« La communauté d’Afrique de l’Est » est une institution politique et économique qui est composée de 5 pays : Le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, Le Burundi et le Rwanda. Après la ratification au traité le 30 novembre 1999, le traité de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) rentre en vigueur le 7 juillet 2000. L’objectif principal de l’Institution africaine est d’approfondir et d’élargir la coopération et l’intégration politique, économique, et sociale entre les 5 Etats. Sur le modèle de l’Union européenne, cette communauté vise à créer un marché économique commun et une monnaie unique. « L’Afrique, aussi loin que remonte l’histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde ; c’est le pays de l’or, replié sur lui-même, le pays de l’enfance qui, au-delà du jour de l’histoire consciente, est enveloppé dans la couleur noire de la nuit »[1] écrit Hegel au début du 19ième siècle qui marque la transition entre la fin de l’esclavage dans certains pays et le début de la colonisation. Désormais, les Etats africains sont très récents et rencontrent de nombreuses difficultés économiques, politiques et sociales. La conception historique et philosophique d’Hegel est très partisane et ne décrit pas la réalité du continent africain. Ce qui fait qu’elle a encore de l’actualité tient dans la question du développement de l’Afrique et de ses obstacles. Il ne s’agit de se demander s’il y a une essence de l’Afrique ou un Esprit africain déterminé et voué à l’échec. Au contraire, il faut tenir compte de la réalité géopolitique de l’Afrique de l’Est, de sa place actuelle dans la scène internationale pour étudier la faisabilité des projets et objectifs de la CAE. L’Europe a mis des siècles à construire les conditions nécessaires pour créer une Union politique et économique aboutie. Elle a su dépasser les nombreux antagonismes qui ont failli causer sa perte. Elle s’est aussi construite autour d’une communauté solidaire d’Etats forts qui partagent des valeurs communes, et des intérêts communs. Considérant l’histoire récente d’Etats comme le Rwanda et le Burundi, considérant encore le déplacement et la diffusion du problème ethnique en Afrique de l’est, les objectifs liés au projet d’intégration et de coopération de la CAE peuvent-ils être atteints ? Remettre en cause la possibilité pour cette région d’atteindre effectivement l’intégration économique, politique et même monétaire, c’est aussi étudier la situation de cette région, sa spécificité et ses différentes caractéristiques. Le Rwanda et le Burundi sont devenus des Etats- membres de la CAE le 1ier juillet 2007[2]. Le Rwanda, mais aussi le Burundi dans de moindres mesures ont exporté leurs problèmes ethniques internes dans l’ensemble de l’Afrique de l’Est. La recherche de stabilité a souvent entraîné l’Etat rwandais à prévenir militairement les menaces extérieures en occupant une partie du Congo : Le Rwanda et l’Ouganda étaient alliés durant les guerres du Congo de 1996 à 2000, ils se sont pourtant affrontés durant la « Guerre de 6 jours » du 5 au 10 juin 2000. Il s’agissait véritablement d’une guerre de leadership pour contrôler la République Démocratique du Congo. Même si cette guerre est courte, même si elle est finie depuis 13 ans, on peut se demander si le Rwanda et l’Ouganda sont capables de s’unir et de mettre de côté leur aspiration hégémonique régionale. Plus récemment, il faut noter l’échec de l’union monétaire en 2012 où les Etats de la communauté n’ont pas pu créer une monnaie unique pour des raisons fonctionnelles et matérielles. Cet échec est dû au manque d’uniformisation des systèmes bancaires nationaux.

Le projet de la CAE est très ambitieux puisqu’il prévoit en même temps de nombreux volets. L’Union douanière s’accompagne de nombreux projets de construction d’infrastructures entre les capitales des Etats membres. Ces derniers visent à développer les échanges, ainsi stimuler la croissance et développer l’emploi. La stratégie de la CAE est celle de l’élargissement de la zone de libre- échange. La Somalie et le Sud- Soudan souhaitent intégrer la communauté. Ces derniers peuvent être un avantage substantiel compte tenu des ressources dont ils disposent comme le pétrole. Ces pays présentent un certain nombre de difficultés en politiques internes. Ils risquent même d’être en conflit parce qu’ils sont en compétition pour des ressources énergétiques.

Au niveau des tensions internes à l’intérieur des pays membres, on peut citer les problèmes de sécurité au Kenya[3] et la menace démographique au Rwanda et au Burundi. Le 21 septembre 2013, des terroristes somaliens et islamistes « Shebab » attaque le Westgate. L’armée met quatre jours pour neutraliser les terroristes. Avec des frontières qui sont sensés disparaitre à l’intérieur de l’Afrique de l’Est, on comprend que ce type d’évènement fragilise individuellement chaque Etat qui n’aura pas d’Armée régionale. La menace contre la région est d’autant plus grande si l’on considère les différents rebelles de l’Armée du seigneur, des Maï Maï, etc. Même si le FDLR (Front de Libération Rwandaise) et le M23 ont été neutralisés, aucun Etat d’Afrique de l’est n’est suffisamment puissant pour contenir des ennemis qui pourraient traverser les frontières plus facilement.

La population rwandaise s’élève à 12 millions d’habitants pour un tout petit territoire. Le développement démographique futur sera important dans les décennies à venir. D’après le HCR, il y a plus de 100 000 réfugiés dans les pays voisins du Rwanda.[4] Ce dernier rencontre des difficultés dans la création d’emploi et souffre relativement du chômage. Dans ces conditions, on peut se demander si l’intégration socio- politique est possible au niveau de la CAE. La pression démographique et la question de l’intégration des ressortissants rwandais se posent désormais à la région Est de l’Afrique. Ces deux problèmes peuvent ralentir les projets de la CAE.

L’Ouganda et le Rwandais ne sont pas uniquement des lacunes pour la CAE, au contraire, si ces Etats s’entendent sur la question du leadership politique et économique, de la même façon que l’Allemagne et la France, ils peuvent rapprocher la région de ses rêves d’intégration et de coopération. Ces deux Etats restent des PED[5], cependant ils ont les mêmes ambitions que les 4 dragons asiatiques.[6] Si l’industrialisation n’est pas aussi intense, on peut constater un peu moins de 20 ans après le génocide une forte expansion de la capitale, mais encore la forte croissance du secteur bancaire, du tourisme, et du BTP. Le Rwanda et l’Ouganda enregistre respectivement en 2012 une croissance de 8 et 8,2%.[7] Ils peuvent stimuler mutuellement leur croissance grâce à la mise en commun de leurs marchés et espérer atteindre une croissance à deux chiffres.

Il faut prendre en compte un obstacle à l’intégration politique et économique de l’Afrique de l’Est. Il s’agit d’un bloc régional très hétérogène. Les pays membres de la CAE n’ont pas les mêmes caractéristiques économiques : Le Rwanda et le Burundi enregistrent les moins bons résultats : Le Burundi a même une faible croissance de 1 % et reste encore très pauvre comparé à l’Ouganda et au Kenya. Le Kenya produit 30 fois plus que le Burundi. De telles disparités doivent être prises en compte pour se demander si les Etats membres de la CAE peuvent véritablement s’unir ou plutôt devenir des adversaires.

L’intégration européenne fut longue. Elle est loin d’être aboutie. La CAE doit continuer d’uniformiser sa zone. Si l’on compare cette région économique avec d’autres, on remarque qu’elle reste encore en retrait vis-à-vis de l’intégration : Il suffit d’observer l’indice d’intégration sur ce continent.

indice integration

 

On remarque une évolution de l’indice d’intégration de 1994 à 1999, il est certainement plus important durant les années 2000 puisque c’est le moment réel du projet de suppression des barrières douanières et celui de l’élargissement. Le niveau d’intégration de la CAE reste bien plus faible que celui des autres régions. On peut dire en conclusion que si les membres de la CAE présentent un certain nombre d’atouts et portent en eux la volonté de s’unir, la communauté se confronte à un certain nombre d’obstacles : L’échec de l’union monétaire de 2012 traduit le mieux ces difficultés politiques.

Les mots clés de la Thèse : « Intégration », « Hétérogénéité », « Obstacles », « Adversaires », « Leadership ».

 

Bibliographie.

 

Sitographie

Site Institutionnel.

–          http://www.unhcr.fr/pages/4aae621d571.html : 12/12/13

–          http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.MKTP.KD.ZG

–          http://www.eac.int/

–          http://www.wcoomd.org/fr/about-us/partners/~/media/0CF174AC1E654AB589B0B22D81E3863C.ashx

–          http://www.oecd.org/investment/investmentfordevelopment/41775895.pdf

Média.

–          http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130924.OBS8267/kenya-retour-sur-4-jours-de-prise-d-otages.html

Diplomatie et géopolitique.

–          http://www.diploweb.com/-Afrique-M-O-.html

–          http://www.malango-ocean-indien.fr/instances_internationales/communaute_est_africaine_eac.htm

Ouvrage

Philosophie de l’Histoire.

HEGEL Georg Whilem Friedrich, La Raison dans l’histoire, Edition 10/18, Département d’Univers de Poche, Trad. K. Papaioannou, 1965.

Matthieu Remonnay, Promotion Master 2 Relations Internationales « Expertise Internationale », Université Jean Moulin 3.


[1] HEGEL Georg Whilem Friedrich, La Raison dans l’histoire, Edition 10/18, Département d’Univers de Poche, Trad. K. Papaioannou, 1965.

[5] Pays en Développement.

[6] Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan.


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