Fiche repère « L’ordre westphalien »

En 1648, les puissances européennes sortent de décennies de guerres politico-religieuses en signant les Traités de Westphalie. Les traités de Münster et d’Osnabrück regroupé sous le nom de Traités de Westphalie ont permis l’établissement d’un nouvel ordre politique : l’ordre westphalien. Le morcèlement de l’Europe en comtés, duchés et provinces laissent ainsi place à l’émergence d’États-nations. Cette nouvelle organisation politique dite interétatique permet aux États limitrophes de respecter l’intégrité des frontières, garantes de paix. Elle résulte également dans la recherche d’un équilibre des puissances qui consiste au fait qu’aucun État ne doit avoir un comportement hégémonique. Les Empires n’ont donc plus leur place dans ce système. L’ingérence est également proscrite.

L’ordre westphalien est-il resté intemporel ? Nous observerons les contours précis de l’ordre westphalien avant de l’insérer dans le cadre temporel.

Définition des mots-clés sous-jacents:

– État-nation : État dont les citoyens forment un peuple ou un ensemble de populations se reconnaissant comme ressortissant essentiellement d’un pouvoir souverain émanant d’eux et les exprimant. (Larousse)

– Ordre : Système des lois et des institutions qui régissent une société, sur le plan politique, économique, judiciaire, administratif… (Larousse)

1) Les principes fondamentaux de l’ordre Westphalien

L’ordre westphalien tel que défini à cette période repose sur six principes fondamentaux.

Tout d’abord, la souveraineté qui donne aux États-nations le monopole de la violence légitime. Celle-ci se traduit dans les faits par le pouvoir régalien qui est exercé par l’intermédiaire de l’armée et de la police.

Deuxièmement, le principe de territorialité qui délimite les ensembles géographiques par des frontières en deçà desquelles le contrôle des États-nation s’exerce.

Troisièmement, seul l’État-nation à la légitimité d’exercer une action de gouvernance au sein de son territoire au détriment de tout autre groupement d’individus. L’ingérence est ainsi proscrite.

Quatrièmement, le droit international a pour source les traités entre États souverains et se voit applicable uniquement à leurs signataires.

Cinquièmement, les conflits entre États-nations doivent faire l’objet d’une déclaration de guerre au préalable. La guerre est ainsi un outil géopolitique aux conventions respectables car basée sur un principe connu de tous.

Enfin, le principe d’équilibre des puissances qui définit que chaque État à le même poids sur la scène internationale. Un petit État ne doit pas se voir imposer des choix par un État plus grand.

La notion d’ordre Westphalien fût un apport indéniable pour la diplomatie européenne et fût également un des éléments précurseurs de l’identité européenne formalisant ainsi les premiers traits du concert des nations. Le droit du plus fort est remplacé par un équilibre entre les États-nations. Une relative stabilité sera ainsi instaurée en Europe.

2) L’ordre westphalien à l’épreuve du temps

a) La réalité historique de l’ordre westphalien du XVII° siècle au XX° siècle

L’ordre westphalien au cours de l’Histoire ne sera pas toujours une réalité absolue.

Au XVII et XVIII siècle, la France sous Louis XIV mène un politique belliqueuse en Europe et réalise des conquêtes territoriales comme la Franche-Comté.

Au XIX siècle, la France cette fois emmenée par l’Empereur Napoléon Bonaparte va conquérir une bonne partie de l’Europe violant la souveraineté des autres nations européennes et rompant ainsi l’équilibre des puissances.

L’ordre Westphalien sera mis à mal de manière plus durable durant le XX° siècle.

Le cas de l’Allemagne nazie qui signa le traité de Munich et qui ensuite reviendra sur ses engagements en envahissant une bonne partie de l’Europe est un des exemples les plus marquants du non respect du principe d’intégrité territoriale et de respectabilité de l’outil géopolitique qu’est la guerre.

Pendant la guerre froide, l’affrontement entre les blocs conduit certains États d’Europe de l’ouest à confier leur sécurité militaire à la puissance hégémonique américaine.

Suite à l’effondrement du bloc soviétique, des États comme la fédération de Yougoslavie se désagrègent laissant place au contrôle d’entité infranationales au détriment de la puissance régalienne légitime.

Ces successions d’événements historiques ont conduit à un délitement de l’ordre westphalien tel que conceptualisé à son origine.

b) L’ordre westphalien face aux enjeux de la mondialisation

Dans un monde de plus en plus complexe et où certains enjeux dépassent les frontières nationales, l’État ne constitue plus un rempart inviolable face aux nouvelles menaces. L’ordre westphalien qui a instauré le principe de légitimité de l’action politique est entré en conflit avec le droit d’ingérence conceptualisé par le philosophe et essayiste Jean François Revel en 1979.

Dans le monde actuel, un État qui limiterait son action politique au sein de ses frontières deviendrait inefficace dans la résolution de problématiques telles que le terrorisme ou le réchauffement climatique qui demandent une approche plus globale.

Cette absolue nécessité de rompre avec la vision westphalienne semble bel et bien être entérinée ces dernières années. La création de califats par les groupes terroristes Daech et Boko Haram a montré la faiblesse individuelle des États face à des organisations dont les moyens humains et financiers sont transnationaux.

Les États sont plus que jamais menacés d’une perte de contrôle de souveraineté et peuvent être dans l’incapacité de la récupérer sans aide extérieure. Des actions d’ingérence de la part d’État tiers sont désormais prises permettant à la fois de venir en aide à des États reconnus par l’ONU et en même temps de défendre leur propre souveraineté à moyen et long terme.

Conclusion

L’ordre westphalien semble aujourd’hui révolu cependant il demeure comme un apport indéniable pour la formation des États-nations et la formalisation d’une approche moderne des relations interétatiques.

Annexes

Traité de Münster 1648, peint par Gerard Terborch

 

774px-Westfaelischer_Friede_in_Muenster_(Gerard_Terborch_1648)

Carte de l’expansion territoriale de la France sous Napoléon 1er: hiatus avec l’ordre westphalien

 

Europe_map_Napoleon_1811

Bibliographie

1648: Westphalie ou la création de l’Europe moderne, Arnaud Blin

La gouvernance au XXIe siècle, Études prospectives par OECD

Géographie et géostratégie militaire, Phillippe Boulanger

Webographie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Trente_Ans

http://www.lesechos.fr/journal20140922/lec1_idees_et_debats/0203790287409-les-conditions-dun-nouvel-ordre-politique-mondial-1045086.php

http://www.diploweb.com/forum/blin.htm

http://www.herodote.net/24_octobre_1648-evenement-16481024.php

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