Fiche Pays – Bahamas

Les Bahamas, c’est l’Amérique ! C’est ici que Christophe Colomb posa son pied pour la première fois dans le Nouveau Monde, le 12 octobre 1492. L’origine du nom des Bahamas ? L’archipel est entouré de hauts fonds, d’où l’étymologie hispanophone islas de Baja Mar (« îles de la mer basse »). Constitué de plus de 2700 îles, si l’on compte chaque bout de terre un tant soit peu émergé, l’archipel offre une diversité surprenante de paysages. Les guides de voyages parlent d’un « arc-en-ciel de terres plates, frangées de plages et de cocotiers, plantées de forêts sèches et de mangroves, cernées par des récifs coralliens parmi les plus importants au monde. »

Officiellement, l’archipel recense 700 îles et s’étend sur 260 000 km2 à l’ouest de l’océan Atlantique. En tant que membre du Commonwealth, l’archipel a gardé un lien symbolique avec la Grande-Bretagne. La première colonie européenne permanente s’installa en 1647 sur l’île d’Eleuthera. Le commerce des esclaves au XVIIIe siècle conduisit à l’arrivée de nombreux Africains aux Bahamas. Leurs descendants représentent aujourd’hui 85 % de la population bahamienne. Les Bahamas devinrent indépendants du Royaume-Uni le 10 juillet 1973.

Avec ses 270 ans de démocratie parlementaire ininterrompue, la nation des Bahamas est l’une des plus stables politiquement du monde. A travers cette fiche pays, nous nous intéresserons à l’économie de l’archipel, à sa culture, ses risques et ses potentialités de développement.

1. Introduction

L’intitulé officiel du pays est « Commonwealth of the Bahamas » et la capitale est Nassau.

Le drapeau, présenté en haut de page, est constitué de trois bandes colorées et d’un triangle noir sur la gauche. La bande centrale symbolise les étendues de plages du pays et les parties bleu-ciel inférieure et supérieure représentent tout simplement la mer turquoise. Le noir est synonyme de vigueur et d’unité du peuple, sa forme triangulaire quant à elle renvoi à l’entrepreneuriat et la volonté du peuple d’exploiter au mieux les ressources terrestres et marines qu’offre le territoire.

Le marlin bleu, semblable à l’espadon, ainsi que le flamant rose sont deux symboles nationaux.

L’Etat est une monarchie parlementaire, avec à sa tête la Reine Elisabeth II du fait de l’appartenance du pays au Commonwealth. La gouverneur-général des Bahamas est également une femme, il s’agit de Marguerite Pindling.

L’anglais est la langue officielle du pays et le Créole est utilisé également, surtout chez les immigrés haïtiens. La monnaie est le dollar bahaméen ($ BSD).

85 % des habitants des Bahamas sont d’origine africaine, 12 % sont blancs, 3 % Hispaniques et Asiatiques d’immigration récente. On note par ailleurs la présence d’une communauté grecque.

Quelques chiffres démographiques (PopulationData.net)

  • Population : 396 134 habitants (2017)
  • Superficie : 13 962 km²
  • Densité : 28,37 habitants / km²
  • PIB (palmarès : 144e) 8,854 milliards $USD (2015)
  • PIB/habitant : 22 817 $USD (2015)
  • Indice de développement humain (IDH) : 0,792 (61e rang mondial)

Les Bahamas est donc l’un des pays les moins peuplés de la planète. Il apparait en effet au 182e rang mondial. Les trois quarts de sa population sont concentrées à Nassau, la capitale. En revanche, il accueille un nombre de touristes exceptionnel : en 2015, environ 6 millions de touristes ont visité le pays.

2. Évaluation du risque politique

  • La stabilité du gouvernement et des institutions

Comme on l’a dit précédemment, Avec ses 270 ans de démocratie, la nation des Bahamas est l’une des plus stables politiquement du monde. En effet selon différents cabinets de services offshores, les Bahamas sont considérés comme un pays stable politiquement et le degré de liberté politique du pays est noté 1 sur 7 ce qui signifie qu’il compte parmi les plus libres du monde ce qui rend le pays plus stable du fait qu’il n’existe pas de pressions particulières sur le gouvernement.

  • Les conditions socio-économiques

Après avoir été fortement touchés par la crise financière mondiale, les Bahamas ont retrouvé une croissance économique positive. Les prévisions pour l’année 2017 sont quelque peu plus optimistes, avec un taux de croissance attendu de 1,2% (Banque Centrale des Bahamas). Les Bahamas ont un PIB per capita très élevé (le troisième des Amériques), et dépend fortement de la situation économique des États-Unis. La nation possède très peu de ressources naturelles et son économie est largement dépendante du tourisme qui représente environ 60% du PIB et emploie directement ou indirectement la moitié de la main d’œuvre du pays. Les services financiers constituent le second secteur en termes d’importance, avec environ 35% du PIB.

Le taux d’inflation était de 2,70% en 2016, alors que les Bahamas souffraient d’un taux de chômage relativement élevé, atteignant 11,6% fin 2016 contre 14,8% en 2015.

  • Les conflits internes

Le pays ne connait pas de conflits internes majeurs. Cependant, il apparait comme un lieu de transit des drogues et de la clandestinité. En effet, du fait de sa proximité avec les Etats-Unis (l’archipel de Bimini est à seulement 80 km de la Floride), un grand nombre de clandestins tentent de rejoindre l’eldorado américain depuis les Bahamas. La marijuana et la cocaïne en provenance des pays d’Amérique du Sud transitent fréquemment l’archipel pour la même raison.

Le système bancaire Bahamien est parfois assujettit au blanchiment d’argent, c’est pourquoi le FMI a récemment recommandé l’amélioration de la perception fiscale.

  • Les pressions ethniques

La communauté haïtienne représente  approximativement 25% de la population bahamienne. Ce taux élevé d’immigrantes et d’immigrants haïtiens, installés dans des conditions irrégulières dans les îles des Bahamas, est perçu comme une menace par de nombreux Bahamiens. « Les migrants haïtiens sont associés à la clandestinité, l’analphabétisme, et la pauvreté. » (p. 38), notent Fielding et al. (2008). La stigmatisation et la marginalisation de cette ethnie est indéniable. Aucune aide de la part des bahamiens, ni de la part du gouvernement haïtien n’est envisagée, conduisant ainsi à une situation misérable de cette ethnie évoluant dans des conditions de vie douloureuses et ce certainement durant de nombreuses années futures.

  • Les conflits externes et pays voisins entrainant un risque potentiel

Malgré la situation de l’ethnie haïtienne en interne, les îles des Bahamas ne sont pas exposées à de conflits majeurs avec des pays voisins au point d’être caractérisés comme des risques potentiels. Du fait du transit clandestin et de drogues, les Etats-Unis gardent un œil tout de même les côtes de l’archipel. Avec Cuba, le différend relatif à la définition des frontières maritimes a été réglé par la signature d’un accord entre les deux pays le 3 octobre 2011. Les rapports étroits, entre Haïti et les îles bahamiennes, datent d’aussi longtemps qu’il existe des hommes dans l’archipel…

  • Le niveau de corruption

Classé 22ème sur 177 pays au niveau de la corruption et avec un score de 71 sur 100, on peut considérer que les Bahamas sont un des pays les moins corrompus au monde, reflétant ainsi la stabilité et la fiabilité des institutions.

  • Les conditions de sécurité dans le pays lié à la criminalité et au terrorisme

Des crimes, parfois violents, sont commis surtout dans les îles de New Providence et de Grand Bahama. On constate une hausse du nombre de touristes qui sont victimes d’agressions, de vols à main armée, de violation de domicile et d’agressions sexuelles dans les villes de Nassau et de Freeport. Des voleurs sont à l’œuvre dans les terminaux de navires de croisière et à l’intérieur ou aux abords des centres de villégiature populaires, même durant le jour.

Et les conditions de sécurité du pays ne vont pas en s’améliorant, en effet, avec un des taux d’homicides les plus élevés de la région Caribéenne, les Bahamas connaissent depuis quelques années une hausse de la criminalité et de la violence notamment dans les grandes villes. Pour faire face à ce problème majeur, le gouvernement a créé de nouveaux tribunaux pour s’occuper des affaires concernant les armes à feu et le trafic de stupéfiant.

Le risque politique et terroriste est qualifié de stable, même si l’on ne peut pas exclure totalement le risque d’attentats.

3. Évaluation des risques économiques et financiers

Données quantitatives (FMI 2016) :

PIB par habitant 24 567 US$
Taux de croissance du PIB 0,3 %
Taux d’inflation annuel 1,0%
Solde budgétaire (en % du PIB) 87,4%
Solde courant (en % du PIB) -76,8%
Dette externe (en % du PIB) 56,3%
Solde commercial -2,3 milliards d’US$ (France diplomatie)
Stabilité du taux de change 1,00 (par rapport à l’US$)

Globalement, l’économie des Bahamas est fortement dépendante de deux facteurs : les Etats-Unis et le tourisme. La crise de 2008 a significativement impacté l’archipel, le pays souffre actuellement d’un taux de chômage élevé atteignant 14,3% et peine à renouer avec la croissance (0,3% en 2016). De nombreux projets immobiliers sont programmés, ainsi que des projets d’infrastructure publics et privés (construction de routes et de réseaux d’adduction d’eau, l’extension de l’aéroport de Nassau, construction du complexe touristique de grande envergure « Baha Mar »). Le PIB par habitant fait des Bahamas le 3ème pays d’Amérique le plus riche derrière les Etats-Unis et le Canada. Les Bahamas ont attiré 6 millions de visiteurs en 2015.

Les Bahamas visent à réduire leur dépendance à un secteur unique, et à développer plus avant leur commerce extérieur. Le gouvernement mène une politique de diversification et de libéralisation de son économie. Malgré ses droits de douane élevés (30,58%) et les lois et réglementations complexes régissant ses importations, le pays jouit d’une politique commerciale libérale.

Le pays offre aux investisseurs un environnement politique démocratique, des conditions fiscales attrayantes, une infrastructure établie, une main d’œuvre qualifiée, ainsi qu’une proximité géographique avec les États-Unis. En revanche, les principales faiblesses de l’île sont le manque de diversification économique et la petite taille de son marché intérieur. La qualité de son climat des affaires reste perfectible: le pays se classe 121ème sur 190 (Source : rapport Doing Business 2017 publié par la Banque Mondiale).

4. Évaluation des risques géographiques et environnementaux

Les Bahamas possèdent un climat tropical et leur position géographique caribéenne expose l’archipel à des risques naturels non négligeables tels que les ouragans et typhons. Les tempêtes sont souvent accompagnées d’inondations. Le pays a récemment été touché par l’ouragan Irma, l’un des ouragans les plus puissants à avoir jamais frappé les Bahamas. Même s’il n’a pas provoqué de pertes humaines selon le bilan effectué par les autorités locales, des dégâts matériels ont été recensés comme des chutes d’arbres, de lignes électriques et de toitures.

L’archipel se considère chanceux « d’avoir été  épargné », mais cela n’amoindri pas l’exposition de la zone à des risques naturels élevés.

Les tempêtes et autres catastrophes de ce type ont également des conséquences sanitaires sur les territoires qu’ils touchent. Le principal risque est celui de maladies digestives (diarrhées, vomissements…) liées à la consommation d’eau impropre ou contaminée. Une augmentation des maladies transmissibles par les moustiques est également à craindre. Les mesures générales d’hygiène alimentaire, de prévention contre les piqûres d’insectes et de mise à jour de ses vaccinations (dont tétanos) sont fortement recommandées.

En temps normal, les risques sanitaires et épidémiques restent très limités.

En revanche, l’environnement est négativement impacté par la forte affluence touristique. En effet l’industrie touristique a pour conséquence des externalités négatives qui conduisent par exemple à la destruction du récif corallien entourant l’archipel.

5. Évaluation du Hard power

La Royal Bahamas Defence Force (RBDF) est la marine des Bahamas. En l’absence d’armée terrestre et aérienne, la RBDF constitue à elle seule la force armée des Bahamas. Les rôles de la RBDF sont de défendre les Bahamas, de protéger son intégrité territoriale, de patrouiller dans ses eaux, de fournir une aide lors de catastrophes, de maintenir l’ordre en cas de besoin et d’exécuter n’importe quel ordre émanant du Conseil de Sécurité National (National Security Council). Même si l’effectif de l’armée des Bahamas est limité, son appartenance au Commonwealth lui assure une certaine protection.

Les Bahamas sont membres de l’ONU et du Commonwealth ce qui les relient à de grandes institutions internationales, cependant le pays n’apparait pas comme une nation majeure sur la scène internationale, du fait notamment de sa petite taille. De plus, l’industrie du tourisme représentant 60% du PIB, l’économie est assez cloisonnée et le pays ne possède pas d’atouts technologiques et ne pratique pas de politiques d’innovation industrielle.

6. Évaluation du Soft power 

A l’instar de son hard power, le soft power Bahamien n’a pas d’impact significatif majeur sur la scène internationale. En revanche, le pays est reconnu mondialement comme une zone touristique attractive, offrant aux visiteurs un archipel d’environ 700 îles doté d’un récif corallien exceptionnel, des eaux turquoise et un ensoleillement propices à l’épicurisme. La beauté des paysages interpelle également certains réalisateurs : de nombreuses scènes cinématographiques sont tournées sur l’archipel. Les réalisateurs de célèbres films comme « Pirates des Caraïbes » ou encore « James Bond Casino Royale » ont ainsi profité des eaux cristallines et du climat chaleureux des Bahamas pour réaliser ces films à succès mondial.

D’un point de vue entrepreneurial, le pays est considéré depuis environ un siècle comme un véritable paradis fiscal. Le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) a révélé en 2016 des documents concernant plus de 175 000 sociétés offshores enregistrées aux Bahamas.

Le pays est contrôlé jusqu’au milieu des années 1960 par les « Bay Street Boys », un groupe de business men et d’avocats se réunissant sur Bay Street, qui écrivent des lois favorisant le zéro taxe : pas d’impôt sur le revenu, sur les sociétés, sur les plus-values, sur les successions, etc.

Au cours des années 1970, les Bahamas deviennent un centre bancaire international important. L’une des raisons tient à l’augmentation du trafic de drogue passant par le pays et les nécessités du blanchiment.

Aujourd’hui, le secteur financier représente environ 30 % de l’économie. Le pays est considéré comme ouvert à la circulation de l’argent sale. Il fait partie des derniers paradis fiscaux à ne pas vouloir s’engager dans le processus multilatéral engagé par l’OCDE d’échange automatique d’informations fiscales. Les autorités acceptent d’échanger uniquement sur la base de conventions bilatérales, ce qui leur permet de choisir quelles informations donner à qui. Bref, même si son poids financier s’est réduit au fil des ans, pointant vers la 20e place des flux bancaires internationaux, les Bahamas restent un paradis fiscal et un territoire peu coopératif.

En définitive, les Bahamas sont reconnus principalement par leur fiscalité et leurs atouts géographiques, la reconnaissance médiatique et culturelle étant quasi nulle.

7. Conclusion

Suite à cette analyse globale du pays, on peut conclure en affirmant que les Bahamas possèdent une économie naturellement non diversifiée. La nation jouit d’un joyau touristique qu’il exploite au mieux. Les projets touristiques prolifèrent et les investisseurs étrangers semblent intéressés par le potentiel de l’industrie du tourisme.  Cependant, à l’image du projet de construction du plus gros complexe hôtelier de l’archipel, le Baha Mar Resort and Casino, la menace de la dépendance aux Etats-Unis n’est pas à négliger.  Le complexe devait devenir l’un des lieux de villégiature les plus prestigieux des Bahamas. Aujourd’hui, plus de quatre ans après son lancement, ce projet de 3,2 milliards d’euros financé et construit par la Chine fait face à de nombreux problèmes – tandis que son promoteur local s’est déclaré en faillite aux États-Unis.

Le risque politique semble être assez faible, même si le gouvernement se doit de mettre en place des mesures de sécurité, notamment dans les villes principales où le taux de criminalité ne fait qu’augmenter ces dernières années. Cela pourrait avoir des répercussions désastreuses au niveau de l’attrait touristique de l’archipel et ainsi remettre en cause l’économie du pays. A ce sujet, on pourrait recommander aux décisionnaires de diversifier les activités du pays, par exemple en implémentant des politiques d’innovation.

Globalement, les points d’amélioration du pays concernent l’amélioration de la perception fiscale ainsi que le contrôle des transbordements illicites. Le FMI a notamment pointé du doigt le système bancaire du pays, qui serait fortement assujettit au blanchiment d’argent, point négatif remettant en cause la fiabilité institutionnelle. Enfin, l’archipel des Bahamas doit renforcer la surveillance de son territoire maritime afin d’éviter la problématique de transit clandestin et de trafic de stupéfiants. Malgré ces aspects négatifs, il faut tout de même souligner la bonne santé financière du pays, dont le PIB per capita se positionne à la troisième place des Amériques, ne laissant pas indifférents les populations voisines rêvant d’une vie meilleure.

Analyse SWOT

FORCES FAIBLESSES
·        Tourisme fortement développé

·       Peu de tensions internes

·       3e PIB/hab des Amériques, derrière les Etats-Unis et le Canada

·       Stabilité du gouvernement

·       Perception fiscale

·       Dépendance économique au tourisme

·       Pays limité par sa taille

OPPORTUNITÉS MENACES
·       Appartenance au Commonwealth

·       Relation positive avec les Etats-Unis

·       Territoire attirant les IDE

·       Main d’œuvre qualifiée et infrastructures de qualité

·       Projets touristiques importants

·       Risques naturels

·       Zone de passage de drogue

·       Dépendance à l’économie des USA

·       Situation des immigrés Haïtiens

·       Criminalité grandissante notamment dans les grandes villes

Références

GRAVEL, Nathaie. Géographie de L’Amérique Latine: Une Culture de L’incertitude. Québec, Presses de l’Université du Québec, 340 p.

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