Est-ce qu’un axe sino-russe peut mener les Etats-Unis à la banqueroute ?

« Can a China-Russia Axis Bankrupt the US? »

Présentation du journal The Diplomat

«The Diplomat » est un magazine internet basé à Tokyo qui se concentre sur des affaires d’actualité, notamment sur des sujets politiques, sociétaux et culturels de la région de l’Asie Pacifique. Ce magazine créé en 2001 présente des analyses faites à la fois par des correspondants réguliers mais aussi par des invités.

Présentation de l’article

L’auteur est J. Michael Cole, un journaliste expert des problématiques militaires du Nord Est de l’Asie et du détroit de Taiwan. L’article est très récent, il a été écrit le 20 décembre 2013.

Traduction de l’article

Est-ce qu’un axe sino-russe peut mener les Etats-Unis à la banqueroute ?

 

Selon Yang Jiechi, conseiller d’Etat chinois, et Nikolai Platonovich Patrushev, Secrétaire du Conseil de Sécurité de la Russie, 2013 a été « une année de récolte » pour les relations sino-russes. C’est aussi une année marquée par les tensions entre les deux pays et l’Occident, situation qui risque visiblement de se détériorer en 2014.

Beaucoup d’encre a coulé ces dernières années sur la façon dont deux guerres difficiles en Irak et en Afghanistan ont sapé l’économie américaine, laissant le champ libre à la Chine. Pendant cette même période, la Chine jouissait d’une croissance économique à deux chiffres et d’un environnement sécuritaire relativement stable, s’imposant comme l’hégémonie en Asie. Pendant que le pays de l’Oncle Sam dépensait des milliards de dollars dans des guerres sans issue dont il peinait à s’extraire, Pékin engrangeait les bénéfices de sa « croissance paisible » en construisant son économie, résolvant les conflits territoriaux de longue date avec ses voisins, consolidant les liens avec les petits pouvoirs de la région, et neutralisant la perspective d’un conflit armé avec Taïwan.

Conséquemment, lorsque la Chine commença à « rouler des mécaniques » à l’Est et au Sud de la mer de Chine, la stratégie de « pivot » ou de « rééquilibrage » des Etats-Unis n’a pas impressionné Pékin. Premièrement, il était clair que l’intérêt renouvelé de Washington pour l’Asie de l’Est ne serait pas, du moins à moyen terme, accompagné par une volonté de leur accorder suffisamment de capital et de ressources pour faire de la stratégie de pivot une riposte viable à l’essor chinois. Comme Pékin et un certain nombre d’experts américains l’avaient prédit, le rééquilibrage tenait plus de l’utopie et de l’exercice académique que de la réelle stratégie possible à mettre en œuvre. C’est la raison pour laquelle Pékin a peu subi de conséquences quand il a menacé de modifier le status quo dans la région comme avec la déclaration du 23 novembre visant à étendre son « ADIZ » (Air Defense Identification Zone) à l’Est de la mer de la Chine. (Tout porte à croire qu’une stratégie pivot implanté en Asie aurait dissuadé Pékin, qui ne cherche de toute évidence pas à déclencher de guerre, d’entreprendre de telles mesures.)

En travaillant main dans la main, la Chine et la Russie pourraient s’assurer que si la stratégie américaine prend un jour forme, elle resterait stérile et inefficace. Pour ce faire, ils pourraient impliquer les américains dans davantage de conflits militaires, diminuant ainsi leurs ressources déjà bien entamées. Il y a quelques années, Bobo Lo, un membre de la Chatham House (l’équivalent anglais du Conseil des relations étrangères américain), proposa le terme « axe de profitabilité » pour décrire la relation sino-russe. Cinq ans après la publication de son livre du même nom, leur relation n’a jamais été aussi avantageuse. Pour l’instant, Pékin et Moscou semblent avoir mis de côté leurs conflits territoriaux et coopèrent d’un point de vue stratégique dans l’espoir de repousser les Etats Unis hors d’Asie.

La Chine a déjà largement attiré l’attention avec sa stratégie « accès refusé » (« Anti-Access/Area Denial »), notamment avec ses missiles défensifs anti-bateaux DF-21D ainsi qu’à présent l’extension de son « ADIZ ». Cependant, les efforts de la Russie pour maintenir les Etats Unis à distance sont passés plus inaperçus. Il est intéressant de noter que deux semaines après l’annonce chinoise concernant l’ADIZ, le président russe Vladimir Poutine, lors d’une réunion avec des hauts gradés militaires, a déclaré vouloir renforcer la présence russe en Arctique, terre potentiellement riche en ressources. Plus tôt dans le mois, et un peu plus d’une semaine après que la Chine a créé la surprise avec ses mesures « ADIZ », la marine russe annonçait que l’Arctique serait sa priorité pour 2014. Comme The Diplomat l’avait rapporté plus tôt ce mois-ci, la Russie y déploie actuellement sa défense aérienne ainsi que des forces au sol, et construit à présent un système perfectionné de détection de missiles près de Vortuka dans l’extrême Nord, parmi d’autres innovations.

La présence accrue de l’armée russe en Arctique –qui tend à devenir une région stratégiquement importante- va certainement contraindre les Etats Unis à réagir (ils ont déjà prévu d’augmenter leur emprise dans la région). Cependant, si ce qu’on pourrait appeler le « rééquilibrage en Arctique » avait effectivement lieu, le budget militaire des Etats Unis n’en serait que davantage affaiblit. Par conséquent, le budget alloué au « pivot » en Asie se verrait diminué.

Pendant ce temps, l’armée russe a confirmé le 16 décembre avoir déployé des systèmes de lancement de missiles nucléaires Iskander-M, d’une portée de 400 kilomètres, dans leur exclave baltique de Kaliningrad, et le long de ses frontières avec les membres de l’OTAN suivant : la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Le weekend précédent, une imagerie satellite avait déjà révélé la présence de 10 de ces bases de lancement dans l’exclave. Bien que le président Poutine nie le déploiement du 19 décembre, les actions russes laissent à penser que le pays cherche à étendre ses opérations militaires dans ces régions de l’Ouest, ce qui inclut également une grande partie de la Russie occidentale.

La question se pose maintenant de savoir si Washington a les moyens d’augmenter les dépenses militaires sans mener le pays à la banqueroute. Il lui sera impossible de réagir à la fois à la résurgence de la Chine dans l’Asie de l’Est et du Sud Est, où il est attendu que la Chine annonce un second « ADIZ », et à une présence russe renforcée en Arctique et près des Etats baltiques. Ou bien les Etats Unis se concentreront sur l’un des deux, ou ils essayeront d’être présents sur tous les fronts mais dans ce cas avec des ressources moins qu’optimales. Leur choix se portant par défaut sur la deuxième solution, la Chine et la Russie bénéficieront de cette confrontation avec un adversaire divisé et distrait. À moins qu’ils ne réussissent à couper les jambes des Etats Unis en les poussant à trop dépenser –sauf si d’autres nations comme le Japon ou les membres de l’OTAN se mettent d’accord pour étendre leur propre budget militaire, ce qui semble peu probable. De plus, des doutes subsistent sur l’intention des japonais de légiférer de façon à partager la facture militaire avec les Etats-Unis, comme envisagé ici.

La question de savoir si les Etats-Unis ont le droit d’interférer dans les affaires russes et chinoises constitue un autre débat. Mais ce qui est clair, c’est qu’une nation américaine déjà affaiblie, dont la capacité à relever le défi asiatique est déjà compromise, semble à présent sur le point de faire face à une problématique sino-russe multidirectionnelle laquelle si elle n’est pas contrée efficacement requerra un bon nombre de « pivots ». La capacité de l’économie russe à financer une campagne militaire d’envergure suffisante pour susciter un réalignement américain reste soumise à question, bien que l’autorité grandissante du gouvernement russe les rende moins vulnérable que Washington au mécontentement populaire vis-à-vis des dépenses monstrueuses en ces temps d’austérité.

La Russie ainsi que la Chine ont étudié de près la fin de la Guerre Froide, plus précisément comment les Etats-Unis ont vaincu l’URSS en la menant à la banqueroute. Deux décennies plus tard, il semblerait que Moscou et Pékin s’apprêtent à rendre la pareille.

Commentaire

L’auteur présente dans cet article les menaces qui pèsent sur les intérêts américains, ou comment un axe sino-russe serait en pouvoir de renverser le pays de l’Oncle Sam, dont la domination économique est incontestée depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Le président Obama est bien conscient que son pays doit réagir et met en place une stratégie de « rééquilibrage » en Asie qui correspond à un ensemble de mesures pour tenter de gagner du contrôle sur la région chinoise. J. Michael Cole doute cependant de la capacité financière des Etats-Unis à pouvoir jouer à la fois contre la Russie –qui s’étend en Arctique et s’arme à Kaliningrad- et la Chine qui tend elle aussi à étendre son pouvoir grâce à son essor vertigineux. L’axe sino-russe pourrait donc mener les américains à la faillite, comme ces derniers l’avaient fait envers l’URSS lors de la Guerre Froide.

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