La question ukrainienne : Un enjeu international.

 

Mardi 9 septembre l’enquête, menée par le bureau d’enquête néerlandais pour la sécurité, concluait que le vol MH17 a bien été abattu en vol par un grand nombre de projectiles à haute vitesse. Le MH17 aurait donc été détruit par un missile. Ce rapport ne vient pas apaiser les tensions entre les pro-russes et Kiev. A cela s’ajoute le récent rapport d’Amnesty International qui dénonce  la participation directe de Moscou dans ce conflit. Le conflit n’est donc plus un conflit civil mais bien un conflit international. Le rapport accuse également certaines unités volontaires ukrainiennes d’avoir commis des exactions.

Le vol MH17 a été visé par un missile le 17 juillet dernier. La question à laquelle les experts n’ont pas encore répondu est : Par qui le missile a été tiré ? La destruction de cet avion civil était-elle volontaire ?

Des questions posées par Pierre Challier au général Jean-Claude Allard le 19 juillet dernier. Le général Jean-Claude Allard est directeur de recherche à l’IRIS.

Voici un aperçu de cet entrevu  disponible sur le site du journal La dépêche :

« Si ce tir contre un avion civil est volontaire, quel peut-être le but poursuivi et par qui ?

J’ai beaucoup de mal à imaginer que ce soit un tir volontaire ou alors, s’il est volontaire, il l’est sur une cible qui a été confondue avec autre chose. C’est-à-dire que si l’on regarde les acteurs que l’on veut toujours nommer dans ce conflit, c’est-à-dire le gouvernement ukrainien, les séparatistes et les Russes, je vois très mal pourquoi les Russes et même les séparatistes tireraient sur un avion qui survole l’Ukraine à 10 000 mètres. Les Russes n’ont aucun intérêt à rendre leur territoire dangereux pour les lignes sinon c’est une catastrophe pour eux. Je crois donc qu’il faut les exclure. Reste le gouvernement ukrainien et les séparatistes. Les forces ukrainiennes peuvent être à l’origine de ce tir en ayant pensé que cet avion était un avion russe tentant d’obtenir des renseignements ou tout autre chose, c’est aussi une hypothèse. Et puis enfin il y a l’hypothèse des séparatistes. Mais si cela a été tiré à partir du sol, cela signifie une opération complexe et l’emploi d’une batterie SA 11 ou SA 17 assez difficile à mettre en œuvre. Et je ne vois pas d’explication valable pouvant justifier un éventuel tir de leur part, n’arrivant pas à comprendre pourquoi quelqu’un aurait voulu déclencher cela afin de déclencher quelque chose de pire.

La présence de deux avions de chasse aurait également été signalée, sur le secteur, sans que cela soit confirmé.

Effectivement, la présence d’avion de chasse est aussi évoquée. Il y a donc des choses complexes qui ont pu se passer. D’où l’urgence de sécuriser la zone pour conduire une enquête inattaquable. Cependant selon moi ce vol n’a pas été abattu en tant que vol mais en tant que cible présumée hostile. En méthodologie, je ne vois pas d’autres explications, tous les débats restent évidemment ouverts, mais je ne pense pas non plus qu’un camp ait essayé de faire porter le chapeau à l’autre. C’est une zone de guerre et la tension est très forte, on a peur, et les troupes se sont laissées aller.

Dans un récent article pour l’IRIS, vous avez résumé l’Ukraine comme un champ d’affrontement entre la Russie et les États-Unis. Quelles conséquences cette affaire peut-elle avoir sur les relations entre l’Europe, les États-Unis et la Russie ?

L’Ukraine est une zone charnière. Pour les Russes, c’est un point de passage pour leurs exportations de gaz vers l’Europe et de pétrole vers le monde via le port que leur autorisait l’Ukraine. À partir du moment où les Russes ont vu échapper à leur contrôle ce port, la Russie a mis la main sur la Crimée parce qu’on touchait à ses intérêts vitaux. Il aurait fallu réfléchir, à mon sens, avant de pousser la Russie à cette extrémité et c’était là le rôle de l’Europe face à des États-Unis qui veulent faire basculer l’Ukraine dans leur camp pour verrouiller la Russie à l’ouest et mieux pouvoir s’occuper de la Chine par ailleurs, l’Europe aurait dû comprendre que la Russie veut se développer et qu’elle a besoin de traverser l’Ukraine pour livrer son gaz. Dans ce contexte, il faut maintenant que les grands de ce monde, les États-Unis et la Russie et surtout l’Union européenne calment les tensions et disent «non, on ne veut pour l’instant imputer ce drame à personne mais le jour où le responsable sera identifié et qu’on pourra le prouver, là, il sera fortement sanctionné.»

Ce vendredi, Vladimir Poutine a invité les protagonistes à entamer un «dialogue de paix». Votre réaction ?

Depuis mars 2013 où Vladimir Poutine a publié sa nouvelle stratégie pour la Russie, il ne cesse de dire, «il faut s’asseoir à une table, il faut discuter et il faut que nous gérions le monde en multilatéral». Cela pose un problème, je le conçois, car on se dit toujours «est ce qu’il est honnête et sincère ou est-ce qu’il veut nous tromper ?» Son intérêt, pourtant, en tant qu’exportateur de gaz et de pétrole n’est pas de dresser l’Europe contre lui, il faut le comprendre et s’asseoir à une table avec lui.

La trêve liée à l’enquête peut-elle entraîner une trêve plus générale ?

Il faut le souhaiter et cela peut être le cas justement si à présent les deux grands qui se battent sur cette charnière, Les États-Unis et la Russie, et la charnière elle-même, c’est-à-dire si le président Porochenko et ses opposants, arrivent à dialoguer, chacun tenu en laisse par le grand qui les soutient. »

 

 

 

Le Général Jean-Claude Allard conseille la discussion avec la Russie de Vladimir Poutine. Il parle même de compréhension face aux actions du gouvernement russe concernant la Crimée.

Mais il semblerait que les gouvernements européens et les Etats-Unis ne soient pas de cet avis. Le terme d’ « annexion » de la Crimée est répété dans les médias pour souligner un acte illégal de la part du Président russe qui rappelle volontairement ou non celui d’Adolf Hitler avec les Sudètes.

Le cessez-le-feu instauré depuis vendredi dernier reste fragile dû  aux vives tensions entre l’armée ukrainienne et les belligérants pro-russes. Plusieurs violations de la trêve ont été constatées. Le gouvernement ukrainien ne semble pas vouloir faire de concessions.

Ainsi on pouvait lire aujourd’hui dans courrier international : « Porochenko a ainsi mis à profit un cessez-le-feu conclu à Minsk le 5 septembre dernier entre des représentants de son gouvernement et des séparatistes. Une fois sur place, le président, cité par Den, a encouragé ses concitoyens : “Nous devons défendre la ville, il faut ériger des fortifications.” Preuve qu’il est le premier à douter de cette “trêve”. “C’est à cela qu’a été consacrée ma réunion avec les forces de sécurité : nous devons être prêts à de honteuses violations du cessez-le-feu.” »

Porochenko déclarait également d’après le journal Le Monde « Il ne peut y avoir de discussion sur une fédéralisation ou sur une quelconque séparation [des régions de l’Est]. La loi sur une administration autonome temporaire pour les districts de Donetsk et Louhansk [deux fiefs rebelles] fournit un statut qui maintient ces régions en Ukraine. »

Le rapport d’Amnesty internationale l’a confirmé : ce conflit devient international, il l’est en réalité depuis le début étant donné les enjeux autour de la question ukrainienne.

En effet, l’Ukraine est tiraillée entre l’Europe et la Russie bien avant le début de ce conflit. L’acceptation du rattachement de la région de Crimée à la Russie n’a rien d’un excès de patriotisme chez Vladimir Poutine. Elle est le résultat des obstacles engendrés par l’Europe à l’ambition du président russe. Ainsi, Poutine souhaite créer avec l’Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie une « Union eurasienne ». Cette union aurait pour but de concurrencer l’Europe et son alliance transatlantique avec les Etats-Unis. Or le gouvernement ukrainien à opter pour la voie occidentale et donc un pacte d’association avec l’Union Européenne. Un enjeu économique majeur émane donc de ce conflit: celui de l’appartenance de l’Ukraine, pays clef par sa population et sa géographie, au « bloc occidental » ou au giron russe. La résolution de cette crise dépendra en grande partie des négociations de l’Ukraine avec la Russie et plus généralement de l’Occident avec la Russie, elle ne peut être appréhendée comme une seule crise interne.

One thought on “La question ukrainienne : Un enjeu international.

  1. Enjeu international oui, européen surtout car c’est l’unité de l’Europe qui est en jeu, et sa construction elle-même.

    La diplomatie américaine ne veut pas d’une Europe forte, ça n’est pas nouveau. Le fait nouveau est l’utilisation des armes contre un gouvernement élu, l’utilisation de mercenaires pour déstabiliser l’Ukraine, pour la seconde fois en vingt ans, avec l’appui des réseaux ukrainiens émigrés aux Etats-Unis.

    Pour comprendre la question ukrainienne, il faut aller écouter la grand historienne spécialiste de ces pays, Hélène Carrere d’Encausse, sur prorussiatv.

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