconvénients qu’il y aurait à traiter avec des djihadistes). La Russie est convaincue que les Etats-Unis souhaitent toujours promouvoir le Djihad dans le but de déstabiliser son ancien rival de la Guerre Froide.

Comment les États-Unis devraient répondre ?

Tout d’abord, les US devraient revoir leur partition de la Syrie en un Etat de majorité Sunnite et un Etat croupion Alaouite dans le Nord-Ouest du pays, où la base navale Russe se situe. Les Kurdes devraient devenir autonomes, à l’image de leurs compatriotes Irakiens.

La Turquie objectera avec véhémence car cela avancerait l’indépendance Kurde, que voit le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan comme le Capitaine Crochet voyait le crocodile. Dommage pour les Turcs : quelqu’un doit perdre quelque chose ici, et il y a de fortes chances que ce soit eux. La partition est la seule façon d’arrêter la guerre civile et empêcher les meurtres de masse. Une victoire totale pour n’importe quel camp ne serait le résultat que de massacres. La solution la plus humaine est une rupture dans le sillage de l’ancienne Yougoslavie. Assad peut rester au pouvoir d’un Etat croupion où les Alaouites seraient protégés des représailles Sunnites, et les Russes peuvent garder leur station de ravitaillement. On se demande pourquoi la foule scandant « devoir de protéger » à Washington n’a pas considérer cela.

Deuxièmement, les US devraient utilisez son influence sur la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar pour nettoyer les éléments djihadistes les plus nuisibles parmi les rebelles Sunnites en Syrie. Ils devraient aussi faire comprendre aux Russes que cela n’interféra pas avec leurs opérations contre-terroristes au Caucase, aussi macabre que cela puisse être.

Troisièmement, les US devraient attaquer l’Iran, détruire les lieux de production d’armes nucléaires et saisir les bases de la Garde Révolutionnaire (et peut-être d’autres choses ; divers officiers Américains ont leurs propres listes de souhaits).

Neutraliser l’Iran est la clé : cela élimine le pipeline de support à Assad et à plusieurs organisations terroristes, et les réduit à de détestables, mais stratégiques acteurs locaux sans emploi.

La Russie, évidemment, à plusieurs réticences à l’idée d’une intervention aérienne américaine sur l’Iran puis sur Damas. Le pays a signalé cela aussi clairement qu’il puisse en refusant de livrer le système S300 au régime iranien, au même moment où il promettait de le livrer au régime syrien. La mauvaise nouvelle est qu’on ne peut pas oublier la présence de la Russie dans la région ; les Etats-Unis ont trop commis trop d’erreurs dans la région pour revenir sur le passé.

La bonne nouvelle est que les problèmes occasionnés par le rôle accru de la Russie peuvent être localisé et contenu. Basher al-Assad et son armée Alaouite compressés dans leur redoute serait une gêne, pas une menace stratégique. Un régime Sunnite avec une zone autonome Kurde dans le reste du pays serait susceptible de pression occidentale pour purger les plus dangereux djihadistes.

En fait, la Russie a moins de réticences face à une attaque américaine contre le programme nucléaire Iranien que l’administration Obama. C’est dur de lire les jérémiades des conservateurs américains à l’encontre de la résurgence de l’influence russe dans le Moyen-Orient, quand quelques conservateurs américains proposent ouvertement une frappe contre l’Iran. Ils ont peur que les électeurs ne les croient pas après les médiocres résultats des campagnes de reconstruction en Irak et en Afghanistan.

Il est bien plus simple de rassembler les troupes en criant “Les Russes arrivent !” qu’en pointant du doigt que l’aversion idéologique de l’administration Obama à utiliser la force contre l’Iran est le cœur du problème. En effet, la position de Poutine est plus souple aux exigences stratégiques Américaines que celle d’Obama, aussi surprenant que cela paraît.

Plus largement, les US devraient dessiner une ligne claire entre les zones du monde où ils ont des intérêts inviolables, et les zones sujettes à négociation. Ce fut un acte d’une stupidité légendaire que d’abandonner le déploiement des systèmes anti-missile en Pologne et en République Tchèque, comme le fit l’administration Obama en Septembre 2009. La Russie n’apprécia pas, mais la Russie n’est pas censée apprécier. Démontrer de la faiblesse face aux Russes suscite simplement du mépris. Les US devrait faire clarifier les liens de culture et de sang qui relient les Polonais et les Tchèques aux Américains, et que nous les soutiendrons dans toutes les situations.

L’Ukraine est un autre problème. Les Russes comprennent la moitié de la population d’Ukraine et la Russie ne peut pas les ignorer, pas moins que les 22 millions de Russes qui laissés en dehors de la Fédération après la chute de l’Union Soviétique en 1991.

Comme je l’ai reporté dans un article (Americans Play Monopoly, Russians Chess, Asia Times Online, 19 Août, 2008), “Le désir de quelques centaines de milliers Abkhaziens et Ossétiens du Sud de rester dans la Fédération Russe plutôt qu’en Géorgie peut sembler insignifiant, mais Moscou crée un précédent qui s’appliquera aux dizaines de millions de potentiels citoyens de la Fédération – plus controversé en Ukraine. »

Les Etats-Unis n’ont aucun intérêt stratégique en Ukraine. Neuf ans après la prétendue Révolution Orange, le pro-Moscou Parti des Régions restent fermement au pouvoir. L’opposition est entachée d’une souche hideuse d’antisémitisme, comme Rachel Ehrenfeld, directeur du Centre Américain de la Démocratie le rapportait le 30 Mai.

Les nationalistes que Washington a soutenu durant les beaux jours de l‘invasion de l’Irak ne sont pas exactement des personnes biens. Ce qu’on a appris de la décade de maladresse est que la Russie peut avoir l’Ukraine si elle la veut assez, et que de toute façon on ne l’a veut vraiment pas. A part la Hongrie, l’Ukraine a la plus faible taux de fécondité d’Europe. Son importance stratégique se détériorera avec sa démographie.

Les propositions ci-dessus sont des mesures palliatives pour limiter les dégâts dans contexte de détérioration. Si les US veulent vraiment capter l’attention de la Russie, ils auront besoin de précisément faire ce que Ronald Reagan et son équipe mis en route en 1981 : convaincre les Russes que les Etats-Unis les dépasseraient en technologie militaire. Cela signifie un financement agressif de la recherche de l’ancien DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Si Poutine est persuadé que son avantage résiduel dans la technologie de missile sol-air est atteint, il sera bien plus flexible en termes de négociation.

Je suis douloureusement conscient que l’environnement politique n’est pas une passerelle vers cette approche. Cela ne change en rien le fait que c’est ce qui doit être fait.

Source : http://www.rightsidenews.com/2013061132687/world/geopolitical/russias-new-middle-eastern-role.html

En conclusion, David P. Goldman nous livre un éclairage, certes lié à un certain conservatisme américain, mais également pertinent de la situation au Moyen-Orient et des différents intérêts de la Russie et des Etats-Unis, dans un contexte de Guerre Froide qui ne s’est pas vraiment achevée en 1991 avec la chute de l’Union Soviétique, tant les questions, et leurs réponses, restent plus que jamais les mêmes.

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