La politique française vue par le Royaume-Uni et les Etats-Unis

Introduction

 

Ce dossier met en lumière les points de vue de journalistes de deux grands acteurs de la scène géopolitique internationale, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, sur la situation économique, politique et sociale de la France à l’heure actuelle. Ainsi, les deux articles traduits et étudiés portent sur les décisions internes du pays et celles de la politique extérieure menée, depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République française le 15 mai 2012.

Premier article

 

Le premier article traduit et étudié est extrait de « The Oxonian Globalist ». Ce magazine est entièrement produit et réalisé par des étudiants de l’université anglaise d’Oxford. Fondé en 2010, il appartient au réseau Global21 constitué de nombreux magazines internationaux, toujours réalisés par des étudiants appartenant aux plus prestigieuses universités du monde. The Oxonian Globalist propose de nombreux sujets, qu’ils appartiennent aux domaines de la science, de la culture, de la politique ou de l’économie mais le thème général du magazine reste les affaires internationales.

Notre premier article s’intitule « French ambivalence from Syria to Leonarda ». Il a été écrit par Maximilien Von Berg et publié sur le site du magazine le 18 novembre 2013. De nationalité belge, Maximilien Von Berg est titulaire d’une licence en affaires internationales et étudie actuellement en doctorat la politique à l’université d’Oxford, à travers la rédaction d’une thèse sur la dette publique des pays de l’OCDE. Nous comprenons ainsi les motivations de la rédaction de cet article, qui décrit la situation politique de la France, qu’il juge « médiocre » et qui mène, selon lui, « nulle part ». Traduction…

The OXONIAN Globalist

La médiocre communication gouvernementale comme substitut à la politique

 

Charles Consigny écrit “les français sont habitués depuis longtemps à ce que leurs dirigeants leur mentent”. Lorsque François Hollande parle de reprise, il essaie tant bien que mal de dépeindre un pic temporaire dans l’économie comme l’inversion totale du courant.

Au milieu de cette large spéculation sur la faible reprise française, il tire profit de ce petit événement qui ne devrait pas cacher longtemps la situation socio-économique de la France sinistre, le chômage qui atteint des sommets depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et les prévisions financières et économiques qui prévoient une économie stable et une montée brusque de la dette sociale. François Hollande détient aussi le record du président le plus impopulaire depuis 1958.

Le gouvernement s’agite alors autour d’une grande variété de sujets, mais pas la politique. Cela est activement mis en avant, en envoyant plusieurs ministres sur le terrain à n’importe quelle  occasion. Ils donnent ainsi l’impression qu’une vraie et douloureuse réforme est sur le point de naitre, alors que les ministres ne font en fait que « brasser de l’air ». Cette attitude cache maladroitement le leadership inconsistant, le manque de vision et de position sur des sujets graves. Les positions gouvernementales se devraient pourtant d’être rassurantes pour l’électorat, en donnant l’impression qu’ils luttent contre le crime, s’occupent des problèmes d’immigration et d’intégration, des logements sociaux et de la délocalisation industrielle. Mais tout ceci n’est qu’un écran de fumée temporaire : les ministres ne font que parader, sans réformer le pays. Le gouvernement français n’a pas renforcé sa lutte contre le crime, et ne regarde pas non plus attentivement les problèmes d’immigration. Contrairement aux conseils du FMI et de l’OCDE, il n’a pas allégé, ni arrêté la création de nouvelles taxes.

François Hollande a pris parti et a demandé une action militaire contre les attaques syriennes, quand ces derniers ont franchi la « ligne rouge » en utilisant de façon présumée des armes chimiques contre les citoyens. Mais en agissant de la sorte, il espérait vraiment que les Etats-Unis agiraient et que la France débarquerait et suivrait le mouvement, envoyant quelques tirs de roquettes et tirant profit de cela. L’action française aurait été, au mieux, symbolique. Mais aussi longtemps qu’il y aura des troupes françaises et certains intérêts dans cette région, une telle action ne conduirait surtout qu’à de dures représailles sur les populations françaises, et les chrétiens en général. Mais le gouvernement a été sot : après avoir sommé la communauté internationale d’agir, Hollande a accepté de ravaler ses demandes, sans n’avoir obtenu aucune concession d’Assad ou de Poutine.

Sur l’affaire Léonarda, plus récente, de cette jeune Rom et de sa famille expulsés après 4 ans dans le pays car ils mentaient sur leurs origines, Hollande a adopté une position ambivalente qui a été durement critiquée, même par la gauche : il a maintenu l’expulsion de la famille mais a offert à Léonarda l’option de revenir étudier en France, seule, au nom des valeurs humaines. Cela est d’autant plus ridicule quand on pense que le gouvernement a plié face à une adolescente et à sa famille qui recevait de manière illégitime, des aides de l’Etat, estimées à 594 000€ depuis 2009 selon le Figaro. Le résumé de cette affaire n’est pas que le président a fait preuve d’humanité, comme il l’aurait souhaité, mais c’est qu’incapable de révoquer la loi, il a fait une exception pour éviter une réaction politique négative à gauche. En agissant ainsi, il a montré sa peur et sa faiblesse : il a tout simplement rabaissé la France.

Un autre exemple est le brûlant sujet de Marseille. Des réformes contre l’augmentation du taux de criminalité dans la ville sont toujours attendues, même si des mesures d’urgence avaient été annoncées suite à un braquage qui avait mal tourné. Et pourtant, trois mois après, aucun acte n’a suivi les paroles. La ville méditerranéenne a été le théâtre de violences armées répétées, impliquant des gangs, qui ont conduit à plusieurs morts. Au milieu de tous ces événements, le Ministre de l’Intérieur tente, lui, de mettre un frein à ces crimes, mais les réformes du Code Pénal laissent penser qu’elles vont dans la direction opposée. Elles cherchent à supprimer les peines de prison automatiques pour les délinquants accusés plusieurs fois d’un même délit. Cette réforme impliquerait alors que les criminels, même s’ils récidivent, auront encore moins de risques qu’aujourd’hui d’aller en prison pour des infractions punissables par moins de 5 ans d’emprisonnement (dans un système laxatif où déjà de nombreuses condamnations, si elles donnent lieu à une peine inférieure à deux ans d’emprisonnement, sont suspendues). La cacophonie que cela crée au plus haut point souligne le manque de direction commune du gouvernement, ce qui démontre le manque de leadership de l’Elysée et le manque de vision commune du gouvernement.

Selon le philosophe Alain Finkielkraut, lorsque la gauche « rencontre un problème dans sa ligne de conduite, elle rejette systématiquement son existence et créé un écran de fumée, pour lequel toute personne coupable d’essayer de le dissiper s’en retrouve condamné en public ». Un exemple récent est la discussion du gouvernement sur le projet « La France en 2025 ». Il n’y a rien de mal à penser de l’avant, mais le problème est que c’est juste une autre technique pour réorienter l’attention du public. Cela permet au gouvernement de communiquer sur un nouveau sujet, évitant ainsi les questions importantes de la politique actuelle. Ce document mentionne, par exemple, les défis tels que la crise du chômage, résultat de la dernière crise financière, et l’âge de départ à la retraite. Mais le chômage est un problème datant d’avant 2007 et le gouvernement a déjà promis de ne pas repousser l’âge de départ à la retraite, ce qui induit déjà les citoyens en erreur. La vérité est que le gouvernement ne peut rien garantir en 2013 donc il attire l’attention sur 2025. Si la droite n’a pas toujours fait les choses avec succès, elle a au moins tenté de traiter les problèmes, et non pas de les cacher sous le tapis.

Concernant l’ancien gouvernement, tout ce qui avait un rapport avec le « sarkozysme » a été retiré : du mode de transport du président à la destination de ses vacances, de la suppression de la taxation des heures supplémentaires à la suppression d’une peine minimale pour les infractions répétées, de l’annulation du non-remplacement de la moitié des fonctionnaires suite à leurs départs en retraite à la déduction de la hausse de la TVA votés par le pouvoir législatif précédent. Certaines de ces annulations sont ridicules, d’autres sont contre-productives et certaines sont même dangereuses. Le mode de transport utilisé par le président est ridicule puisque voyager en train est aussi cher que l’avion, étant donné les énormes frais des dispositifs de sécurité nécessaires. Cela est juste de la communication, et de plus, de la communication inutile. Il serait même possible qu’aujourd’hui, le gouvernement réintroduise la mesure de détaxation des heures supplémentaires de Sarkozy. Et la hausse de la TVA aura finalement lieu, même si elle serait un peu moins importante que prévue. Là encore, le gouvernement a déjà changé d’avis.

Le pouvoir exécutif a également échoué en réintroduisant la notion perdue de « morale » et de décence dans la politique, dont il accusait l’ancien gouvernement de se détourner. Le scandale impliquant l’ancien Ministre en charge du Budget, Jérôme Cahuzac, en est la preuve : il possédait un compte bancaire caché en Suisse et a menti, à plusieurs reprises, avant d’être finalement démasqué. Cette histoire a laissé entrevoir deux possibilités : soit Hollande et son gouvernement ne sont pas compétents, ou ont, eux aussi, menti. Soit ils ne savaient vraiment pas que Cahuzac possédait des millions à l’étranger depuis des années, malgré des éléments hautement suspicieux, à l’image d’enregistrements vocaux où il le mentionnait spécifiquement, en montrant un amateurisme inacceptable à son niveau hiérarchique ; soit ils savaient depuis un certain temps, avant que l’affaire n’éclate, et gardaient malicieusement le ministre dans l’équipe gouvernementale. Dans ce dernier cas, ils auraient fait preuve d’un comportement contraire à l’éthique, et très sournois. En effet, en conséquence du renvoi de Cahuzac, Ayrault, le Premier Ministre, et Hollande, le Président, ont tout deux clamé à la télévision française n’avoir aucune connaissance, ou preuve, des accusations faites à l’encontre de leur Ministre du Budget.

Le gouvernement d’Hollande a tout simplement mis de la poudre aux yeux.  Ils ont modifié la politique aux profits de tactiques de communication. La place de la France dans le monde est en train de changer et, en l’espèce, de diminuer. Les nouvelles politiques et réformes doivent aujourd’hui pallier ce nouveau rôle et s’adapter au nouveau monde. Le gouvernement actuel se relèvera volontiers grâce à de nouvelles déclarations intérieures et internationales, ce qui n’a pas encore été fait comme nous l’ont prouvé les cas de PSA Peugeot-Citroën ou de la Syrie. Cela se déclenchera avec la seule idée en tête de faire marche arrière et de changer tout ça, comme la hausse de la TVA, la défiscalisation des heures supplémentaires et Léonarda. En mettant en place seulement quelques changements dans le style de gouvernement, additionnés de quelques taxes et de nombreux slogans attractifs, ce gouvernement ne mènera nulle part.

 Maximilien Von Berg, le 18 novembre 2013.

 

Second article

 

Le second article est extrait du très populaire New York Times, quotidien américain mondialement diffusé depuis sa création en 1851. The New York Times est un généraliste, qui traite aussi bien de mode, d’arts de vie et de people, que de politique et d’économie. Si aucune communication n’est explicite à ce sujet, ce journal peut être assimilé au parti politique démocrate auquel il apporte à chaque élection présidentielle successive son soutien depuis 1956. C’est également un journal plus libéral que conservateur, si l’on considère son attachement très faible au catholicisme et plus globalement à la tradition américaine.

Ce second article « French muscle, American cheese » est paru dans la rubrique « opinions » du 14 novembre 2013. Roger Cohen, son auteur, est un britannique de 58 ans qui a déjà écrit pour le compte de nombreux journaux internationaux. De la situation économique italienne à la guerre des Balkans, la spécialité de Roger Cohen reste donc les affaires internationales. Actuellement envoyé spécial à Paris pour le New York Times, nous connaissons de Roger Cohen son support à l’intervention américaine de 2003 en Irak et son appréhension quant à l’utilité et les motivations américaine d’une nouvelle intervention en Iran. Voilà pourquoi, dans l’article que nous allons traduire, Roger Cohen vante les mérites de la France à laquelle Barack Obama devrait « emprunter un peu de ténacité ». Traduction…

The NEW YORK TIMES

Les muscles français et le fromage américain

 

PARIS – Les relations franco-américaines, souvent étudiées pour savoir comment l’amour et la haine peuvent être si proches, ont abordées récemment un virage intéressant. Les « singes capitulards bouffeurs de fromage”, pour reprendre l’expression des « Simpsons », sont devenus les tigres carnassiers de l’interventionnisme mondial. Comme si les Etats-Unis étaient devenus eux, selon les français, de tendres camemberts.

L’administration du Président François Hollande n’est pas reconnue pour sa capacité à prendre des décisions sur le plan intérieur. L’indécision accompagne la dérive économique. Mais, peut-être qu’en contrepartie, cela révèle un intérêt certain pour les affaires internationales. Du Mali à la Syrie, en passant par l’Iran actuellement, la fermeté française a été maitresse. Paris se trouve désormais à la droite de Washington.

Cela a entrainé des divergences. On parle du traumatisme du 31 août. Ce samedi après-midi, le Président Hollande a reçu un appel du Président Obama.  Une France renforcée était dans un état d’impatience face à l’attente de la réponse concernant une possible alliance miliaire le lendemain matin contre l’utilisation d’armes nucléaires chimiques de la part du régime syrien. Jusqu’à ce qu’Obama ait lâché son désormais célèbre « non », après qu’il est lui-même opté, durant une promenade dans son jardin, pour une autre stratégie.

La France s’est alors senti maltraitée, elle qui est allée jusqu’à soutenir ses alliés là où les britanniques avaient failli, pour, au final, se retrouver publiquement en position de soumission face aux Etats-Unis, ridiculisée. Aujourd’hui, quelques dix semaines après, la Syrie a révélé son arsenal d’armes chimiques et s’est engagée à s’en débarrasser. Mais, du point de vue français, cette décision de dernière minute a aussi donné de la légitimité au Président Bachar El-Assad, mettant un clou de plus dans le cercueil de la non-radicalisation de l’opposition syrienne, et ainsi, faisant reculer toute solution envisageable au conflit dévastateur. Ce point de vue est convainquant.

Ensuite est apparu le dossier du nucléaire iranien, un sujet sur lequel les présidents français successifs, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, puis Hollande, ont partagé le même point de vue : la République Islamique veut une bombe et seulement une approche sévère permettra de la stopper. Une fois encore, les français ont le sentiment d’être vu par l’administration d’Obama comme un « fait accompli » bancal.

Des semaines avant les négociations de Genève – où les espoirs de trouver un accord ont d’abord décollés, avant de couler complètement – les Etats-Unis et l’Iran ont ouvert des négociations bipartites très discrètes sur un éventuel compromis d’intérim de 6 mois. Des officiels, proches de Laurent Fabius, Ministre français des Affaires Etrangères, m’ont confié que ces discussions bilatérales avaient abouties à un schéma d’accord écrit entre les Etats-Unis et l’Iran (sous réserves…) alors que les négociations de Genève débutaient juste, officiellement. Lorsque les français l’ont découvert, ils étaient un peu troublés…

Les doutes portent sur trois axes : l’usine d’eau lourde d’Arak que les iraniens sont en train de construire, où le schéma d’accord semble permettre la poursuite de la construction ; et semble admettre prématurément un « droit à s’enrichir » iranien ou quelque chose comme ça ; et qui mesure exactement ce que l’Iran pourrait prendre pour disposer de son stock d’uranium enrichi à 20%. Une large partie de la rencontre de Genève s’est focalisée sur la détermination française de combler ces vides juridiques – seulement sur les changements inacceptables qui restent à prouver à Mohammad Javad Zarif, Ministre des Affaires Etrangères iranien, et son équipe.

Les semaines prochaines vont déterminer si la France a amélioré l’accord, ou s’en est débarrassé et l’a perdu. La certitude de Paris est que l’accord est toujours possible. « Nous pensons qu’il n’était pas judicieux de se précipiter et nous ne trouvions pas le premier texte équilibré » a dit un officiel. « 6 mois à Arak est un long terme. Le plutonium est un problème différent ».

Le sentiment général en France, concernant les actions américaines au Moyen-Orient, est une troublante incertitude, une retraite qui tend à laisser un vide, une nouvelle détermination américaine à travailler d’une présence légère qui peut donner l’impression d’un désintérêt.

Dans un discours cette semaine, qui célébrait le 40e anniversaire de la formation de la politique d’aménagement française, Fabius a insisté sur cette tendance. « Les Etats-Unis semble ne plus vouloir être absorbés par les crises qui ne s’alignent pas avec leur nouvelle vision d’un intérêt national », a-t-il dit, suggérant que cela expliquait « la non-réponse par des grèves de l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Damas, même si la « ligne rouge » a été franchie un an auparavant ».

Il a aussi indiqué que ce changement de direction américain semblait être fait pour être « durable », reflétant le « lourd traumatisme des interventions en Irak et en Afghanistan » et l’actuelle « tendance à l’isolationnisme» dans l’opinion publique américaine.

Parce que personne ne peut remplacer les Etats-Unis, ce désaccord pourrait créer une « crise majeure laissée à eux-mêmes », selon Fabius, et « un vide stratégique pourrait être crée au Moyen-Orient » avec une instabilité perceptible de « l’indécision occidentale » dans un monde moins multipolaire que « apolaire ».

Les Etats-Unis, bien sur, ne quittent pas le Moyen-Orient et les tendances isolationnistes sont souvent surestimées, comme Fabius l’a concédé plus tard.

Mais ces avertissements sont bons à entendre. Obama a parlé à Hollande cette semaine, et s’est exprimé sur comment « Les Etats-Unis considérait profondément leur relation avec la France ». Le Président peut heureusement emprunter un peu de ténacité française pour obtenir un accord gagnant en Iran.

Quand les mangeurs de fromage sont dans la Maison Blanche, il est l’heure de s’inquiéter.

Roger Cohen, le 14 novembre 2013.


Analyse comparative de la situation française

 

La politique menée par le Président Hollande depuis son élection n’a pas fait l’unanimité chez les électeurs français. En novembre 2013, 24% des citoyens seulement se disent favorables à sa politique alors que 70% partagent une opinion négative à son égard. En ce qui concerne son Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, les chiffres ne sont guère plus brillants : 62% d’opinions défavorables pour seulement 27% d’opinions positives. Le gouvernement français donne donc matière à la critique mais nous nous intéressons ici à la perception de notre gouvernement par les pays extérieurs. Et de ce point de vue là, par le contraste de ces deux articles anglophones, nous pouvons constater que les opinions divergent.

D’un côté, le gouvernement de Sa Majesté n’est pas tendre à l’égard de François Hollande. Pourquoi s’intéresse-il à ce qui se passe chez ses voisins, alors que le palier de porte français est loin d’être proprement balayé ? Il est bon de noter qu’en 2012, la dette publique du Royaume-Uni était de 105,2% du PIB, soit un peu moins élevée que celle de la France, 109,3% du PIB. Alors certes, en cette période de crise généralisée pour les pays développés, il serait peut-être intéressant de se concentrer sur les problèmes intérieurs, qui ne font qu’accroitre l’incompréhension des citoyens, victimes de chômage, de la baisse du pouvoir d’achat et d’inégalités, au cœur d’un climat inquiétant et plus morose que jamais. C’est en tout cas la tactique politique choisie par le très honorable David Cameron. Depuis sa nomination en 2010,  le Premier Ministre britannique a mis en place une politique d’austérité jamais vue au Royaume-Uni. Et cette politique semble porter ses fruits puisqu’en 2013, le pays devrait atteindre une croissance de 1,3% de son PIB (pour une prévision de seulement 0,2% en France). Nous comprenons ici que le gouvernement britannique a fait un choix : celui de privilégier ses intérêts nationaux, au détriment de ses intérêts internationaux. Le 29 août dernier, la Chambre des communes anglaise l’a confirmé en s’opposant à toute intervention militaire, de prévention ou non, en Syrie.

En ce qui concerne la superpuissance américaine, l’idée est toute autre. L’intérêt principal des Etats-Unis reste encore le Moyen-Orient : Afghanistan, Irak, Syrie et tant d’autres peuples à libérer de leurs gouvernements trop radicaux et oppresseurs. Alors pourquoi faire différemment en Iran ? La France, elle, se tient prête à s’investir dans une lutte armée pour protéger les civils iraniens, comme elle l’a récemment fait au Mali et le fait encore aujourd’hui en Centrafrique. C’est pourquoi François Hollande, et certains américains, restent perplexes au sujet des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran. Le Président français, qui semble vouloir mettre en place et développer la présence et l’influence de la France dans les stratégies internationales, se retrouve désormais confronté aux hésitations de ceux sur lesquels il comptait. Les Etats-Unis sont, en effet, habitués à gérer d’une main de maître leurs interventions extérieures, sans ne jamais rechigner sur le soutien de quelques alliés. Mais la question américaine ne semble plus être aujourd’hui de savoir s’il faut, ou non, intervenir en Iran. Mais elle est de savoir qu’elles en seraient les raisons ? Et une intervention serait-elle vraiment légitime et indispensable ? Car à trop s’imposer dans le reste du monde, il semblerait que le géant américain se soit quelque peu négligé, à l’image de ce 1er octobre 2013 où le gouvernement américain a craqué : c’est le « shutdown ». Le Sénat et la Chambre des Représentants ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le budget national 2014, s’en suit la paralysie intérieure de tout le pays, qui semble – enfin – inquiéter Barack Obama.

Les deux articles étudiés sur la perception de la politique française sont contradictoires. Le point de vue anglais est très critique, voire moqueur, car la France, souffrant de la crise au même niveau que le Royaume-Uni, semble aujourd’hui s’intéresser davantage aux politiques des autres pays qu’à la sienne, comme elle ne l’a jamais fait et, surtout, comme une nouvelle lubie de la part du Président François Hollande. Pour les Etats-Unis, ou en tout cas pour Roger Cohen et le New York Times, la France semble au contraire, plus raisonnable que les Etats-Unis. Il est évident que l’Iran a besoin d’une intervention correctrice, et si même la France est prête à s’imposer, pourquoi est-ce que les Etats-Unis feraient marche arrière ?

Que ce soit pour sa politique intérieure ou extérieure, entre désolation et courage, la France ne fait pas l’unanimité chez les anglo-saxons.

  

Sitographie

 

–          Image à la Une : http://www.radio1.pf/2013/08/comment-les-dirigeants-preparent-lopinion-a-une-intervention-en-syrie/

–          Site de The Oxonian Globalist : http://toglobalist.org

–          Article 1 : http://toglobalist.org/2013/11/french-ambivalence-from-syria-to-leonarda/

–          Biographie de Maximilien Von Berg :

http://freespeechdebate.com/fr/our-team-4/

http://www.oulrc.org/athletes/maximilien-von-berg

–          Site de The New York Times : http://www.nytimes.com/

–          Article 2 : http://www.nytimes.com/2013/11/15/opinion/cohen-french-muscle-american-cheese.html

–          Biographie de Roger Cohen : http://topics.nytimes.com/top/news/international/columns/rogercohen/

http://www.spiegel.de/international/roger-cohen-a-center-called-mccain-a-529171.html

http://www.nytimes.com/2009/02/23/opinion/23cohen.html?_r=1&ref=opinion

–          Analyse des côtes de popularité des politiciens français :

http://www.lcp.fr/actualites/politique/155077-popularite-hollande-et-ayrault-stables-mais-toujours-tres-bas

–          Statistiques des dettes publiques en 2012 :

http://www.oecd.org/fr/finances/dette-publique/

–          Statistiques des prévisions de croissance en 2013 :

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/graph.do?tab=graph&plugin=1&pcode=tec00115&language=fr&toolbox=sort

 

Annexes

 

Annexe 1 – premier article :

 The French Left 

French Ambivalence from Syria to Leonarda

Maximilien von Berg

— November 18, 2013

The Government’s mediocre communication as a substitute for policy

The French government’s many slogans and weighty communication do little to hide the void left by absent or inconsistent policy.

 

Charles Consigny writes that “the French are accustomed to be lied to by their leaders”. When François Hollande talks about “reprise” (economic growth) he is merely attempting to depict a temporary spike in the economy as the turning of the tide. He is leveraging a small event which, amid wide speculation on France’s poor recovery performance, should not obscure the fact that the French socio-economic situation is grim, that unemployment is at a post-World War II peak and that financial and economic projections predict economic stagnation and a surge in public debt. François Hollande also holds the record of the most unpopular president since 1958.

What the current government is articulating on a variety of topics is communication, not policy. It is actively putting on an act by sending several ministers on the field at every occasion: they are giving the impression that genuine and painful reform is on the way when ministers are in fact only gesticulating. This attitude clumsily hides the leadership’s inconsistence, lack of vision and postures on grave issues. The government’s postures are attempts to reassure the electorate by giving the impression they are tackling crime, immigration/integration issues, social housing, and industrial delocalisations. But this is only a temporary smokescreen: ministers are only parading, not reforming the country. The French government has not toughened its assault on crime, nor is it carefully watching immigration. Counter to IMF and OECD advice, it has not lightened taxes on companies, nor has it stopped creating new ones.

François Hollande stood up and asked for military action against Syrian military facilities when they crossed the so-called “red line” in using chemical weapons against civilians. But in doing so, he was really hoping the US would act and that France could hop onto the bandwagon, send a few rockets and earn credit for it. The French action would have been – at best – symbolic. In so far as there are French troops and many interests in the region, such action could lead to harsh reprisals on French populations and Christians. The government has been foolish: after urging the community to act, Hollande accepted to swallow his demands without concessions from either Assad or Putin.

On the recent Leonarda affair about a young Roma and her family who was expelled after four years in the country because they lied on their origin, Hollande adopted an ambivalent posture which was harshly criticised, even on the left: he maintained the expulsion of the family but offered Leonarda the option of coming back to study in France, on her own, in the name of humanistic values. That is just plain ridiculous; the government bowed in front of a teenager and her family who illegitimately received state sponsoring to an estimate of €594,000 since 2009, according to Le Figaro. The take-away of this affair is not that the president showed humanity, as he would like it; it is that, incapable to revoke the law, he made an exception to avoid political backlash on the left. In so doing, he demonstrated fear and weakness: he lowered the standing of France.

Another example is the hot topic of Marseille. Reforms in the crime-ridden city have yet to be seen even though “emergency measures” were announced in the midst of a holdup that ended badly. Yet, three months later nothing has come through beyond rhetoric. The Mediterranean city has been the theatre of repeated gun violence involving gangs, which unmistakably led to several deaths. Amid these events, the interior minister is trying to clamp down on crime, but the justice minister’s penal code reform intends to act in the opposite direction. It seeks to suppress automatic jail sentenced for repeated offenders of the same felony. This reform would notify criminals that, should they repeat a felony, they would be even less likely to go to jail for infractions punishable by less than five years imprisonment than is presently the case (in a lax system where many convictions below two years imprisonment are already not enforced). The cacophony this creates at the highest level underscores the lack of common direction of this government; it demonstrates a lack of leadership in the Elysée and a lack of common vision in the government.

Philosopher Alain Finkielkraut claims that when the Left faces “an issue incompatible with its reading, it systematically rejects its existence and creates a smokescreen where anyone guilty of dissipating it away is executed in public.” A recent example is the government’s discussion project on “France in 2025”. There is nothing wrong with thinking ahead; the problem is that this is yet another technique to reorient public attention. It allows the government to communicate on a new topic by avoiding the important policy questions of the day. The document mentions, for example, challenges such as unemployment resulting from the latest financial crisis and the retirement age. But unemployment is a problem going back way before 2007 and the government has already pledged not to increase retirement age further, which suggests it is already misleading the public. The truth is that the government cannot guarantee anything in 2013 so it diverts attention to 2025. If the Right has not always been successful, it has at least sought to tackle problems, not to sweep them under the carpet.

Speaking of the former administration, anything with a hint of Sarkozysm has been revoked: from presidential mode of transport to holiday destinations; from de-taxing over-hours to suppressing minimum sentences for repeated offenders; from annulling the non-replacement of half of public servants going into retirement to withholding the VAT increase voted by the previous legislature. Some of these reversals are ridiculous, others are counterproductive, and still others are dangerous. Presidential transport is ridiculous because travelling in a train domestically is just as expensive for the security apparatus than travelling by plane. This is just communication, that is, useless communication. There are now talks of re-introducing the scrapped Sarkozy measure of de-taxing additional hours. And VAT increase will ultimately take place, although at a lower premium. Yet again, the government has changed its mind.

The executive has also failed on reintroducing the lost “morale” and “decency” in politics, which they complacently accused the previous administration of eluding. The Cahuzac affair is evocative. The scandal involved former budget minister Jerome Cahuzac who owned a secret bank account in Switzerland and lied repeatedly before the eyes of all. His story offers two possibilities: either Hollande and the government are unprofessional; or they committed perjury. Either they genuinely did not know Cahuzac withheld millions abroad for years – even amidst highly suspicious elements like a certified voice-recording where Cahuzac specifically mentioned it – and demonstrate unacceptable amateurism in the highest spheres of power; or they knew for a number of months before the affair erupted and mischievously kept the minister on the governmental team. In this latter case they would be unethical and deceitful. In effect, in the aftermath of Cahuzac’s dismissal, Ayrault, prime minister, and Hollande, president, both claimed on French television they did not have any knowledge or proof for the accusations targeted on their budget minister.

Hollande’s team has merely been window-dressing so far. It has traded policy for communication tactics. France’s role in the world is changing and, to an extent, it is shrinking. New policies and reform must begin now to palliate for this role change and adapt to the new world. The current government readily stands up to make statements domestically and internationally, which have not been thought through such as with Peugeot-Citroën and Syria. It sets off with an idea in mind only to later back paddle and change it, as with the VAT increase, de-taxing extra work hours and Leonarda. By attempting to lead a wide-ranging change in government style only, add to it a few taxes and numerous catchy slogans, this government is headed nowhere.

Maximilien von Berg 

 

Annexe 2 – second article :

OP-ED COLUMNIST

French Muscle, American Cheese

By ROGER COHEN

Published: November 14, 2013 179 Comments

PARIS — French-American relations, often a study in how close love can be to hatred, have taken an interesting turn of late. The cheese-eating surrender monkeys of France, in the phrase from “The Simpsons,” have become the world’s meat-chomping enforcement tigers. As for the United States, it has, in the French view, gone a touch camembert-soft.

Damon Winter/The New York Times

Roger Cohen

The administration of President François Hollande is not known for its decisiveness on the domestic front. Vacillation accompanies economic drift. But, perhaps in compensation, it has shown a resolute streak in international affairs. From Mali to Syria and now Iran, French firmness has been the rule. Paris finds itself to the right of Washington.

This has led to differences. There is talk of the trauma of Aug. 31. On that Saturday afternoon President Hollande took a call from President Obama. A ramped-up France was in a state of readiness for the expected joint military response the next morning to the Syrian regime’s use of chemical weapons. Until Obama let drop his now notorious “non” after he had opted during a walk in the garden for a different course.

France felt ill-used, having stretched to support its ally as Britain faltered, only to find itself dangling in foolish-looking vassal mode. Now, some 10 weeks later, Syria has revealed its chemical weapons arsenal and committed to giving it up. But, in the French view, the last-minute deal has also legitimized President Bashar al-Assad, put a nail in the coffin of the nonradical Syrian opposition and so set back any conceivable resolution of a devastating conflict. The French view is persuasive.

Then along came the Iran nuclear dossier, a subject on which successive French presidents — from Jacques Chirac through Nicolas Sarkozy to Hollande — have had a consistent view: The Islamic Republic wants a bomb; only a tough approach will stop it. Once again the French had the feeling of being presented by the Obama administration with a wobbly fait accompli.

For weeks before the Geneva meeting at which hopes for an accord first soared and then sank, the United States and Iran had opened a quiet two-way negotiation on a six-month interim deal. Officials close to Laurent Fabius, the French foreign minister, told me these bilateral discussions had produced an agreed U.S-Iranian text (with caveats) by the time the Geneva talks opened. When the French saw it they were troubled.

Their concerns focused on three areas: The heavy-water plant at Arak that the Iranians are building, where the outline agreement seemed to allow continued construction; language that appeared to concede prematurely an Iranian “right to enrich” or something close to it; and what measures exactly Iran would take to dispose of its stockpile of 20 percent-enriched uranium. Much of the Geneva meeting focused on the French determination to close these loopholes — only for the changes to prove unacceptable to Mohammad Javad Zarif, Iran’s foreign minister, and his team.

The next few weeks will tell whether France improved the deal or threw it off the rails and lost it. The conviction in Paris is that the accord is still doable. “We did not feel it was smart to rush and we did not feel the original text was balanced,” one official said. “Six months in Arak is a long time. Plutonium is a different issue.”

The overall feeling in France observing U.S. actions in the Middle East is of a troubling uncertainty, a retreat that tends to leave a vacuum, a new American determination to work with a “light footprint” that can give the impression of disinterest.

In a speech this week to mark the 40th anniversary of the formation of the French Policy Planning Staff, Fabius dwelt on this perceived trend. “The United States seems no longer to wish to become absorbed by crises that do not align with its new vision of its national interest,” he said, suggesting that this explained “the non-response by strikes to the use of chemical weapons by the Damascus regime, whatever the red lines set a year earlier.”

He went on to say this U.S. redirection seemed likely to be “durable,” reflecting the “heavy trauma of the interventions in Iraq and Afghanistan” and the current “rather isolationist tendency” in American public opinion.

Because nobody can take the place of the United States, this disengagement could create “major crises left to themselves,” Fabius said, and “a strategic void could be created in the Middle East,” with widespread perception of “Western indecision” in a world less multipolar than “zero-polar.”

The United States, of course, is not quitting the Middle East and isolationist tendencies are easily overstated — as Fabius later conceded.

But his warnings are worth heeding. Obama spoke to Hollande this week; he expressed how “the United States deeply values its relationship with France.” The president could usefully borrow some French toughness to get a winning Iran deal.

When the cheese-eaters are in the White House it is time to worry.

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