Le leader de la RCA en discussion avec les milices

I.                   Présentation du journal

 

L’article “Central African Republic leader in talks with militias” provient du site internet du journal SwissInfo, une plateforme suisse d’informations couvrant l’actualité suisse et internationale. Cette ex-radio suisse internationale relaie l’information en neuf langues différentes, dont le français, l’anglais ou le chinois, sur des domaines larges tels que la politique, l’économie, la culture, la science, la formation ou encore le tourisme. Ce quotidien se contente de relater l’information, sans donner son avis sur les sujets traités.

Mais cet article est également à mettre au compte des journalistes de Reuters, agence de presse mondiale et généraliste, qui ont récolté les informations concernant la situation en République Centrafricaine.

 

II.                Présentation de l’original

 

Cet article a été écrit ce dimanche 15 décembre 2013 à Bangui par Paul-Marin Ngoupana et Bate Felix, deux journalistes de Reuters sur place en République Centrafricaine pour suivre l’avancement de la situation dans le pays depuis la prise de pouvoir par  Michel Djotodia.

 

Une petite remise en contexte s’impose pour comprendre cet article :

La RCA, faisant partie des pays les plus pauvres du monde, connait une période de crise depuis des années et s’enfonce petit à petit dans la violence et le chaos. François Bozizé, président en fonction depuis 10 ans, a été renversé le 24 mars dernier par une coalition hétéroclite de groupes rebelles, le Séléka, dirigée par Michel Djotodia et aujourd’hui officiellement dissoute. Djotodia, qui au départ s’était auto-proclamé leader intérimaire du pays pour une durée de 3 ans, a ensuite été accepté et choisi comme président intérimaire sur une durée de 18 mois. A partir de là, il a essayé de contrôler les rebelles Séléka, en vain. Ils ont fait preuve d’une violence inouïe, imposant leurs lois à tous les paysans et les partisans de Bozizé. De nombreuses milices sont apparues au fur et à mesure, venant parfois même de divergences entre Sélékas. Mais les affrontements les plus durs demeurent entre les Sélékas, musulmans, et les anti-Balaka, chrétiens. De là s’intensifieront alors les conflits inter religieux dans le pays.

 

III.             Traduction de l’article

 

BANGUI (Reuters) – Michel Djotodia, leader intérimaire de la République Centrafricaine pense actuellement à une possible amnistie concernant les milices impliquées dans les violences chrétiennes/musulmanes qui ont causé la mort de centaines de personnes, la plupart d’entre elles civiles, en échange de leur désarmement.

Le pays s’est retrouvé paralysé par des cycles de tueries, de tortures et de pillages depuis que la plupart des rebelles musulmans Sélékas de Djotodia se sont emparés du pouvoir dans la majorité de la nation chrétienne en mars dernier. 

Djotodia a depuis perdu le contrôle de ses anciens combattants dont les violences ont mené à l’émergence de milices, connues comme les anti-Balaka, signifiant anti-machette en langage Sango, à qui elles sont opposées.

Plus de 1000 soldats français ont été déployées ce mois-ci pour tenter d’endiguer la violence qui déplacé 680 000 personnes – ce qui correspond à peu près à un septième des habitants du pays – selon les Nations Unies.

L’ancien leader rebelle a déclaré sur une radio locale, tard samedi dernier, qu’il avait été contacté par un représentant des anti-Balaka, pour la plupart chrétienne et animiste, lui demandant leur intégration dans le gouvernement transitionnel qu’il dirige.

Des élections vont donc être mises en place en 2015, même si toutefois le gouvernement à Bangui n’exerce actuellement qu’un contrôle limité, même à l’intérieur de la capitale.

“Les anti-Balaka nous ont envoyé un émissaire et ont dit qu’ils veulent déposer leurs armes et quitter les maquis, mais ils ont peur pour leur sécurité. Ils nous ont donné des conditions préalables… Ils ont réclamé l’amnistie et l’entrée au sein du gouvernement », a déclaré Djotodia.

“Les contacts ont déjà été établis et nous poursuivrons ces échanges dans les intérêts de la paix pour tous les Centrafricains », a-t-il ajouté. «Nous ne voyons pas à mal car ça représente le prix de la paix ».

Les anti-Balaka, accompagnés d’hommes armés loyaux au Président déchu François Bozizé, ont attaqué la capitale Bangui tout au long de la semaine dernière, provoquant plus de tueries et de représailles et renforçant ainsi le conflit inter-religieux. Plus de 500 personnes ont perdu la vie et 189 000 ont été déportées dans la capitale seule.

Un porte-parole du gouvernement a communiqué que Djotodia n’excluait aucune des demandes faites par les anti-Balaka et qu’il comptait entrer en contact avec les autres groupes pour des discussions similaires – ce qui implique également les rebelles Sélékas.

“Le Président considérera chaque chose qui pourra mener à la paix en République Centrafricaine”, a dit Guy-Simplice Kodegue.

Dans une déclaration de presse manuscrite vue par Reuters dimanche, un groupe anti-Balaka disant s’appeler La Jeunesse de la révolution anti-Balaka a appelé ses membres à un cesser le feu immédiat afin de donner une chance à ces discussions. Mais le nombre de combattants représenté par ce groupe reste incertain.

Les organisations de défenses des droits de l’Homme restent cependant sceptiques sur le fait que des milices bancales puissent apporter la paix.

“Je pense que la question est de savoir si les anti-Balaka sont suffisamment structurés pour déposer les armes comme promis”, a déclaré Peter Bouckaert, Directeur des situations d’urgences de HRW (Human Rights Watch) à New York.

 SOUTIEN EUROPEEN

La République Centrafricaine est riche en diamants, en or et en uranium mais a vu sa stabilité diminuer et la France a dû intervenir dans le pays depuis l’indépendance en 1960 plus que dans n’importe quelle autre ancienne colonie.

Paris a déployé 1600 soldats pour stopper l’augmentation d’effusions de sang dans ce que le Président François Hollande a appelé une intervention humanitaire.

Deux soldats français ont été tués depuis le début de l’opération il y a une semaine de ça, et le soutien local en France pour cette mission a progressivement diminué.

Dimanche, le Ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius a dit qu’il comptait réclamer une aide supplémentaire de la part des partenaires européens de la France.

Alors que les nations européennes, comptant la Pologne, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique, ont fourni de nombreuses formes d’assistance, les troupes françaises n’en restent pas moins seules sur le sol africain de la RCA.

“C’est vraiment un problème de taille”, a déclaré Laurent Fabius sur Europe 1. « Demain, j’irai au conseil des Ministres des Affaires Étrangères et je demanderai (aux partenaires européens) une aide plus rapide et musclée, dont une sur le terrain.

Les Nations Unies, qui ont autorisé l’intervention militaire française, ont ainsi restauré un certain calme à Bangui. Et l’Union Africaine a autorisé le grossissement de ses troupes dans le pays, passant ainsi de 2500 soldats à 6000.

Mais la violence isolée persiste et les deux côtés se rendent coup pour coup, ce qui fait que les tueries continuent.

Près du stade municipal de Bangui, dimanche, des journalistes de Reuters ont vu le corps ensanglanté d’un jeune homme à moitié nu, sur le sol poussiéreux, accroupi face contre terre dans une mare de sang. “Les combattants Sélékas lui ont tiré deux fois dessus”, a dit Vanessa Amina qui vit non loin de là.

Bouckaert de HRW a déclaré que la violence perdurait également en dehors de la ville, particulièrement dans la ville de Bouca, au nord de Bangui, et à Bohong, proche de la frontière du Cameroun à l’ouest, où les anti-Balaka ont tué 27 musulmans la semaine précédente.

(Reportage additionnel par Nicholas Vinocur à Paris; Ecrit pas Joe Bavier; Edité par Alison Williams)

Reuters

IV.             Commentaires, critiques

Nous pouvons donc voir après ces quelques lignes, que le Président intérimaire Djotodia est enclin à faire n’importe quelle concession tant que celle-ci aille dans le sens la paix. Depuis sa prise de pouvoir en mars dernier, il s’est en effet rendu compte qu’il ne contrôle absolument plus rien, hormis le contrat de travail des gens au sein de son gouvernement (il a très récemment licencié 3 de ses ministres, ceux-ci étant incompétents, absents du territoire ou en désaccord avec lui). Les Sélékas, dont il dirigeait la coalition, sont devenus beaucoup trop violents pour lui et il se rend compte qu’une bombe a été lâchée au sein du pays à l’instant même où il a accédé au pouvoir.

La volonté de certains de déposer les armes et de se diriger ainsi vers un apaisement des tensions ajoutée au fait que des troupes armées  françaises arrivent progressivement sur le sol centrafricain est un bon début. Encore faut-il que chacun respecte sa part du contrat au moment voulu. Car il ne s’agit maintenant plus que d’un conflit pour le pouvoir, mais d’une guérilla opposant deux religions majeures représentés par  les Sélékas (musulmans) et les anti-Balaka (chrétiens). N’importe quel membre de ces deux milices pourrait être l’étincelle menant à une explosion encore plus grande que ce que le pays a connu ces derniers mois. Et ce n’est pas peu dire.

Sitographie:

http://www.swissinfo.ch/eng/news/international/Central_African_Republic_leader_in_talks_with_militias.html?cid=37546226

http://www.huffingtonpost.fr/2013/10/13/chronologue-guerre-crise-centrafrique_n_4029289.html

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