La genèse des révolutions arabes

Introduction

Le Printemps arabe s’est caractérisé par un ensemble de contestations populaires, d’ampleur et d’intensité très variables. Les pays d’Afrique du Nord, ont été touchés par les révolutions arabes dès décembre 2010. Les populations sont descendues dans les rues afin d’instaurer un régime démocratique. Cependant, deux ans et demi après les révolutions arabes, la transition politique est loin d’être achevée, en témoignent l’extrême tension qui règne en Tunisie et en Égypte et l’état de quasi-guerre en Libye.
Des facteurs internes et les enjeux externes ont-elles permis à ces pays une transition démocratique à la suite des révolutions arabes?
Des causes communes ont déclenché les contestations et engendré l’effet domino. Des interventions externes occidentales et des monarchies du golf ont participé aux révolutions arabes. Cependant, les régimes de transition actuels évoluent-ils vers une démocratie et quelles sont les perspectives d’avenir de ces pays ?

I. Les raisons communes du Printemps arabe

L’article se concentrera sur la Tunisie, la Libye et l’Égypte qui sont les premiers pays à avoir subi les révolutions.

1. Des facteurs politiques
Les trois pays étudiés se caractérisent par des régimes autoritaires gouvernés par des généraux qui depuis une trentaine d’années ont une mainmise sur les institutions. Ainsi, Ben Ali était président de la Tunisie depuis 1987 et son régime était connu comme « un modèle de répression et de contrôle de la population ». Il a pris la suite de Habib Bourguiba qui avait été proclamé président à vie en 1975. En Égypte, le général Mohammed Hosni Moubarak était au pouvoir depuis 1981. Et en Libye, Mouammar Kadhafi était au pouvoir depuis 1969 grâce à un coup d’État militaire qui a renversé la monarchie en place précédemment.
Dans ces dictatures, la corruption est constante. Selon l’indice de corruption de l’agence Transparency International en 2010, où l’échelle varie entre zéro et dix avec zéro représentant une corruption totale, la Tunisie a un indice de 4-5 et la Libye et l’Égypte ont un indice de 2.
La revendication de respecter les droits de l’homme et la mise en place d’une démocratie sont les principaux déclencheurs de ces révoltes. En effet, en Libye, le régime avait un parti unique encore en 2010. Et l’armée a un pouvoir total sur les institutions dans ces pays comme en Égypte : Moubarak porte le titre de général, il a fait une carrière militaire avant d’arriver en politique. Tous les chefs d’État égyptiens sont issus de l’armée depuis le coup d’État des officiers libres de 1952 qui a renversé la monarchie du pays et le Roi Farouk. C’est aussi l’armée qui a pris en charge la transition politique à la suite du départ de Moubarak. Elle a une grande influence dans la scène politique et aussi économique.

2. Facteurs socio-économiques
L’augmentation de l’alimentation
La flambée des prix des aliments a contribué à réveiller la colère qui dormait. Les pays arabes possèdent des ressources naturelles exceptionnelles, mais ils souffrent de graves difficultés structurelles qui empêchent l’économie d’être performante à cause d’infrastructures inadaptés. En effet, le développement du secteur agricole n’est pas une priorité pour ces pays et le budget pour l’aménagement des territoires est très réduit. Mais le véritable problème réside dans l’absence de vision et de stratégie de développement sur le long terme.
Une agriculture en déclin
Bien que la moitié environ de la population soit encore rurale, l’agriculture est en déclin. Elle ne représente plus que 5% du PIB des pays arabes riches, 10% des pays arabes à PIB moyen et près de 30% des pays arabes à PIB bas (PNUD, 2009). Les causes de ce déclin sont multiples. Les pays arabes affichent, depuis plusieurs décennies, une croissance démographique soutenue qui compromet toute tentative d’autosuffisance alimentaire. De plus, les sociétés arabes connaissent depuis les années 1970-1980 une urbanisation rampante qui gagne progressivement du terrain sur les terres arables, diminuant de ce fait la surface agricole utile et altérant la qualité des sols et de l’eau ; notamment en Égypte. Ainsi, aucun pays arabe n’est autosuffisant et la majorité d’entre eux sont devenus de grands importateurs de denrées alimentaires (20% du total des importations en 2010).
L’échec des politiques
Après les réformes agraires initiées dans les années 1970 avec des résultats très mitigés, diverses solutions ont été envisagées pour développer l’agriculture dans le monde arabe comme des projets visant à « reverdir » le désert et à développer des cultures hors oasis grâce à des systèmes d’irrigation à rampes-pivots. Mais cette technique s’est révélée très coûteuse et a dû être stoppée dans certains cas comme en Algérie. Dans d’autres, comme en Arabie saoudite, le blé et d’autres produits agricoles continuent d’être produits suivant ce procédé, mais à un coût exorbitant compensé par les recettes pétrolières. Les pays arabes visent désormais moins l’autosuffisance alimentaire que la sécurité alimentaire. A plusieurs reprises, l’augmentation du prix des denrées de base a généré des « émeutes du pain » : en Égypte (en 1977 et 2008), au Maroc (en 2008) et en Tunisie (en 1984 et 2011).
Le chômage
La révolution est menée par de nombreux jeunes, appartenant à la génération des 15-30 ans. En Tunisie et en Égypte, cette tranche de la population a explosé ces dernières années et souhaitent être davantage concernés et acteurs de la vie politique de leur pays. Cette jeunesse, éduquée, ne trouve pourtant pas de travail correspondant à son niveau d’études. Le sentiment de déclassement est très fort parmi les jeunes de ces pays. Les ingénieurs vendent des légumes, les professeurs sont obligés d’accepter des emplois mal payés. Le taux de chômage chez les jeunes atteint en moyenne 24 % en Tunisie, au Maroc, en Algérie et en Égypte, contre 9,8 % pour le reste de la population. «C’est la génération la plus éduquée que l’on n’ait jamais eue, mais elle ne trouve pas de travail. C’est dangereux», explique Dorothea Schimdt, spécialiste de l’Afrique du Nord à l’Organisation internationale du travail. Ainsi, en Tunisie, le taux de chômage a augmenté en 2011 à hauteur de 18,9% après avoir été autour de 14% en 2010. Le taux de chômage des jeunes ayant une formation supérieure s’est même inscrit en hausse au cours des années 2000. Avec un taux de chômage des jeunes supérieur à 30%, les diplômés du supérieur sont les premières victimes et la Tunisie se situe même dans le peloton de tête au niveau mondial.

3. Moyens médiatiques
Le taux de pénétration d’Internet a augmenté ces dernières années en Afrique du Nord. En 2011, il était de 38% pour la Tunisie, 25% pour l’Egypte et de 5% pour la Libye. Celui de la téléphonie mobile était de 90 % pour la Tunisie, 65% (Egypte) et de 140% (Libye). Ces pays ont eu recours aux réseaux sociaux pour diffuser l’information. Les réseaux sociaux ont ainsi joué un rôle dans les révolutions arabes. Des groupes ont ainsi été créés sur Facebook. Par exemple, Wael Ghonim, un Egyptien et chef marketing chez Google pour le Moyen-Orient, a créé une page Facebook « We are Khaled Said ». Il a repris le nom d’un homme battu à mort par des policiers à Alexandrie en juin 2010. Cette page et bien d’autres contrôlées par d’autres mouvements de jeunesse ont permis de déclencher une mobilisation populaire le 25 janvier 2011.
Cependant, il faut nuancer le rôle des réseaux sociaux dans le Printemps arabe. Les médias occidentaux ont exagéré l’efficacité de ces réseaux. Ils ont permis d’accompagner les révolutions arabes car ils ont servis à mobiliser, à informer et à s’informer. Mais les populations arabes ne sont pas descendues dans les rues grâce aux réseaux sociaux ; ce fut une révolution de rue et non pas une révolution 2.0. Même si le nombre de personnes possédant un ordinateur et ayant accès à Internet a augmenté, leurs actions sur ses réseaux sociaux sont loin de correspondre au profil du cyber-activiste occidental. Dans ces pays, le profil type est un citadin âgé entre 18 et 40 ans ayant une instruction élevé et sensibilisé aux valeurs démocratiques. Ce qui exclut une grande partie de la population des pays arabes, maintenue dans la pauvreté par les régimes dictatoriaux.
Par ailleurs, le nombre de personnes mobilisées a été facilité par une chaîne de télévision qatarie, Al Jazeera qui a joué un rôle prépondérant dans la diffusion de l’information. Cette chaîne est très populaire dans le monde arabe mais peu appréciée des chefs du gouvernement. Ainsi, en octobre 2001, le président égyptien Hosni Moubarak en visite dans ses locaux aurait dit : « C’est donc de cette boîte d’allumettes que vient tout ce vacarme ». En 2008, la chaîne compte entre 35 millions et 40 millions de téléspectateurs quotidiens dans le monde. En Tunisie, elle s’est imposée comme le média audiovisuel libre du pays, au détriment des chaînes nationales et des autres télévisions étrangères. La chaîne d’information s’est notamment distinguée par sa capacité à reprendre sur son antenne des images tournées par des téléphones portables et publiées sur les réseaux sociaux (Facebook, Youtube) comme celles des premières manifestations réprimées par la police à Sidi Bouzid. Al-Jazira s’est donc fondue dans le nouvel environnement médiatique, en recourant de façon très rapide et très créative aux contenus générés par le public. Cependant, cette chaîne qatarie n’a pas une liberté totale dans la diffusion de l’information. Le régime contrôle cette chaîne.

II. Influence des acteurs externes

1. Intervention des pays de l’ONU sous la bannière de l’OTAN
L’exemple de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye illustre l’ingérence occidentale dans les révolutions arabes. Le 26 février 2011 l’organisation du traité de l’Amérique du Nord (OTAN) met en place un embargo sur les armes à destination de la Libye. Les dirigeants des Nations unies décident de « prendre toutes les mesures jugées nécessaires pour protéger les populations civiles », selon Oana Lungescu, la porte-parole de l’OTAN. Il s’en suit une opération militaire multinationale sous l’égide de l’organisation des Nations unies, qui s’est déroulée entre le 19 mars 2011 et le 31 octobre 2011.
Les critiques liées à cette intervention sont vives, d’une part certains habitants ne veulent pas voir des étrangers dicter leur révolte. Des observateurs considèrent que des raisons d’approvisionnement en pétrole tout comme les éventuels investissements et contrats énergétiques, industriels ou d’équipements expliquent la célérité avec laquelle la France a reconnu le gouvernement de Benghazi après la chute du régime de Khadafi. D’autre part, les autres critiques estiment que la finalité réelle de cette opération était de permettre l’installation de la base principale de l’USAFRICOM (coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent). En effet, AFRICOM souhaitait que les forces de l’Union Africaine passent sous son contrôle, ce que Kadhafi n’aurait jamais accepté.
Les États-Unis rétorquent que la corne de l’Afrique et la région du Sahel sont un foyer abritant des milices potentiellement liées à la nébuleuse Al-Qaïda. Par ailleurs, la situation géostratégique de la Libye lui confère une grande importance avec des frontières communes à des pays sensibles comme le Soudan, le Niger, le Tchad, ce qui explique également la volonté des États-Unis d’établir une tête de pont en Libye. Les critiques restent virulentes invoquant des raisons très différentes: sécuriser les approvisionnements de pétrole américain dans la région du golf de Guinée. De plus, il y a une volonté d’assoir une situation de monopole sur les réserves de pétrole libyen (1 à 2% des réserves mondiales) afin de contrôler un continent africain qui représente un réservoir de matières premières pleins de promesses et objets de toutes les convoitises pour contrer la concurrence chinoise.

2. Intervention des ONG controversée
Les organisations non gouvernementales (ONG) ont un devoir d’ingérence du fait de leur légitimité d’intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés afin de mener leur rôle, la protection des peuples. En Egypte, en février 2012, dix-sept organisations égyptiennes et étrangères ont été perquisitionnées, dont les organisations américaines National Democratic Institute (NDI), International Republican Institute (IRI) et Freedom House. L’Egypte accuse des ONG d’ingérences « politiques » illégales. Les raisons invoquées par le gouvernement sont que les révoltes contre le pouvoir de Mohamed Morsi ont été guidées et financées par certaines ONG, notamment dans des formations informatiques ou au métier de journaliste. Elles auraient ainsi intensifiées leurs actions après la chute du président Hosni Moubarak. En effet, pour le gouvernement de Morsi un régime théocratique est plus avantageux pour les Américains. Il s’agit d’une institution forte qui peut imposer les accords de paix et les distributions économiques et empêcher par exemple le développement de l’industrie du coton. Même si des ONG sont présentes depuis plusieurs années, certaines éveillent le soupçon d’être proches de parties politiques. Cette tension a amené à une remise en question des un milliard d’aide des États-Unis donné au peuple égyptien.

3. Influence des pétromonarchies du golfe
L’Arabie saoudite et le Qatar ont pris part aux révolutions sans pour autant que ces dernières ne se propagent sur leurs territoires. Les enjeux pour eux sont d’étendre leur zone d’influence.
Pour le Qatar, il s’agit de modifier le jeu des alliances dans le Golfe. Il a ainsi cherché à renforcer sa position isolée au sein de la Ligue arabe en misant sur une alliance tripartite avec l’Égypte de Mohamed Morsi ainsi qu’avec ce second «poids lourd» régional qu’est la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. L’Arabie saoudite souhaite éviter que s’impose une démocratie authentique et des gouvernements stables, ce qui voudrait dire que la révolution est possible et que les monarchies des Émirats ne seraient plus à l’abri.
Le point de divergence majoritaire est le choix du soutien religieux. L’Arabie saoudite, d’idéologie salafiste souhaite mettre un terme à l’expérience des Frères musulmans. C’est pourquoi elle a tout à la fois soutenu le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée égyptienne et les salafistes d’al-Nour. En revanche, le Qatar reçoit le coup d’Etat militaire, la destitution de Mohammed Morsi et la répression à l’égard des Frères musulmans comme une énorme gifle. Le Qatar, à l’inverse de l’Arabie saoudite insiste sur le fait que Morsi a été mis en place par le peuple, sur la légalité démocratique. Ainsi, l’islam du Qatar est un islam alternatif à l’islam salafiste saoudien mais pas moins modéré. Les deux puissances pétrolières vont ainsi utiliser le financement des parties politiques pour avoir une influence sur l’évolution des pays en révolution. En Égypte, l’Arabie saoudite finance le parti politique salafiste Al-Nour pendant que le Qatar soutient celui des Frères musulmans. La même lutte s’effectue en Tunisie. Mais les pétromonarchies vont cette fois s’unirent pour soutenir les rebelles salafistes (sunnites) face aux Alaouites (chiites) de Bachar el Assad (par exemple : armes croates achetées par l’Arabie saoudite).

III. Une évolution ou une régression ?

Trois critères permettent d’analyser si une transition démocratique est bien effective pour ces trois pays : la mise en place de réformes politiques touchant à la Constitution, au Parlement et aux élections, puis aux institutions (police, armée) et enfin à la stabilité du contexte social. C’est en Afrique du Nord que les perspectives d’avenir paraissent le plus prometteuses. L’institutionnalisation de la démocratie suppose une convergence de la vie politique autour des trois pôles qui fondent l’Etat de droit, à savoir les élections, le Parlement et la Constitution. Quand ces pôles sont robustes et durables, les gouvernements restent généralement à l’abri des groupes radicaux, des forces réactionnaires et d’un retour à des formes autoritaires. En Tunisie, en Libye et en Égypte, ce processus d’institutionnalisation est en marche.

1. Tunisie
Sur le plan politique en Tunisie, l’Assemblée constituante issue des urnes est en train d’achever l’élaboration de la Constitution. La crise y a deux dimensions : la longue passivité du nouveau gouvernement face aux violences salafistes et le retard à mettre en œuvre des réformes économiques, notamment dans les régions les plus défavorisées. En dépit de ces tensions parfois très vives et des conflits qui opposent les divers intérêts politiques, personne, si ce n’est une petite minorité, ne remet en cause les règles du jeu démocratique. A la suite de la révolution, le parti islamiste tunisien Ennahda a été le grand vainqueur des élections du 23 octobre. Il a été légalisé le premier mars 2011 par le gouvernement d’union nationale instauré après la fuite de Ben Ali. Ce parti n’a pas participé à la révolution du 14 janvier 2011 mais la chute de Ben Ali a permis la résurrection du mouvement. Deux ans après, le parti est dénoncé à cause de ses promesses inachevées : une Constitution et de rédiger la future loi électorale. Partir et céder la place à un gouvernement de technocrates, Ennahda s’y est engagé en signant au début du mois une « feuille de route ». Néanmoins, l’Assemblée tunisienne tend à être plus démocratique. Ennahda contrôle 40 % de l’Assemblée constituante tunisienne, une majorité nette mais relative qui l’oblige à une alliance avec des formations laïques et progressistes.
En ce qui concerne les institutions, l’armée est un acteur clé dans le changement en Tunisie. Elle a démontré son indépendance pendant les évènements. Contrairement à l’Algérie, l’armée tunisienne n’est pas politisée. Pour éviter un bain de sang, elle a préféré destituer le dictateur tunisien. L’armée, grâce à sa neutralité a convaincu le président et son entourage honni de quitter la scène sans recourir au coup d’Etat. Aujourd’hui, face à la corruption généralisée du régime discrédité de Ben Ali, elle joue la carte de la garante de l’ordre et de la transition démocratique. Les militaires sont convaincus qu’ils restent le rempart contre l’avènement d’un régime islamiste.
Le contexte social ne s’est pas apaisé car la population tunisienne, principalement des jeunes, n’ont pas noté une amélioration des conditions de vie et le chômage reste encore très élevé à cause d’une accélération de l’inflation. Par ailleurs, une majorité de Tunisiens rend le parti Ennahda responsable de la montée du terrorisme et veut sa démission.

2. Égypte
La scène politique est également agitée en Egypte. Issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi est le premier président égyptien élu et le premier civil à ce poste. Il a occupé cette fonction du 30 Juin 2012 au 3 Juillet 2013 où il est déchu suite à un coup d’État mené par l’armée sur la volonté du peuple. Quelques mois à peine après sa prise de pouvoir en 2012, le peuple est déçu et insatisfait des mesures prises par Morsi. Ils ont peur d’une dérive religieuse et sont inquiets concernant la nouvelle constitution. Il s’attribue certains pouvoirs législatifs sachant que le Parlement a été dissous. Il a alors presque les trois pouvoirs, ce qui n’est pas représentatif de la démocratie. Une pétition demandant la démission du président Morsi a rassemblé 22 millions de signatures en deux mois seulement sur une population totale en Egypte de 85 millions.
L’armée a toujours eu un grand rôle politique et économique en Égypte. Suite à l’élection présidentielle du candidat des Frères musulmans, M. Mohamed Morsi, le nouveau chef d’Etat affirmait l’autorité du pouvoir civil sur l’armée en congédiant le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui. Cependant, le 3 juillet 2013, Mohamed Morsi est déchu par un coup d’Etat organisé par l’armée qui revient sur la scène politique. Elle a toujours eu un grand rôle politique et économique en Égypte mais en 2011, elle a fait la promesse de soutenir le peuple, de garantir des institutions et de restaurer la stabilité du pays qui perd pied depuis le départ de Moubarak. L’armée égyptienne, qui est la plus grande en nombre de tout le continent africain, est très appréciée du peuple. Elle a ainsi pris le parti du peuple depuis 2011 et elle bénéficie du soutien des autorités religieuses du pays (chrétiens et musulmans).
Le contexte social en Égypte n’est pas favorable à l’instauration d’un environnement sécurisant. En effet, l’Égypte a été classé dernier sur 22 pays étudiés par la Fondation Thomson Reuters en ce qui concerne les conditions des femmes. Ce classement a jugé les pays en regardant s’ils appliquaient la Convention des Nations unies pour éliminer toutes formes de discriminations contre les femmes. Les critères utilisés sont les suivants : la violence contre les femmes, le droit à la reproduction (ex : condition d’accouchement), la place des femmes au sein de la famille (ex : les mœurs, la culture, la religion), la femme dans l’économie (droit à un compte en banque personnel, alphabétisation), la femme dans la société (viol, harcèlement), la femme en politique (droit de vote, éligible, élue). Cette études fait ressortir des chiffres alarmants : 99.3% des femmes et jeunes filles ont été victimes d’ harcèlements sexuels, 63% des femmes adultes savent lire et écrire et 27.2 million des femmes (91%) ont subi une excision ce qui est le plus grand nombre pour un seul pays au monde.
Après les révolutions arabes de 2011, il y a eu une hausse des violences contre les femmes, des viols par exemple en pleine manifestation sur la place Tharir en juin dernier.

3. Libye
En Libye, l’adoption d’une Constitution était l’une des principales revendications des révolutionnaires, excédés par l’arbitraire kadhafiste. Des réformes politiques ont été menées en Libye seulement quatorze jours après le début de la révolution. Le Conseil national de transition (CNT), présidé par Moustapha Abdeljalil a ainsi été créé le 27 février 2011 afin de coordonner les différentes villes libyennes tombées sous les mains des insurgés et de combattre les régimes de Kadhafi, président depuis 1969 grâce à un coup d’Etat. Après la chute du régime, il conduit la transition avec la mise en place d’élections afin de constituer une Assemblée et de créer une Constitution. Ainsi, le 3 août 2011, une Constitution est instaurée et elle doit mettre en place « un Etat démocratique indépendant où tous les pouvoirs dépendent du peuple et prévoit de garantir le pluralisme politique et religieux tout en basant la législation sur la charia » ; ce qui engendra une inquiétude des Occidentaux. Le 8 août 2012, le CNT transmet le pouvoir au congrès général national libyen élu au suffrage universel avec comme président Mohammed Youssef, un opposant de longue date à Kadhafi, considéré comme un Islamiste modéré. Il démissionne le 28 mai 2013 à la suite d’un attentat lancé contre lui. De nouvelles élections ont lieu le 25 juin et actuellement le président est Nouri Bousahmein mais le pays demeure dans une instabilité politique car de nombreuses questions sont à résoudre : sur l’adoption de la charia, d’un fédéralisme ou d’une décentralisation et une négociation de l’équilibre entre les tribus.
L’armée nationale a été créée à la suite de la révolution libyenne mais elle est confrontée à des groupes armées. En effet, les milices en Libye sont au cœur d’une bataille pour le pouvoir. Les kalibas (brigades de combattants) assurent la plus grande partie du maintien de l’ordre. Selon le chef d’un kaliba, « le problème émane du gouvernement car il n’agit pas et l’existence des milices est indispensable pour protéger le pays d’une prise de pouvoir des islamistes ». Les membres de ces milices sont tous des anciens révolutionnaires et veulent donc que leurs revendications soient respectées. Par ailleurs, s’adjoindre à une katiba permet d’asseoir sa puissance sur la scène politique.
Le contexte social en Libye est de ce fait instable par la présence de ces milices. De plus, selon l’étude Thomson Reuters, le pays est classé neuvième sur 22 au niveau de l’insécurité. Le règne des milices a également un impact direct sur les droits des femmes, victimes d’enlèvements et d’arrestations arbitraires. La représentation politique des femmes élues en 2012 sur les 200 membres de l’Assemblée nationale, n’a pas eu pour conséquence d’inscrire les droits des femmes dans la loi. Les violences domestiques sont également un problème majeur. Les femmes se sentent en insécurité du fait du manque de protections sociales contre des maris abusifs : environ 99 % des femmes qui ont porté plainte contre des abus domestiques l’ont retirée. Par ailleurs, la prise d’otage d’hommes politiques accentue le désordre régnant. Par exemple, le 10 octobre 2013, le premier ministre a été enlevé par une katiba. De même, depuis deux mois le fils du ministre de la défense est aussi détenu par une des milices. Elles font ainsi pression sur le gouvernement en enlevant les hommes politiques ou leur famille. Lors d’une manifestation, une katiba avait ouvert le feu sur des manifestants et causa 45 morts et plus de 500 blessés. L’environnement en Libye n’est donc pas favorable à l’instauration d’une démocratie car la société n’accepte pas les changements.

Dans ces régimes de transition, la plupart des acteurs politiques – à l’exception, bien sûr, de certains groupes radicaux, comme les salafistes, ou des nostalgiques de l’autocratie d’autrefois – ont pris bonne note de la nouvelle donne. Laquelle n’implique pas nécessairement que les démocraties en voie d’institutionnalisation vont devenir libérales. Pour ces Etats en transition, la priorité ne réside pas dans le combat idéologique mais dans la pérennisation des institutions. La normalisation démocratique n’implique pas l’adhésion de chaque citoyen et de chaque parti à un même cadre idéologique, elle suppose plutôt que les lois et les procédures démocratiques deviennent les règles du jeu définitives.
A la suite de cette analyse, on peut affirmer que les trois pays sont dans des phases de transition démocratique différentes. Ainsi, la Tunisie doit lutter contre le chômage afin d’apaiser sa population de jeunes qui constituent la force du pays, l’Égypte quant à elle doit lutter contre le pouvoir de l’armée et la Libye doit régler les problèmes ethniques (tribus). Des pays comme la Libye, la Tunisie ou l’Égypte n’ont pas besoin, pour mener à bien leur processus démocratique, d’être aussi profondément sécularisés qu’en Occident. Dans les pays occidentaux non plus, le sécularisme n’a pas précédé la démocratie.

Conclusion

Selon Tahar Ben Jelloun, auteur de l’étincelle dans les pays arabes, « jusqu’au là les peuples arabes avaient pris l’habitude d’accepter et de subir leur sort, résignés. La région connut bien, de temps à autre, quelques mouvements de révolte, mais qui furent chaque fois durement réprimés, et les opposants tous éliminés. Le Maghreb et le Machrek ont ceci en commun : l’individu n’y est pas reconnu. Dans le monde arabe, ce qu’on reconnaît, c’est le clan, la tribu, la famille, pas la personne en tant qu’individu. Or l’individu, c’est une voix, un sujet que le groupe ne peut soumettre ou contrôler. La base de la démocratie est là ; c’est une culture qui repose sur un contrat social ; on élit quelqu’un pour représenter un peuple durant une période déterminée, et on le renouvelle dans ses fonctions ou bien on le renvoie. Et si aujourd’hui ces révoltes peuvent être qualifiées de « révolutions », c’est parce qu’elles sont d’abord et avant tout portées par des revendications d’ordre éthique et moral. »
A la suite de cette analyse, on remarque que le Printemps arabe n’a renversé aucune tête couronnée. Cela peut s’expliquer par deux facteurs. D’une part, les dynasties régnantes jouiraient d’une légitimité profondément ancrée : les peuples soutiendraient leurs rois et leurs princes. D’autre part, ces régimes seraient mieux à même de s’adapter aux situations de crise du fait des outils institutionnels extraordinairement flexibles dont ils disposent pour manipuler l’opinion à leur guise, au-delà de la simple répression. L’Arabie Saoudite a notamment promis à la population des réformes structurelles comme des programmes de développement afin de contenir l’opposition. Cependant, cette vague d’insurrection pourrait-elle mettre en danger la souveraineté des monarchies du monde arabe ? Les monarchies arabes sont en train de s’essouffler. A Bahreïn, par exemple, le soulèvement d’une vaste partie de la population n’a pu être contenu que par l’intervention des forces armées nationales et des troupes mandatées par le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Le Maroc aussi a connu des manifestations de grande ampleur. La promesse d’une révision constitutionnelle a momentanément calmé la colère populaire, mais l’absence de réformes en profondeur annonce des lendemains troublés. Leur modération et leur adaptabilité permettaient aux monarchies arabes de conserver leur absolutisme. Néanmoins, elles risquent de connaître un avenir de conflits et d’instabilité en refusant une transition démocratique.

Bibliographie

La Croix, les sept raisons de la colère du monde arabes
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Les-sept-raisons-de-la-colere-du-monde-arabe-_NG_-2011-02-21-563835
Le Monde, Egypte : le pire pays pour les femmes dans le monde arabe
http://www.lemonde.fr/international/article/2013/11/12/l-egypte-pire-pays-pour-les-femmes-dans-le-monde-arabe_3512414_3210.html?xtmc=libye&xtcr=11
Le Monde, des transitions inachevées
http://www.lemonde.fr/international/article/2012/10/05/des-transitions-inachevees_1770877_3210.html
L’Express, que reste-il des Printemps arabes
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/infographie-que-reste-t-il-des-printemps-arabes_1277890.html
Wikipédia : printemps arabe
http://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_arabe#Aspects_socio-.C3.A9conomiques
Wikipédia : Révolution tunisienne
http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_tunisienne_de_2010-2011#Cons.C3.A9quences_en_Tunisie
La révolution arabe fille de l’Internet
http://blog.mondediplo.net/2011-02-15-La-revolution-arabe-fille-de-l-Internet
Atlas des pays arabes, 2012. Mathieu Guidère
L’armée, clé des révolutions arabes
http://www.slate.fr/story/40049/armee-revolution-arabe-element-cle L’armée clé des révolutions arabes. Date de consultation : 21 novembre 2013
Le Monde diplomatique, monarchies arabes la prochaine cible ?
http://www.monde-diplomatique.fr/2013/01/EL_ALAOUI/48590

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