God bless Poutine

 

Bernard Largillier, ancien collaborateur en géopolitique de Patrick Louis à Lyon 3 nous a fait parvenir une correspondance qu’il a eu à la suite d’une rencontre avec un diplomate représentant l’Union européenne à Kiev. Cet article est une partie de son échange avec son interlocuteur. Il nous semble intéressant car il pose un certains nombres de problèmes que le discours commun semble ne pas vouloir déceler. Nous espérons qu’il ouvrira un débat au sein de la communauté Geolinks.

« Aux questions « qui a tiré sur la police légale d’un gouvernement légal soutenu par un parlement légalement élu », ou encore sur « la division d’une population qui ne demande qu’à vivre en paix », je n’ai eu droit qu’à la réponse officielle du représentant de Bruxelles payé pour un discours officiel qui ne prête pas à discussion. Bref, il ne m’a pas convaincu.»

 

Le camp des saints

Nous vivons durant cet été 2014 des évènements à haut risques, et l’appel aux sanctions contre la Russie y apparaissent non seulement injustes pour les populations concernées, mais de nature à ajouter des problèmes évitables à ceux qu’on ne peut hélas éviter du fait des évènements, et complètement décalés par rapport à la réalité des faits économiques, sociaux et politiques réels du moment. Voilà plus de quarante ans que nous élaborons des scénarios dans lesquels la plupart des observateurs voient s’amplifier les risques de conflits Nord Sud, et on veut nous y ajouter un conflit Est Ouest d’un autre temps !

Voilà plus de trente ans Jean Raspail publiait le Camp des saints, roman de fiction dans lequel des masses de populations venaient s’échouer sur les côtes méditerranéennes de la Provence : le camp des saints se réalise en cet été 2014.

Les populations chassées par la misère, par l’incurie de nos intellectuels et de nos politiques, par la cupidité des opérateurs économiques, et par la conquête islamique qui s’est réveillée, trouvent en face d’eux les nations du camp des saints en pleine apostasie. Elles arrivent depuis des années, mais le phénomène s’est amplifié, et depuis des mois l’Italie nous alerte et appelle à l’aide. Le camp des saints ne veut pas voir et appelle à sa propre division en excitant contre Poutine. Quelle erreur, quelle ineptie !

Et quelle mauvaise foi de surcroit, dans laquelle s’engouffrent parfois les meilleurs des nôtres ou dans laquelle ils se laissent mollir. Le droit international est bafoué par Poutine… mais de qui se moque-t-on ? Les USA entretiennent ce manque de respect du droit au Proche Orient depuis un demi siècle, droit des peuples autant que disposition de l’ONU dont ils n’ont que faire derrière des simagrées de tentatives de paix qui n’ont jamais abouties. Les USA n’ont que faire de l’ONU qu’ils mettent derrière eux si elle ne leur est pas soumise. Que ce soit entre Israel et Palestine, en Irak, en Lybie du temps de Kadhafi, en Ukraine ou ailleurs.

Plus grave, ils cristallisent une opposition hélas bien souvent légitime contre l’occident qu’ils prétendent représenter mais qu’ils ne représentent pas. Les esprits simples et incultes, embrigadés par des propagandistes qui veulent abolir l’occident autant que l’orient chrétien, sont bien incapables de faire la distinction entre l’américain honni et le chrétien, entre l’occidental dépravé qui fait l’apologie de l’homosexualité et l’occident chrétien sur le terreau duquel les sciences et les arts, l’amour et la sagesse ont grandi et se sont développés depuis des siècles.

Les interventions intempestives des USA partout dans le monde nous conduisent non seulement à une confusion entre un occident qui se renie et une civilisation chrétienne occultée, mais à des risques de guerre bien réels qui atteindront les faubourgs de Marseille avant les salons parisiens et bruxellois. Cette confusion pourrait bien s’accentuer encore par une intervention en Irak du nord, et c’est avec discernement que le Pape François justifie aujourd’hui même une intervention en Irak, pas des USA, mais sous l’égide de l’ONU, ce qui est tout à fait différent. Avec le même discernement, son prédécesseur Jean-Paul II s’était vivement opposé à l’intervention des USA en Irak en 2002 dont les évènements actuels sont une suite logique.

Les cérémonies du centenaire de la guerre de 14 ont été beaucoup commentées, avec notamment le regret de ne pas avoir eu d’organisation internationale pour endiguer la folie des gouvernants avant un massacre des populations. La SDN a été incapable d’arrêter la folie nazie, notamment parce que les USA ne prenaient pas la dimension du problème posé par Hitler et ne s’alarmaient pas de théories en rupture complète avec l’héritage chrétien auquel ils appartenaient.

L’ONU peut encore jouer son rôle aujourd’hui… à condition que les dirigeants US et les dirigeants européens jouent le jeu de l’ONU avant celui de leurs égo, à condition qu’ils veuillent bien prendre la mesure du conflit de civilisation dont il s’agit.

Le Puy du Fou à Moscou et dans toutes les Russies !

La nouvelle est excellente, et elle est d’excellent augure. Nulle part ailleurs qu’en Vendée une telle aventure mêlant spectacle et vie populaire n’aurait pu exister, ni en Provence, ni exportable aux USA. Et vous savez pourquoi ; aucun peuple autre que la Vendée n’a la même histoire faite de souffrance et de massacres ! On ne renie pas son passé ! Vous qui avez lu Tolstoï, Romain Rolland et bien d’autre encore, vous savez que ces spectacles historiques réussiront en Russie, avec des gens qui ont une histoire riche d’évènements douloureux qu’ils assument aujourd’hui. Ils reconstruisent leurs églises détruites sous la dictature communiste qu’ont vécu leurs parents, ils n’y vont pas nécessairement ensuite, mais ces églises sont leur histoire, leur héritage, leur patrimoine, comme Tolstoï Dostoïevski Tchekhov et Pouchkine, qu’ils ne lisent pas tous les matins, mais qui sont leur culture et une part d’eux-mêmes.

L’âme russe est bien vivante, et on ne peut l’écarter et se satisfaire d’informations superficielles et inexactes sur l’économie actuelle de la Russie, surtout quand on va faire payer au contribuable européen un embargo sensé gêner la Russie mais qui se retourne contre nous et contre nos producteurs.

Il est clair que les sanctions réclamées contre la Russie porteront préjudice à sa population d’abord, et à notre économie européenne ensuite. C’est donc déjà le cas ces jours-ci sur l’agro-alimentaire en cette fin d’été, avec des ministres européens qui décident de subventionner nos productions agricoles : ils font davantage penser au régime soviétique qu’à la construction européenne de Schuman et Monnet. Si les USA et l’UE continuent, ce sont des usines, dont nos propres usines de sociétés françaises qui seront en chômage technique faute d’approvisionnement dans les banlieues de Moscou.

Cette politique aberrante a de fortes chances de pousser les russes à ne compter que sur eux, ce qu’ils vont faire et tant mieux pour eux, sauf que c’est nous qui nous affaiblissons. Mais que veulent donc les fous de Bruxelles ? Sanctionner des ouvriers à Moscou ? Mais que leur ont-ils fait ? Faire chuter le chiffre d’affaire de nos propres sociétés ? En plaidant hypocritement pour la croissance ? Ils ne font en fait qu’étaler leur ignorance économique et leur stupidité d’irresponsables.

Et quelle mauvaise foi encore ! En violation de l’ONU, du droit international et des autorités internationales, des autorités américaines accusent une de nos grandes banques de violation d’embargo, pour quelques milliards d’amendes sans aucun fondement juridique international, et on obtempère… les petits européens vont payer. Et comme ça a marché, les même autorités américaines accusent à nouveau une autre banque… les européens sont tellement anesthésiés que ça pourrait marcher à nouveau… Or, sur la même période, la situation a changé en Iran. Du coup, les américains y passent tous les contrats qu’ils peuvent, sous embargo, discrètement. Lorsque l’embargo sera levé, il ne restera que les miettes à prendre en Iran pour les autres pays. Quelle hypocrisie et quel scandale ? Est-ce que Poutine se comporte ainsi avec nous ?

Les américains sont nos alliés et nos amis.

Certes, mais il est clair depuis toujours que les USA ne veulent pas de l’Europe parce qu’elle leur portera un ombrage politique et que sa monnaie pourrait détrôner la leur. Nos amis ne se satisferont que d’une Europe faible et soumise à leur ligne politique. Ce n’est pas du tout le cas de la Russie qui a besoin d’une Europe forte, d’une Europe constituée, d’une Europe fidèle à ses racines, comme la Russie d’aujourd’hui elle même.

Qui est allé dire à la Turquie qu’elle devait intégrer l’Europe, ce qui l’affaiblirait à coup sûr en la rendant encore plus ingérable qu’à vingt cinq Etats, et sans unité culturelle ? Poutine ? Non, Madame Clinton. Qui nous a mis notre économie au plus mal avec une crise financière ? Que dis-je ? Une crise morale aberrante et honteuse ? Poutine ? Non, Wall Street et les banques américaines. Qui a dit qu’il attaquerait l’Euro en septembre 2008 et qui l’a fait en 2009 ? Poutine ? Non, une officine bancaire US, agence de notation payée par les mêmes banques. Qui est allé conseiller et trafiquer les comptes publics de la Grèce ? Poutine ? Non, encore les mêmes.

Qui se permet de noter la gestion de nos pays ? Poutine ? Non, les même officines bancaires faites de jeunes collaborateurs sortis des universités, et qui n’ont jamais mis les pieds en Europe (sauf en touristes peut-être) ni dans une entreprise multinationale. Il faut tout de même savoir comment fonctionnent ces institutions US, avec de jeunes universitaires brillants mathématiciens et manipulateurs de concepts et de statistiques, sur les objectifs politiques et stratégiques de leurs clients les banques US. Dès que ces brillants opérateurs commencent à penser et à réfléchir, ils partent ou sont mis dehors et remplacés par de jeunes arrivants.

Qui nous a financiarisé l’économie à outrance depuis vingt cinq ans ? Poutine ? Non, intellectuels et banquiers US. Les conséquences économiques et politiques en sont incalculables, et nos intellectuels européens ont stupidement suivi. Qui a phagocyté nos sociétés de bourses pour les intégrer dans un système mondial qui crée des masses financières artificielles considérables au détriment des économies locales et nationales, et au détriment des familles d’entrepreneurs ? Poutine ? Non, les mêmes.

Qui nous a acheté des pans entiers de nos industries avec cet argent contrôlé par aucune autorité, pour les délocaliser et créer du chômage chez nous ? Pour priver nos familles d’entrepreneurs de leurs entreprises en les séduisant par l’argent ? Poutine ? Non, des sociétés US pour la plupart.

Qui s’est mis à noter nos écoles de management pour en faire des business du diplôme ? Qui enseigne depuis plus de vingt ans l’effet de levier et la titrisation dans nos meilleures écoles ? Pas Poutine, il semble avoir des préoccupations d’un autre ordre. Qui encore dans les mêmes écoles nous a envahi par une culture de l’argent et du profit, en lieu et place d’une culture de service et de respect du client, rupture culturelle avec des siècles de tradition chrétienne ? Poutine ? Non, toujours les mêmes.

Sur qui je tombe lorsque je veux acheter sur le Net du vin dans une coopérative française de province en difficulté ? Sur une publicité pour un manager US. Qui me porte tous les jours atteinte dans mon travail à travers le fonctionnement d’internet ? Poutine ? Non, des sociétés américaines et leurs opérateurs français payés pour cela. Le discours de l’une des nôtres lors de l’affaire Alstom au printemps dernier afin de nous rassurer sur les américains de GE était assez pitoyable. Comme notre ami diplomate à Kiev, elle était certes payée pour cela, mais rappeler le rôle des américains en 1944 faisait tout de même un peu décalé par rapport à notre vécu actuel.

Enfin sur le plan culturel, l’essentiel auquel il faut revenir en définitive car tous les comportements en dépendent : Qui nous apporte une révolution culturelle sans précédent avec le mariage homo et avec la théorie du genre ? Poutine ? Non, la culture libertaire et révolutionnaire US. Qui est venu dire en Europe qu’il fallait accepter le mariage homosexuel ? Poutine ? Non John Kerry voilà à peine quelques mois.

Qui se permet d’attaquer notre héritage culturel à travers le Pape ? Poutine ? Non, des influences occultes, anonymes, sans signature venues de New York et qui utilisent abusivement l’ONU à cet effet. Qui veux tuer tous nos libraires et même nos éditeurs ? Poutine ? Non, une société de distribution américaine.

Qui nous fait encore l’apologie de l’homosexualité dans laquelle se sont effondrées toutes les sociétés antiques, Rome comme Athènes ? Des sociétés américaines de l’internet. Qui ne veut pas entendre parler des racines chrétiennes de l’Europe ? Poutine ? Non, le président du Conseil Constitutionnel français. Tiens, celui-ci n’est pas de nos amis américains ! Nous devons compter aussi avec nos propres trahisons.

Qui laisse passer depuis des années les réformes éducatives qui ont conduit nos enfants à ne plus savoir lire et écrire ? A ne plus connaître la géographie ? A ne retenir de l’histoire que les ragots et propagandes anti-françaises, anti-européennes, inscrites en clair dans les livres d’histoire de nos enfants ? Ces mensonges conduisent à une confusion volontaire entre notre culture chrétienne et nos erreurs ou errements politiques passés. Encore nos propres trahisons ou négligences coupables, soutenues par des gens de l’UE, celles-là même qui ont justifié des adolescents de nos collèges et de nos lycées pour aller faire le Djihad tranquilles dans leur tête !

Qui plaide incessamment pour une nouvelle rupture radicale avec notre héritage judéo- chrétien fait de morale et de transcendance naturelles ? Les mêmes lobbies venus du monde anglo-saxon dans sa décadence, et qui opèrent depuis des années à Bruxelles sans que celle-ci réagisse.

Qui s’inquiète du mariage homo en Europe ? De l’abandon du calendrier chrétien en Europe ? Poutine ? Oui, cette fois c’est bien lui ! Tiens donc ! Et c’est justement ce qui lui est reproché, comme il lui est reproché d’avoir mené un combat Nord Sud en Tchétchénie contre la montée du totalitarisme islamique, comme il lui est reproché d’avoir soutenu Bachar El Assad, dans le cadre du même combat, et pour les mêmes raisons, fait qui apparaît plus clairement aujourd’hui.

Arrêtons les hypocrisies et mensonges publiques. Roland Dumas n’a pas été démenti lorsqu’il a publiquement dit que c’était Israël qui avait mis le feu en Syrie, soutenu comme toujours par des diplomates londoniens et par les USA qui, comme toujours, n’ont jamais rien compris à l’islam ni aux pays musulmans, ils en ont fait la preuve en Afghanistan, en Irak et en Iran, et ils continuent, comme ils continuent à intervenir en gendarmes du monde sans aval de l’ONU.

Il leur a fallu dix ans pour comprendre Hitler, espérons, ou plutôt, à nous de faire en sorte qu’ils (nos amis) comprennent plus rapidement les enjeux actuels en Europe, et que les islamistes ne sont pas de simples terroristes, ni les immigrés des mexicains qui ont faim.

Un enjeu de civilisation

Comme la plupart des observateurs le constatent, l’enjeu actuel est un enjeu de civilisation, pas un simple enjeu de populations déplacées, ni de frontières ni de territoires. En 1914, on n’a pas vu l’orgueil et la stupidité des grands, des diplomates, des chefs et de leurs conseils, et on a regretté de ne pas avoir eu pour cela la SDN ou l’ONU. En 1940, on n’a pas vu assez tôt la rupture de civilisation qui s’opérait avec Hitler. Nous sommes à nouveau sur une rupture plus que millénaire de civilisation avec le mariage homo, avec l’éternelle guerre sainte de l’islam qui profite de la situation pour s’imposer dans une lutte qui dépasse la situation Nord – Sud.

Philippe de Villiers a raison lorsqu’il dit que l’Amérique veut imposer son modèle de société en Russie et partout dans le monde. Sauf que ce ne sont pas les USA, mais plutôt le Léviathan, avec le concours de diplomates aux USA et en Europe qui se trompent lourdement, et qui feraient bien de changer d’avis avant des évènements plus graves. En effet, pour qui se donne la peine de regarder de plus près, le mariage entre homme n’est pas acquis aux USA, loin s’en faut.

« Le 14 juillet ouvre tous les possibles par la geste révolutionnaire, et le 15 août rappelle que tout n’est pas entre nos mains » a écrit récemment Louis Manaranche, au sujet du Vœux de Louis XIII qu’il rapprochait du « God bless the Queen » des anglais, et du « God bless America » qui conclue les discours officiels US.

Il me semble que la sagesse nous dit qu’on n’y arrivera pas seuls, qu’on ne peut s’abstenir de la transcendance et de la Providence. Aidons nous et le ciel nous aidera. Alors, « God bless Poutine »,  la France, l’Europe et nous tous.

Bernard Largillier

Marseille le 20 août 2014

God bless Poutine

A propos blargillier 1 Article
Juriste en droit du travail de formation, économiste de carrière. Enseignant spécialisé en Culture d'Entreprise, membre de l'AEI, de l'AEC et des EDC. Intérêt pour proche-orient-Euroméditerranée, et rapports Europe-Russie.

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