La Culture

La culture est définie1 comme « l’ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation, une civilisation, par opposition à un autre groupe ou à une autre nation ». Cette première définition nous permet de comprendre que la culture s’entend relativement à un ensemble. Il s’agit de valeurs, de mœurs, de traditions communes à un groupe. Par ailleurs, cette première définition nous permet de comprendre que la notion de culture porte intrinsèquement l’idée d’opposition voire de conflit vis-à-vis d’un autre groupe.

Dès lors, surgit la question de l’innée (ce que nous savons sans avoir besoin de l’apprendre, comme respirer) et de l’acquis (ce que nous devons apprendre, comme la langue que nous parlons). En effet, la culture semble faire partie de ce que nous sommes sans processus de construction conscient. Cependant, il est très difficile de s’immerger dans la culture d’un pays étranger. Aujourd’hui, la culture est donc plutôt perçue comme un ensemble de valeurs et de traditions acquises très tôt au cours de notre vie et qui régissent celle-ci durablement. Notre culture va effectivement influencer notre façon de nous comporter et de réagir face à une situation donnée. Comment la culture a-t-elle évolué et quel est son rôle aujourd’hui sur le plan politique dans le monde ?

Histoire de la notion de « culture »

La notion de culture est apparue au XVIIe siècle. Le terme est un dérivé du verbe latin colere qui signifie « habiter, cultiver » et qui donnera le mot cultura signifiant « agriculture ». Lorsque le mot « culture » est employé pour qualifier « l’enrichissement de l’esprit au moyen d’exercices intellectuels » pour la première fois en 1691 par La Bruyère dans son ouvrage Caractères, il s’agit plutôt d’une métaphore visant à rapprocher la culture de l’esprit de la culture d’une terre.

Cette notion est ensuite opposée à la notion de « civilisation » par des penseurs allemands (Johann Gottfried von Herder notamment) qui refusent l’hégémonie de la culture française. Ainsi, le terme allemand « Kultur » signifie-t-il « le génie propre à chaque peuple ».

La « culture » deviendra ensuite le fondement essentiel à l’établissement d’une nation. En effet, les États-Nations vont se développer afin de réunir des populations partageant les mêmes valeurs, s’accordant sur les mêmes traditions et se reconnaissant dans les mêmes habitudes sociales. Ainsi, la Révolution Française trouve ses origines dans la diffusion des idées des philosophes des Lumières (Diderot, L’Encyclopédie) tandis que le processus d’indépendance aux États-Unis se base sur les idées développées par les penseurs libéraux britanniques (Adam Smith, La richesse des nations).

Entre la Première et la Seconde Guerre Mondiale, cette notion se généralise et son utilisation se démocratise. C’est alors que la « culture de masse » se développe, notamment à travers l’essor de l’industrie cinématographique2 et grâce à la mise en place de politiques culturelles très diversifiées (la politique de la lecture promeut l’animation culturelle et le développement des bibliothèques en France par exemple).

La culture comme source de tensions…

La culture et sa participation à la construction d’une identité (nationale ou locale) sont au cœur de problématiques actuelles. En Chine, par exemple, cinq provinces ont un statut particulier : Taïwan, Hong-Kong, le Tibet, la Mongolie intérieure et la région du Xinjiang. Il s’agit de régions autonomes et cette différence de statut s’explique, au moins pour les trois dernières, par l’existence d’une « minorité majoritaire », c’est-à-dire une ethnie majoritaire au sein de la région mais minoritaire si l’on considère l’ensemble du pays. La Mongolie intérieure est une province chinoise accolée à la Mongolie. Les tensions à la frontière sont donc très fortes puisque, culturellement, cette province est plus proche du pays voisin que de la nation à laquelle elle est rattachée. Au Xinjiang, il existe 55 minorités reconnues qui ne représentent que 9% de la population mais occupent 60% du territoire. Les tensions sont donc fortes entre les Han, ethnie chinoise majoritaire et les autres minorités, notamment au sujet du partage du territoire. Au Tibet, enfin, les différences sont d’ordre religieux. Les tibétains sont bouddhistes et leur vie est régie par des préceptes religieux incompatibles avec les fondements du Parti Communiste chinois.

Le lien entre culture, religion et politique est également très fort au Moyen-Orient. Bien que les bases culturelles soient communes (même religion : l’Islam), des branches se sont développées au sein de cet ensemble, expliquant les disparités qui peuvent être constatées aujourd’hui. Ainsi, les disparités entre les communautés sunnites et chiites ne se limitent plus aux différences de pratique du culte. L’État n’étant pas laïc, le lien entre religion et pouvoir est très fort. L’arc chiite s’étend de la Turquie au Pakistan et comprend des pays à majorité chiite (Irak, Iran et Yémen) ou des pays gouvernés par une minorité, tenant l’État sous un régime tyrannique (la Syrie de Bachar el-Assad ou encore l’Irak de Saddam Hussein) bien que la population soit majoritairement sunnite. Il apparaît donc comme une menace pour les pays alentour, à majorité sunnite3. La religion au Moyen-Orient est restée un vecteur culturel très fort car elle est liée à la vie politique et au système judiciaire. Ainsi, en Israël, il existe des tribunaux, sous l’égide des Rabbins. Les décisions qui y sont rendues doivent donc avant tout suivre les préceptes de la foi juive. Ces tribunaux rabbiniques ont notamment une compétence exclusive pour traiter des litiges relatifs au mariage. Nous pouvons également citer l’exemple de l’Arabie Saoudite, monarchie, dont les fondements politiques et juridiques reposent sur l’application de la Charia. C’est donc la culture, au travers de la religion, qui va régir la vie quotidienne dans ces pays, ce qui peut paraître contradictoire pour un observateur européen, puisque pour lui, intuitivement, la culture est à rapprocher du divertissement et non du droit.

…qui peuvent mener à de véritables conflits identitaires

Les débats autour de l’identité culturelle peuvent donc être source de tensions entre différents pays, comme nous l’avons vu précédemment, mais également au sein d’une nation. En France, en novembre 2009, le gouvernement propose de discuter de ce qu’est « l’identité nationale française », en préfecture ou sur un site internet dédié. Cette annonce, faite par M. Éric Besson, a un retentissement immédiat dans les médias. L’amalgame est rapidement établi entre identité nationale, communautarisme et sentiment anti-migration. Dès lors surgit la question de ce que signifie « être français » et les répercussions possibles d’une éventuelle réponse apportée à cette question. Est-ce la langue qui fait la nation ? Est-ce une histoire commune ? Autrement dit comment définir aujourd’hui la culture propre à une nation dont la population s’est fortement métissée au cours de son histoire ?

En effet, aujourd’hui il est difficile de définir une culture unique au sein d’un pays car les échanges internationaux se multiplient et les influences réciproques nous affectent tous. Le métissage des populations, ainsi que les tensions qui peuvent en résulter4, vont parfois avoir des effets contraires à ce que pourrait laisser envisager l’ouverture des frontières. Ainsi, de forts sentiments nationalistes peuvent émerger, prônant le retour à un monde plus fermé pour retrouver une « culture nationale ». À contrario, dans certains pays, pour défendre leur culture « locale », des régions vont souhaiter devenir indépendantes pour préserver leurs valeurs, leurs coutumes et leurs modes de vie, face à une nation qui cherche à uniformiser les pratiques au sein de son territoire.

En Europe, l’importance et le poids politique des courants autonomistes ou indépendantistes varient fortement. Ainsi, certains sont-ils fortement représentés (Écosse, Irlande du Nord, Catalogne) tandis que d’autres peinent à rendre leurs revendications visibles sur le plan politique (Bavière, Corse, Wallonie). Cependant, ces revendications sont source de fortes tensions en Europe : un « oui » au référendum organisé en Écosse en septembre 2014 aurait en effet ouvert la voie à de nombreuses autres demandes. C’est sans doute pour cette raison que les élections régionales catalanes de septembre 2015 n’ont pas donné lieu à un véritable référendum. En revanche, le résultat de ces élections permet tout de même de constater la légitimité actuelle de ces mouvements. Les partis indépendantistes catalans ont ainsi remporté la majorité des sièges du Parlement Régional et annoncé qu’ils s’engageraient dans un processus pour l’indépendance de la région. Cependant, la sécession est loin d’être prononcée et les dissensions au sein de la coalition indépendantiste sont profondes.

Les résultats électoraux permettent néanmoins de se questionner sur l’avenir des États-nations tels que nous les connaissons actuellement. La culture « locale » pourrait, dans un avenir proche, devenir un vecteur de rassemblement plus fort que le sentiment d’appartenance national. Si la reconnaissance des terroirs (par exemple en France à travers les AOC) n’est pas une source de tensions politiques, l’autonomie voire l’indépendance accordée à une région redistribue les cartes politiques. Ainsi, la culture peut-elle ébranler profondément l’organisation de l’Union Européenne ou les fondements de l’ONU, notamment sur les questions de l’ingérence et de la reconnaissance des États.

Dans un monde où les échanges à travers le monde sont presque instantanés, une question aussi profonde que la reconnaissance de l’identité culturelle peut se propager très rapidement et, à l’instar de l’éclatement de la Yougoslavie, pourrait redessiner les frontières et la géopolitique d’une région, cette fois-ci à l’échelle mondiale.

Izia MABRU

1. D’après la définition du Dictionnaire Larousse en ligne (cf sources).
2. Le cinématographe a été inventé par les Frères Lumières, à Lyon, en 1895.
3. La branche sunnite est majoritaire au sein de l’Islam. On estime que la répartition sunnite/chiite est de l’ordre de 80%/20%.                                                                                                                                                                                                                                                                            
4. Difficultés d’intégration des migrants.

 

Annexes

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Sources:

CNRTL, Etymologie de CULTURE [en ligne]. http://www.cnrtl.fr/etymologie/culture Consulté le 2 Novembre 2015.

Catalogne: Victoire des indépendantistes aux élections régionales” [en ligne], Le Monde (27/09/2015) .  http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/09/27/catalogne-victoire-des-independantistes-aux-elections-regionales_4774173_3214.html Consulté le 8 Novembre 2015.

Deutsch-Französische Materialien, Évolution de l’idée de politique culturelle dans les deux pays [en ligne]. http://www.deuframat.de/fr/relations-culturelles/des-cultures-differentes-aspects-du-transfert-culturel/les-nouvelles-exigences-du-secteur-culturel/evolution-de-lidee-de-politique-culturelle-dans-les-deux-pays.html Consulté le 2 Novembre 2015.

“Population et ethnies[en ligne], French News (28/04/2009).  http://french.news.cn/documents/2009-04/28/c_11294.htm Consulté le 8 Novembre 2015.

Verdure, C., “La culture, reflet d’un monde polymorphe” [en ligne], Futura-Sciences (25/05/2003).http://www.futura-sciences.com/magazines/sciences/infos/dossiers/d/philosophie-culture-reflet-monde-polymorphe-227/page/3/ Consulté le 2 Novembre 2015.

Jeannot C., Tomc S. et Totozani M., “Retour sur le débat autour de l’identité nationale en France : quelles places pour quelle(s) langue(s) ?”, Lidil [en ligne], 44, 2011, pp. 63–78.

“Définitions: Culture”, Dictionnaire de français Larousse [en ligne], http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/culture/21072 Consulté le 1 Novembre 2015.

“Israël” [en ligne], LegiGlobe  (18/06/2013), http://legiglobe.rf2d.org/israel/2013/06/18/ Consulté le 8 Novembre 2015.

Marin C. “En Europe, des revendications identitaires multiformes”[en ligne], Le monde diplomatique (11/2014), http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/europe_des_regions Consulté le 1 Novembre 2015.

Sapiro, G. “La culture, vue d’ensemble” [en ligne], Encyclopedia Universalis. http://www.universalis-edu.com.ezscd.univ-lyon3.fr/encyclopedie/culture-vue-d-ensemble/ Consulté le 1 Novembre 2015.

 

Pour aller plus loin:

Kahn, R., Le Squère, R. and Kosianski, J.-M., Cultures régionales, développement économique des ressources territoriales pour les économies régionales, in l’Harmattan, 2014, 364 pages.

Lafortune, J.-M. (dir.), La mediation Culturelle: Le Sens des mots et L’essence des Pratiques, Presses de l’Université du Québec, 2012, vol.27, n°3, pp. 205-222.

Vlassis, A., Gouvernance mondiale et culture: De l’exception à la diversité, Presses universitaires de Liège, cop. 2015.

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