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Introduction :

Une mafia est une organisation criminelle ayant des règles très strictes et qui respecte de grandes valeurs traditionnelles tel que la famille. Il existe à travers le monde de nombreuses organisation criminelles reconnus comme étant des mafia, tel que la mafia russe, la mafia chinoise, la mafia japonaise, la mafia albanaise etc.

L’étude proposée portera sur la mafia sicilienne, berceau de ce type d’organisation criminelle, ainsi que des autres mafia oeuvrant en Italie.

Il s’agira ainsi de s’interroger sur la manière dont est organisée la mafia italienne surnommé « la pieuvre » et l’influence qu’elle peut et a pus avoir.

Afin de répondre à cette problématique, nous aborderons d’une part sur l’origine de la mafia italienne avec un bref rappel historique, ainsi qu’un aperçu des différentes organisations mafieuses italiennes. Une fois posés les bases de la mafia italiennes, l’article proposé s’attardera sur la manière dont cette dernière organise son influence sur l’Italie ainsi que les différents moyens mis en place dans le but de l’éradiquer.

I- Les origines de la mafia italiennes

  1. La naissance de la mafia italiennes

Afin de poser les bases de la naissance de la mafia en Italie, il conviendra ici de vous éclairez sur l’origine de ce terme, encore aujourd’hui incertaine.

En effet plusieurs hypothèses sont traditionnellement mises en avant :

La première montre que son origine remonterai au XIII ème siècle lorsque les paysans siciliens se sont révoltés contre la domination française. Ils auraient adoptés symboliquement le sigle M.A.F.I.A : « Morte Ai Francesi Italia Anela », en français “L’Italie aspire à la mort des Français”.

Une autre hypothèse situé à la même époque affirme qu’une mère aurait hurlé dans tout son village « Ma ffia, ma ffia », c’est-à-dire l’abréviation de « ma figlia »qui signifie « ma fille », après le viol de sa fille par un soldat français nommé Droetto. Cette expression aurait été propagé par la suite dans tous les villages siciliens et serait alors devenue le cri du mouvement de résistance sicilienne.

Une autre théorie exprimée par différents historiens prétend qu’il s’agirait de la déformation de deux termes provenant de la langue arabe : « mu’afak » (par la protection des pauvres), et « maha » (grotte de pierre). Les siciliens auraient ainsi repris une alliance des deux mots pour désigner l’organisation secrète et armée qui protégeait les pauvres contre les conquérants dès le XIIIe siècle.

L’origine qui semble cependa nt être la plus crédible affirme que le nom “mafia” a pour origine le terme toscan « maffia » qui signifie « misère » ou « ostentation voyante, orgueilleuse ».

Ce mot, fut utilisé peu après l’unification italienne en 1861. Le choix paraissait judicieux puisque l’appellation reprenait les deux définitions d’origine : la mafia voulait, en surface, combattre la misère et protéger les pauvres des forces supérieures, mais qu’elle le faisait plutôt à but lucratif et aimait alors montrer sa puissance par une attitude orgueilleuse ainsi que par une apparence « riche ».

La mafia serait selon cette hypothèse née en Sicile au XIXème siècle dans un contexte d’extrême pauvreté. Avec la notion de mafia naît de manière presque conjointe celle d’omerta, l’homme humble, celui qui agit et tient sa parole (loi du silence).

C’est à cette même période que la Cosa Nostra (mafia sicilienne), commence à s’institutionnaliser en mettant en place de nombreuses règles afin d’unifier l’activité criminelle auparavant dissoute et désordonnée. Elle s’impose dans les institutions légales en s’alliant avec certains hommes politiques véreux, ou encore en recrutant d’anciens soldats. Les familles mafieuses n’usaient de la violence qu’en ultime recours. A cette époque son champs d’action se limite à protéger les grandes propriétés, et à faire payer à tous les commerçants une taxe de protection appelée « il pizzo ».

Le premier véritable parrain de la mafia, Vito Cascio Ferro, modernise l’organisation, en imposant par exemple l’impôt aux commerçants, et exporte la mafia aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Sa légende inspira le personnage du film « le parrain » prêtant son nom et son surnom don Vito Corleone.

En parallèle d’autres formes de mafia se développent dans le reste du territoire italien bien que moins importantes que le modèle sicilien. C’est le cas de la Camorra qui s’enracine dans les quartiers populaires de Naples dès l’unification du territoire italien et s’infiltre même dans des corps militaires tels que la garde nationale ainsi que de la « Ndrangheta » situé principalement dans les grands centres urbains de Calabre, mais aussi dans l’Aspromonte.

Ainsi, on peut aujourd’hui distinguer cinq organisations criminelles italiennes considérées comme mafia : la Cosa nostra, la Stidda, la Ndranghetta, la Sacra Corona Unita, la camorra.

  1. Les différentes formes de mafia italiennes (cf annexe 2) :

La Cosa Nostra, née au XIXème siècle en Sicile, a vu son influence croître rapidement et toucher le domaine de la politique. Pendant les années 1920, les familles mafieuses se dispersent et le préfet Cesare Mori entreprend d’éradiquer toute activité mafieuse.

La Cosa Nostra évolua et cibla son trafic en fonction des changements au fil des années.

Elle abandonna les grands domaines agraires suite à une réforme en 1950 et se rabat rapidement sur le trafic de morphine. Les conflits entre familles mafieuses pour le contrôle de l’héroïne commencent à voir le jour et laisse place à une succession de meurtres et attentats avant que le clan des Corleonesi ne prennent entièrement le contrôle de l’organisation mafieuse.

Aujourd’hui, la Cosa Nostra est l’organisation criminelle la plus importante mais aussi la plus influente en Europe. Elle possède des divisions en Allemagne, en France, en Suisse, en Grande-Bretagne, en Russie, au Canada et aux Etats-Unis. Elle réunit près de 1700 familles pour environ 50000 membres. On trouve à sa tête un conseil, la « Cupola », dominé par la famille Corleonesi depuis la fin des années 1990, qui supervise et coordonne les activités des différentes familles.

Chaque famille dispose d’un chef, de son second, de conseillers ainsi que de chefs locaux qui commandent des hommes de main.

La Stidda est une récente et peu connue organisation mafieuse qui compterait actuellement environ 5000 membres, dont certains transfuges de la Cosa Nostra. Ses activités sont essentiellement criminelles, bien qu’elle infiltre également les pouvoirs économiques et politiques.

La Ndranghetta, « héroïsme et vertu », est une organisation mafieuse connue pour ses nombreux enlèvements dans des grottes ou des bergeries de montagne. Cette organisation criminelle regroupe environ 150 familles, et un peu plus de 6000 membres. Le plus souvent, il est demandé au futur membre, en guise de rituel initiatique, de commettre un homicide. Les valeurs familiales y sont sacrées, et les trahisons au sein même de l’organisation sont rares.

La Ndrangheta s’implique principalement dans des affaires financières douteuses, mais également dans le trafic de stupéfiant, le racket ainsi que le blanchiment d’argent.

Depuis plusieurs années, sa présence s’étend jusqu’en République tchèque, en  Hongrie, en Roumanie et même en Allemagne. D’après le service des renseignements allemand, la Ndrangheta serait d’ailleurs la mafia la plus dangereuse d’Europe. Cette dernière blanchirait l’argent du trafic de stupéfiants en achetant des hôtels et des restaurants en Thuringe, en Saxe et sur les rives de la Baltique.

La Sacra Corona Unita, « couronne sacrée et unie », fondée par le mafieux Giuseppe Rogoli, le 25 décembre 1983 regroupe 47 familles et quelques 1560 membres. Cette organisation mafieuse est dotée d’un système hiérarchisé, composé de 8 grades. Elle est implantée principalement dans les Pouilles, mais ses activités s’étendent en Europe de l’Est (Albanie et Monténégro). Son commerce touche principalement la contrebande de tabac, les jeux de hasard, le trafic de stupéfiants, le trafic d’armes ainsi que le trafic d’immigrées clandestins.

La Camora, « protection », née au début du XIXème siècle, est la plus vieille organisation criminelle d’Italie. Ses origines remontent en effet jusqu’ au XVIèmesiècle et descendrait peut-être même d’une société criminelle espagnole, crée en 1417. Constituée de 111 familles, elle regroupe 6700 membres dont certaines femmes. La Camorra est une mafia urbaine, particulièrement intégrer dans les milieux les plus pauvres. Les activités de la Camorra sont très nombreuses : extorsion, contrebande, racket, prostitution, trafic de stupéfiants, trafic d’armes, blanchiment d’argent, voir même le trafic du traitement des ordures ménagères. La Camora qui avait disparu suite aux condamnation pour meurtres des camoristes sous Mussolini (vers 1922), réapparut au terme de la seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui la Camorra prospère grâce ses deux activités les plus lucratives : le trafic de drogue et le trafic d’armes.

L’ensemble de ces organisations mafieuses italienne généreraient un chiffre d’affaire annuel d’environ 90 milliards d’euros, un véritable gouffre dans l’économie italienne.

L’influence grandissante de ces organisations criminelles, aussi bien au niveau économique que politique, constitue donc un problème majeur contre lequel le gouvernement italien a du mal à lutter.

Racines des mafias

II- L’influence des Mafias italiennes

  1. Organisation de la mafia

Les mafias italiennes sont organisées autour de règles strictes. Elles sont organisées en trois paliers hiérarchiques : les « soldats » qui s’occupent des “petits travaux” comme par exemple les assassinats. Ceux-ci sont dirigés par des « capos », chargés de faire appliquer les consignes émises par les hauts responsables. Les hauts responsables sont, eux, des conseillés (consigliere) – souvent des juristes – capables de mesurer les risques d’investissements et de guider les décisions. A peu près au même rang hiérarchique se trouve le sous chef ou « under boss », généralement proche du chef de la famille mafieuse, le parrain. Ce dernier prend toutes les décision et est respecté de tous ses « employés ». En bas de l’échelle hiérarchique, se trouvent les dealers ainsi que les bookmakers qui, eux, ne font pas partis de la famille. (cf annexe 1)

L’organisation très stricte doit assurer un déroulement parfait des opérations criminelles, ainsi qu’une protection des hauts responsables afin qu’aucun lien direct entre le parrain et les « soldats » ne puisse exister.

De nombreuses règles sont par ailleurs mises en place dans le but d’éviter d’éventuels écarts de conduite pouvant mettre en danger la famille. Les sanctions et autres menaces permettent de dissuader les potentielles « taupes ».

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  1. L’influence :

Influence au niveau économique

La « Pieuvre » comme on appelle la Mafia italienne, exerce avant tout son influence en Italie. En effet le commerce mafieu représente environ 7 % du PIB italien, soit 90 milliards d’euros, principalement financé grâce à l’usure et au blanchiment d’argent. Dans certaines villes, comme à Palerme par exemple, 80 % des commerçants sont soumis à la taxe mafieuse. L’usure, le proxénétisme, la drogue donnent lieu au blanchissement d’argent qui a des conséquences très néfastes sur le plan économique. La crise économique mondiale, qui a affaiblit de nombreuses entreprises, a permis à la mafia d’accroître son chiffre d’affaire (130 à 220 milliards d’euros).

La mafia n’est plus une entreprise familiale, comme d’antan, mais est devenue au fil du temps un empire financier multinational. La force de cette organisation, réside dans sa forte capacité d’investissement : environ 25 milliards d’euros par an. La Mafia, profite par ailleurs de la crise économique mondiale, pour renforcer son assise, en rachetant des entreprises proches de la faillite un peu partout dans le monde.

Certaines mafia comme la mafia russe s’inspirent de la légendaire Mafia italienne avec beaucoup de confrontations internes, des règlements de compte et des meurtres qui sont souvent d’une grande violence.

Influence au niveau politique :

En sicile notamment, la mafia représente un électorat important, bien que minoritaire par rapport à la masse d’électeurs. Elle exerce une influence en poussant ces affiliés à voter pour certains partis ou certains hommes politiques. Les politiciens, en s’assurant de cet électorat, garantissent à la mafia sa protection ainsi que celle de son business. Cette pratique est davantage fréquente lorsque l’organisation mafieuse a à faire aux tribunaux. Il convient par ailleurs de préciser que les mafieux n’affichent aucune préférence générale pour un bord politique plutôt qu’un autre, malgré un certain anticommunisme. La démocratie chrétienne a pour sa part élé largement sollicité par la mafia car elle a occupé longtemps le pouvoir : de 1947 à 1990 en continu.

Cette influence importante de la mafia italienne à travers l’Italie et même à travers le monde a dû faire face à de nombreuses périodes de lutte contre l’Etat qui a cherché à l’erradiquer plus d’une fois.

  1. La lutte anti-mafia :

La première a vu le jour sous Mussolini qui nomma à la tête des opérations anti-mafia le préfet un certain Cesare Mori entre 1925 et 1929.

Ce dernier eu recours à de nombreuses procédures judiciaires afin de mettre à mal les différents membres de la Cosa Nostra. Cette opération avait également pour but d’amoindrir le prestige de cette organisation auprès des habitants, afin qu’ils reconnaissent le pouvoir du dictateur comme seul pouvoir.

Une grande partie des mafiosi siciliens furent obligés de fuir l’Italie pour rejoindre des pays où leur autorité n’était pas encore remise en cause : la majorité partit, de ce fait, reprendre la branche mafieuse américaine situé à New York, la Mano Nera qui devient ensuite l’Union Sicilienne puis très vite la Cosa Nostra américaine. La mafia perdit, à cette époque, son rôle de protectrice de la nation sicilienne mais revint sur le devant de la scène après la seconde guerre mondiale. Plus tard, dans les années 1970, une nouvelle campagne anti-mafia est lancée par le gouvernement italien pour répondre à la nouvelle vague d’assassinat à l’encontre de membres de la mafia ainsi que de membres du gouvernement italien.

Dans les années 1980, suite aux révélations d’anciens mafieux au gouvernement à propos de leur organisation, de nombreux mafieux sont arrêtés. En 1982, à la suite d’un scandale sur l’intégration d’un homme politique en relation avec la mafia, la Commission anti-mafia créée en 1963 est réformée et devient plus drastique dans ses différentes actions. A cette période, de nouvelles lois sont votés afin de renforcer cette lutte antimafia orchestrée par le gouvernement. De l’été 1992 à celui de 1998, l’État italien déclenche l’opération militaire « Vespri Siciliani » qui place l’armée italienne sur tout le territoire sicilien afin d’inspirer la crainte auprés des mafieux, mais également afin de rassurer la population sicilienne.

De nombreuses interventions contre la Mafia ont ainsi eu lieu, mais aucune n’a réellement réussi à l’éradiquer bien que son influence soit moins importante qu’antérieurement. Le gouvernement italien tente encore aujourd’hui de la restreindre. Le gouvernement a par exemple mis récemment en place « Mafialeak », une plate-forme en ligne destiné à récolter des informations sur le crime organisé en italie grâce à des témoignages anonymes (cf annexe 2).

Cependant ces politiques de lutte contre ces organisation criminelles font face à la capacité d’adaptation de ces structures décentralisées, capables de délocaliser leurs nombreuses activités et diversifier leurs flux financiers. Les enquêtes transnationales représentent dès lors un véritable casse-tête pour les juges, en partie à cause des paradis fiscaux qui représente une aubaine pour ces organisations. Interpol a été créé dans le but de répondre à ces problèmes.

Conclusion :

Bien que les autorités aient cherchés diffèrents moyens de l’éradiquer, l’importance de la mafia en Italie ne faiblit pas au fil du temps.

Elle influe sur la vie quotidienne des populations en leur imposant des règles ainsi que des taxes que ce soit sur leurs commerces, leurs propriétés voire même leurs vies privées.

L’omniprésence de la mafia demeure encore aujourd’hui un fléau que le gouvernement italien, ainsi que les autres gouvernements confrontés au crime organisé, peinent à régler.

Annexe :Mafialeak : le site web pour dénoncer la mafia italienne :

 Depuis une semaine, les internautes peuvent témoigner anonymement des méfaits de la mafia italienne via la plateforme Mafialeaks. Ce nouveau canal vise à rompre l’omerta qui règne autour du crime organisé.

“Si tu sais quelque chose, dis quelque chose.” Tel est le slogan de la nouvelle plateforme en ligne Mafialeak destiné à récolter des informations sur les réseaux du crime organisé en Italie. Lancé par des informaticiens mardi 5 novembre, ce site appelle tous les citoyens, des lanceurs d’alerte aux victimes, en passant par les simples témoins d’activités mafieuses, à témoigner.

“Ta voix restera anonyme, car même nous ne savons pas qui tu es”

À l’instar de Wikileaks, la plateforme garantit l’anonymat de ses informateurs. “Tu pourras dénoncer toute activité de type mafieux et pourras être sûr que ta voix restera anonyme, car même nous ne savons pas qui tu es,” assurent les créateurs de Mafialeaks, sur leur page de présentation. Via ce site, les internautes pourront choisir d’envoyer des photos, du contenu audio ou d’autres données à des “personnes de confiance” – la police, des magistrats impliqués dans la lutte anti-mafia ou des journalistes.

Dans un pays ou la mafia pèse lourdement sur l’économie, cette initiative a été globalement saluée. “MafiaLeaks peut être un bon instrument pour diffuser un certain type d’informations et briser le mur du silence,” souligne le magistrat Nicola Gratteri. Il met cependant en garde contre les effets pervers de ce système d’anonymat qui, d’après lui, est souvent utilisé pour assouvir “une volonté de vengeance”. De plus, rien n’exclut que les mafiosi eux-mêmes puissent se servir du site pour divulguer de fausses informations et embrouiller les pistes des enquêteurs.


Catégorie : Criminalité organisée , Institutions

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