Le poids des communautés religieuses sur la politique des Etats-Unis

Les États-Unis d’Amérique sont aujourd’hui une république fédérale constituée d’une union de 50 États, dont 48 sont adjacents, situés entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique, et bordés au nord par le Canada et au sud par le Mexique. Les deux derniers États sont l’Alaska, situé à l’ouest du Canada, et Hawaii, un État insulaire situé au milieu de l’océan Pacifique. La capitale fédérale, Washington, est située dans le District de Columbia. Sa superficie est de 9 630 000 km² (4ème pays le plus vaste du monde) pour une population de 318 millions d’habitants (3ème le plus peuplé) (2013).

 

Avec une histoire d’immigration qui remonte aux tous premiers colons, les États-Unis sont devenus, au fil du temps, un territoire culturellement, ethniquement et donc religieusement très hétérogène. En effet, l’exemple des « Pilgrims Fathers » met en avant les raisons religieuses des toutes premières vagues d’immigration et laisse supposer l’influence de l’importation de ces diverses doctrines sur le sol américain. Le thème de la religion semble alors indispensable à la compréhension de la société américaine, car perçus comme une terre de refuge garantissant une liberté religieuse, les Etats-Unis jouissent aujourd’hui d’une grande variété confessionnelle et d’un dynamisme religieux étonnant. En dépit d’une soi-disant stricte séparation des Églises et de l’État, il est par exemple fréquent de trouver une Bible dans les chambres d’hôtel, ou d’entendre le président américain évoquer Dieu dans ses discours. De même, le célèbre « In God We Trust », devise nationale officielle des États-Unis figurant sur tous les billets et sur toutes les pièces de monnaie américaine, montre l’omniprésence de la religion dans le quotidien du peuple américain.

 

Ainsi, aujourd’hui encore, les différentes confessions religieuses présentes dans la culture américaine sont très impliquées dans la vie sociale et politique de la nation.
Nous pourrions alors nous demander dans quelles mesures les communautés religieuses influencent-elles les politiques intérieures et extérieures des Etats-Unis ?
Les communautés religieuses aux Etats-Unis

 

Histoire

La religion tient une place prépondérante aux Etats-Unis, notamment du fait de son histoire, comme vu en introduction, avec les « Pilgrims Fathers » qui se sont installés sur la côte Est afin de fuir les persécutions religieuses en Europe. En effet, même si les références à Dieu sur le « Mayflower Compact », les Etats-Unis forment aujourd’hui un Etat laïc. Cette caractéristique est clairement évoquée dans le 1er amendement: « Le Congrès ne pourra faire aucune loi ayant pour objet l’établissement d’une religion ou interdisant son libre exercice, de limiter la liberté de parole ou de presse, ou le droit des citoyens de s’assembler pacifiquement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour qu’il mette fin aux abus »

 

A ce sujet, Jefferson évoque également un « mur » de séparation entre l’Etat et l’Eglise dans une de ses lettres de 1802. Au cours des années 1740 à 1770 a lieu ce qu’on appelle le « Great Awakening », le grand réveil, c’est-à-dire un « regain de vie religieuse » ce qui donna naissance à une version plus moderne du protestantisme, religion aujourd’hui dominante au sein de la société américaine. Les « évangéliques », c’est à dire les membres de l’église protestante, se déclinent en plusieurs dénominations (baptiste, méthodistes etc).

 

Les religions aux Etats-Unis aujourd’hui

On appelle communauté religieuse un « groupe de personnes partageant la même religion et les même pratiques religieuses ». Aujourd’hui, on constate que le pays est extrêmement diversifié du point de vu de ses confessions religieuses. En effet, on trouve une foule de dénominations religieuses, comme l’explique Camille Froideveaux-Metterie : des catholiques, des protestants évangéliques, des protestants « mainline » (c’est-à-dire, qui descendent des protestants luthériens et calvinistes), des mormons, des juifs, des témoins de Jéhovah, des bouddhistes, des musulmans, des orthodoxes, des hindous, et enfin les athées et agnostiques.

Le paysage religieux est donc très varié, sans compter toutes les variations que comprend le christianisme. Si les américains issus des premières vagues d’immigrations étaient appelés les « WASP », White Anglo-Saxons Protestants, on remarque cependant que, par la suite, le catholicisme a eu tendance à s’affirmer, notamment grâce à l’immigration irlandaise, et plus récemment hispanique. En effet, les latino-américains représentent désormais la première minorité des USA. Au niveau statistique, une étude a été réalisée par le Pew Research Center en 2007 sur les appartenances religieuses des américains : 75 % des Américains seraient chrétiens (dont 52 % protestants et 23 % catholiques), 16 % n’auraient pas de religion. Il y aurait également 2% de juifs, 1% de musulmans, et 2% de mormons. Ces différentes confessions sont réparties de façon inégale sur le territoire américain.

 

Les organisations religieuses

Les croyants se regroupent en organisations afin de militer pour défendre leurs intérêts. Selon infocatho.be, il y aurait « près de 200 groupes religieux » qui agiraient sur les affaires de l’Etat aux Etats-Unis.
Certaines de ces organisations prônent un mode de vie proche des valeurs religieuses du protestantisme : Family Research Council, Concerned Women in America, National Right to Life, Home School Legal Defence Association, CitizenLink. Notons également l’organisation Bread for the world qui est une organisation chrétienne se battant contre la faim dans le monde. Il y a également deux importantes organisations juives : American Israel Public Affair et American Jewish Comitte.
Ces organisations pèseraient près de 390 millions de dollars.

 

Leurs influences sur la politique des Etats-Unis

 

Selon le dictionnaire Larousse, la politique est « l’ensemble des options prises collectivement ou individuellement par les gouvernants d’un Etat dans quelque domaine que s’exerce leur autorité ».

 

La politique intérieure des Etats-Unis

De nombreuses communautés religieuses cohabitent depuis des décennies sur le territoire des Etats-Unis. Formés à la suite de réformes du gouvernement, de nombreux groupes de pressions tentent de défendre les intérêts de ces communautés, par les urnes notamment, mais aussi en réagissant aux diverses décisions prises par l’Etat.

 

Les Etats-Unis fonctionnent sur la base d’un système fédéral. Cela implique que chaque Etat peut légiférer différemment sur certains points. Par exemple, les programmes et manuels scolaires sont différents, et font même l’objet de débats religieux, comme on a pu le voir avec l’enseignement de la théorie de l’évolution, qui a fait polémique au Texas.

Les trois pouvoirs y sont séparés, et l’on y élit le président par suffrage universel indirect. Le congrès est un organe législatif bicaméral : on y trouve la chambre des représentants et le sénat.

 

Le président exerce le pouvoir exécutif, et est issu d’un des deux grands partis politiques : le parti républicain et le parti démocrate.

L’ensemble de ce système peut également être influencé par des groupes de pressions, appelés « lobbies ». Il faut tout d’abord savoir que les lobbies sont tout à fait légaux. Aux Etats-Unis, il y a un lobby des armes, un lobby du tabac, du pétrole etc. Une des formes de lobby bien représentées aux USA sont les organisations religieuses, qui se sont formées, pour nombre d’entre elles, en réaction à des décisions politiques qui allaient à l’encontre des principes religieux d’une partie de la population.
Cela est particulièrement visible dans les années 70 lorsque la cour suprême légalise l’avortement : c’est un séisme dans les milieux protestants conservateurs, qui réagissent en créant des lobbies. Comme le mentionne Camille Froideveaux-Metterie, 26 lobbies protestants sont créés entre 1971 et 1980 (en comparaison, entre 1800 et 1970, seulement 7 groupes avaient été créés). On peut citer l’organisation « Moral Majority », particulièrement active, qui avait été créé en 1979 par Jerry Falwell, et qui tend à la recherche d’une certaine rigueur morale, et à la valorisation de la famille.
C’est également à cette période qu’a été accordée la mise sur le marché de la pilule, tandis que des organisations militaient pour que soient donnés des cours d’éducation sexuelle à l’école : les évangéliques entrent donc en politique en réaction à ces décisions.

 

Les communautés religieuses sont un point important de la vie politique américaine, ce qui est particulièrement vrai lors des élections, notamment présidentielles. Par exemple, la National Association of Evangelicals, qui regroupe différentes églises, recense « près de 30 millions de fidèles», ce qui constitue un électorat non négligeable. Voici quelques élections et mandats de présidents marqués par la religion :

–          Kennedy : lors de sa campagne électorale, un des plus grands challenges de Kennedy fut de rallier à sa cause le vote des protestants, alors que lui-même était catholique. On craignait notamment qu’un président catholique se retrouve facilement influencé par l’Eglise. C’est malgré cela un des présidents américains qui insista le plus sur la séparation entre la religion et l’Etat.

–          Reagan : en 1980, la droite chrétienne déclare son soutien au parti républicain, ce qui apporte 4 millions de voix à Reagan lors des élections de 1984. Il voulait également que les enfants puissent prier à l’école, comme l’explique l’auteur de Religion and the American Presidency. Celui-ci considère également que c’est sa foi qui lui a donné la confiance nécessaire pour combattre le bloc soviétique. Cependant Reagan était aussi entouré de conseillers catholiques, il était divorcé et n’allait pas à l’Eglise de façon régulière.

–          George W. Bush : la politique intérieure durant les deux mandats de George W. Bush a été marquée par la religion. En effet, ce président n’hésitait pas, dès sa campagne électorale, à faire référence à ses croyances. Avant même de se présenter aux élections présidentielles, alors qu’il était gouverneur du Texas, il avait autorisé une organisation chrétienne à organiser des programmes basés sur la foi dans les prisons de l’Etat. Lors d’une émission télévisée de 1999, alors qu’il était confronté à d’autres candidats, on lui a demandé le nom d’un philosophe qui avait influencé sa vie, question à laquelle il répondit « Le christ, car il a changé mon cœur ». Il déclara également que le pays devait « accueillir la présence de personne de foi dans l’arène politique ». La foi de G. W. Bush n’était pas nouvelle puisque, dès la campagne de son père, c’est lui qui avait été chargé de convaincre les leaders évangéliques à se rallier à sa cause. Mais c’est surtout ses discussions avec Billy Graham, un ami de la famille et leader chrétien, qui ont orienté ses croyances religieuses. Pendant sa première année en tant que président, G. W. Bush encouragea les organisations religieuses, notamment en leur fournissant les finances nécessaires, à prendre en main des problèmes sociaux tels que l’addiction aux drogues.

–          Romney : Mitt Romney a fait parler de lui lors de la campagne de 2012, notamment à cause de son appartenance à la communauté mormone. Cela impliquait, pour ce candidat républicain, de ne pas consommer de drogue, d’alcool, ou de café par exemple. Au début, la polygamie était également admise dans cette communauté, mais elle est devenue très minoritaire du fait de son interdiction aux USA. Même en Amérique, les mormons n’ont pas une image très positive. Le fait que Romney appartienne à cette minorité religieuse a pesé sur la campagne électorale de 2012, puisque les évangéliques retrouvaient malgré tout beaucoup de valeurs communes avec les croyances du candidat républicain.

–          Barack Obama : Obama inclut aussi les athées à ses discours (« les croyants n’ont pas le monopole de la moralité » a-t-il déclaré à ce sujet), et semble plus détaché de la religion que son prédécesseur.

 

Notons que lors des élections, les lobbies ne se contentent pas de donner leurs voix au candidat qui défend au mieux leurs intérêts, mais ils peuvent également financer une partie de leur campagne.

 

La santé peut également jouer un rôle indirect et favoriser les tensions entre différentes communautés. En effet, l’un des programmes phares de Barack Obama fut la réforme « Obamacare », qui consiste à étendre la couverture santé au plus grand nombre : les personnes âgées mais aussi les travailleurs qui ne gagnaient pas assez pour financer une assurance santé. Une des mesures prises dans le cadre de cette réforme est le remboursement dans leur intégralité des moyens de contraception, mais c’est une mesure parfois difficile à appliquer, comme nous l’avons vu avec le cas Hobby Lobby : ce magasin avait refusé de rembourser la pilule du lendemain et le stérilet pour ses employées, en invoquant ses croyances religieuses. La cour suprême a donné raison à l’entreprise, car l’obliger à rembourser ces frais serait contraire à « la loi sur la liberté de religion ». La contraception est donc un terrain de désaccords entre le 1er amendement et la politique de Barack Obama.

Aujourd’hui, un des débats mené de front par les lobbies religieux, notamment le « Right to Life Commitee », porte sur l’avortement. L’avis des américains n’est pas clairement tranché sur la question : en 2014, 46% se déclaraient pro-life et 47% pro-choice .Notons que, même si le parti républicain tend à être pro-life et le parti démocrate pro-choice, des organisations existent cependant pour démentir ces stéréotypes : la Republican Majority for choice par exemple.

La politique étrangère / extérieure des Etats-Unis

 

On appelle « politique ��trangère » d’un Etat l’action menée par celui-ci en vue d’établir des relations diverses avec d’autres États. Ces relations peuvent être de nature coopératives, commerciales, diplomatiques, militaires, etc. Sous contrôle gouvernemental, c’est le Ministre des affaires étrangères de chaque pays qui conduit effectivement la politique extérieure. (Ron PAUL, 2007) Par exemple, ces actions peuvent correspondre à l’envoi de forces armées, au soutien logistique ou diplomatique apporté à certains Etats, ou encore à la lutte internationale contre les différents trafics (stupéfiants, armes, produits du braconnage êtres vivants, etc),

Les Etats-Unis sont une nation qui s’est réalisée sur une base religieuse et idéaliste. Cet héritage religieux a fait émerger la conception « d’exceptionnalisme » américain, qui représenterait le gouvernement le plus abouti et le plus parfait, justifiant l’idée d’une «destinée manifeste» des Etats-Unis. Cette idéologie consiste à diffuser le système de valeurs et de gouvernement américain à travers le monde, afin de le faire progresser à son image. L’idée d’une mission civilisatrice des Etats-Unis se justifie par leur modèle de développement infaillible basé sur la démocratie libérale et la foi chrétienne. Pour le géopoliticien Yves Lacoste, la «manifest destiny», c’est : « [le] destin, [le] rôle que Dieu aurait manifestement confié à l’Amérique de développer les valeurs de liberté, de justice et de progrès, de les étendre le plus possible et de les défendre contre toute tyrannie ».

 

Ainsi, aux fondements de la politique étrangère américaine se trouve un concept contenant une forte connotation religieuse (qui n’a jamais quitté les orientations politiques des Etats-Unis) et ayant pour but de justifier un interventionnisme omniprésent, structurant l’ensemble de la politique extérieure des Etats-Unis autour de ses interventions internationales.

Mais alors, quand et comment la religion a-t-elle pu influencer les initiatives interventionnistes des Etats-Unis et structurer sa politique extérieure ?

 

La religion au cœur même de l’interventionnisme américain

A l’origine peu intéressé par les questions de politique étrangère, l’ex Président des Etats-Unis George W. BUSH (2001-2009), s’est vu imposer un retournement de situation : les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001 ont provoqué un grand changement au niveau de la stratégie internationale des Etats-Unis. Dans un contexte post Guerre Froide, où le monde se reconstruit peu à peu, les Etats-Unis, menés par une équipe gouvernementale néo-conservatrice, ambitionnent à diffuser au monde les valeurs américaines et cherchent donc le moyen de conserver leur marge de supériorité et leur toute puissance mondiale. Ces tragiques évènements ont alors permis au Président Bush de justifier une nouvelle vague d’interventions militaires et ainsi le déclenchement d’une nouvelle forme de conflit. En effet, le soir des attentats, M. BUSH s’adresse au peuple américain depuis la Maison Blanche ; il promet une réponse des États-Unis et de ses alliés aux attentats en déclarant la guerre contre le terrorisme (war on terror) et contre ce qu’il appellera « l’Axe du Mal ».

Nous allons tenter de démontrer ici comment la religion, au travers des croyances et de la foi du président des Etats-Unis, fervent chrétien de culture protestante, a façonné les décisions du gouvernement américain dans sa guerre contre l’Irak.

En effet, si les raisons instinctivement citées pour justifier l’intervention militaire américaine en Irak sont la guerre contre le terrorisme et contre Al-Qaïda, les raisons religieuses ont elles aussi joué un rôle d’une importance insoupçonnée. Tout d’abord, grâce à la foi chrétienne et à la doctrine du « born again Christian » (« renait Chrétien »), Bush a largement été soutenu par les communautés chrétiennes évangéliques lors de ses campagnes électorales, mais aussi lors de ses diverses initiatives sur la scène internationale. De plus, le vocabulaire employé par le Président dans plusieurs discours donne le ton : il évoque une « croisade », guerre religieuse par excellence, dans laquelle les Etats-Unis incarnent le « Bien » et luttent contre le « Mal ». Ainsi la religion lui a permis de légitimer les actions entreprises aux yeux de la société civile américaine. Par ailleurs, lors d’un entretien avec Nabil Shaath, Ministre Palestinien délégué aux Affaires Etrangères, Bush a déclaré : « I am driven with a mission from God. God would tell me, “George, go and end the tyranny in Iraq” And I did. » (« Je suis conduit par une mission de Dieu. Dieu m’a dit, « George, va anéantir la tyrannie en Irak », et je l’ai fait »).

 

Après avoir démontré le poids de la communauté chrétienne, au travers de ses croyants, sur les décisions interventionnistes des Etats-Unis dans la guerre en Irak, nous nous sommes intéressés à l’importance des lobbies juifs dans la société américaine, mais aussi et surtout dans l’engagement américain envers Israël.
Depuis leur arrivée sur le sol américain, les populations juives exercent une influence considérable sur la vie économique, culturelle, intellectuelle et politique du territoire. Bien qu’ils ne représentent que 2% de la population américaine, ils se sont formés en élite en investissant dans l’ensemble des domaines stratégiques de la société américaine : les réseaux de télévision, les studios de cinéma, les chaines de journaux, les grandes firmes, mais aussi l’espace public (LIPSET et RAAB, 1995). Cela a certainement été rendu possible grâce à l’important poids économique et financier que représente cette communauté ; en effet, de nombreux milliardaires américains sont de confessions juives : Michael Bloomberg (8ème fortune mondiale), Sheldon Adelson (12ème fortune mondiale), etc.
Ainsi, du fait de leur importante présence sur la scène nationale étasunienne, les populations juives décident de se regrouper et de former ce que nous appelons aujourd’hui un lobby (ou groupe d’intérêts) afin de légitimer leurs positions et augmenter leur influence sur l’opinion public et les gouvernements. Le plus connu de ces lobbies est l’AIPAC (American Israel Public Affairs Commitee), créé en 1951, en réponse la nécessité de créer un comité pro-israélien suite à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Le lobby, qui compte aujourd’hui plus de 100 000 membres, est engagé politiquement et construit des solides relations avec les membres du Congrès américain, qu’ils soient Républicains ou Démocrates, afin que l’importance de la relation Etats-Unis-Israël ne soit jamais mise de côté, quelle que soit la situation politique du pays. En effet, l’Etat d’Israël a toujours bénéficié d’une politique étrangère américaine favorable à ses intérêts. Et il est évident que cette situation, aujourd’hui qualifiée d’amitié « indéfectible, éternelle et unique » entre les Etats-Unis et Israël (OBAMA, campagne présidentielle de 2012) peut s’expliquer grâce l’AIPAC ; ce groupe de pression est en effet capable d’influencer les décisions sur la politique étrangère américaine en Proche-Orient. Mais comment l’expliquer ?

L’AIPAC est aujourd’hui le lobby le plus influent des Etats-Unis et cela peut s’expliquer grâce à plusieurs variables. Tout d’abord, il s’agit d’une organisation ancrée sur le territoire américain depuis plusieurs décennies, très organisé et soutenue par d’importantes personnalités de la communauté juive. Ces atouts lui permettent d’être capable de mobiliser très rapidement ses membres afin de faire valoir ses intérêts et d’en défendre la cause. Par ailleurs, son budget, qui s’élève à 45 milliards de dollars en 2011, permet de mettre en avant une nouvelle composante de son influence : son poids économique, qui n’est pas sans intéresser les divers décisionnaires américains. En effet, le financement de campagnes, présidentielles ou concernant le Congrès, nécessite de généreux dons de la part d’organisations privées et il semble alors important de s’allier à des organisations dont le poids, politique et économique n’est plus à prouver. L’AIPAC, qui n’est pas sans dissimuler son implication dans le financement de ces campagnes, aurait par exemple reversé plus de 96 millions de dollars, sous la forme de dons, depuis 1990. Nous comprenons alors ici l’intérêt qu’ont les différents partis politiques à obtenir le soutien de ce lobby hyperpuissant. De plus, ses liens étroits avec les membres du Congrès lui allouent une autre forme de puissance : grâce à cette amitié et à ces relations solides, le lobby est capable d’influencer certaines décisions politiques de manière significative. Les membres du Congrès sont, par exemple encouragés à poser un véto contre toute résolution condamnant certaines actions israéliennes ou contre toute mesure non-favorable aux intérêts d’Israël. De la même façon, le lobby se félicite d’avoir bloqué plusieurs résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unis qui critiquaient, dans une certaine mesure, Israël.

Ainsi, grâce à cette influence, le lobby pro-israélien n’a jamais cessé d’influencer la politique étrangère des Etats-Unis ; par exemple, en 2011 se discutait sur la scène internationale la reconnaissance d’un Etat palestinien et de l’éventuelle obtention de celui-ci d’un siège à l’ONU. Or Israël, soutenu par le lobby juif américain voit la reconnaissance d’un Etat palestinien comme une menace pour ses intérêts économiques et sécuritaires, « car [l’Etat palestinien] ne contrôle pas l’ensemble de son territoire, Gaza étant administrée par le Hamas ». Pourtant, même si Barack OBAMA avait prononcé un discours encourageant la reconnaissance d’un Etat Palestinien, Washington s’est par la suite ravisé pour se ranger derrière les revendications juives et poser son veto à la reconnaissance de l’Etat Palestinie .

Nous remarquons donc très clairement l’influence décisionnelle et stratégique de la communauté juive, regroupée derrière divers lobbies, sur la politique étrangère des Etats-Unis. Cependant, cette position de consentement mutuel et de nécessité réciproque, rapproche les deux parties qui voient en cette relation un moyen d’atteindre leurs objectifs respectifs.

Les Etats-Unis sont donc nés d’une immigration qui recherchait, en premier lieu, à pouvoir pratiquer sa foi en paix. Ils ont ensuite mis un point d’honneur, dans leur système législatif, à séparer soigneusement l’Etat du religieux. Aujourd’hui, la foi est une facette importante de la vie des américains, et le territoire abrite une grande diversité religieuse. Par conséquent, on ne peut pas nier que la religion ait une influence importante sur la vie des américains, ainsi que sur la politique.

Même s’il existe de nombreux groupes de pressions issus de différentes communautés religieuses, les communautés évangéliques sont celles qui osent le plus se mettre sur le devant de la scène afin d’influer, avec plus ou moins de succès, sur les projets de lois, et surtout sur l’opinion des autres citoyens américains. Pour ce qui est de la politique extérieure des Etats-Unis, la religion a également eu de forts impacts ; nous pourrions même dire qu’elle a été mise en scène par G. W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001.

Cependant, ces informations restent surprenantes au vue de la puissance, à la fois culturelle, militaire et économique des Etats-Unis : en effet, il est difficile de croire que la première puissance mondiale se laisse influencer jusque dans sa politique extérieure, par des groupes de pression, Cela est d’autant plus surprenant que nous avons vu précédemment que Barack Obama, au pouvoir depuis 2008, tend à mettre plus de distance entre sa politique et la religion, comparé à ses prédécesseurs. Peut-on alors imaginer que ce dernier marque l’amorce d’un changement, et que les élections de 2016 aboutissent à une vraie rupture entre l’Etat américain et les croyances de ses citoyens ?

 

PORTE Evelyne, PLUET Fanny

 

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Ouvrages:
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– FROIDEVEAUX-METTERIE Camille, « Politique et Religion aux Etats-Unis », La découverte, 2009
– M. LIPSET Seymour et Earl RAAB, “Jews and the New American Scene”, 1995

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