«  En un certain sens, la politique peut se mettre au service de n’importe quel moyen. Le problème est cependant de savoir si, comme la science, l’art ou la religion, elle ne possède pas un but et des moyens qui lui sont propres. » Julien Freund

Biographie de l’auteur

Julien Freund voit le jour à Henridorff en Moselle le 9 janvier 1921. L’obtention de son baccalauréat à l’âge de quinze ans allait lui ouvrir les portes de l’université lorsque la mort de son père le pousse à devenir l’instituteur du village et la responsabilité d’aîné de gérer sa famille orpheline. Rapidement engagé dans la résistance pour laquelle il s’engage corps et âme, le jeune Julien Freund observe à vingt-trois ans, l’action de Robert Schuman et de Charles de Gaulle et prend le parti d’une réconciliation franco-allemande comme moteur du retour à la paix. Agrégé de philosophie en 1946, maitre de recherche en sciences politiques jusqu’en 1965, Julien Freund sera ensuite professeur de sociologie suite à la soutenance de sa thèse de doctorat dirigée par Raymond Aron. Ce fut à la lecture de Carl Schmitt que son intérêt pour la compréhension du politique va s’intensifier. Si le parcours des deux hommes est différent sous bien des aspects entre le résistant français et le conservateur allemand passé par le NSDAP, les deux hommes se côtoieront rapidement, réunis par leur interrogation centrale concernant l’essence du politique. A la suite des travaux de Max Weber, Carl Schmitt, le juriste influencera les réflexions de Julien Freund. Ce dernier, retiré du monde universitaire au début des années 1980 s’attèlera à l’écriture de ses ouvrages jusqu’à son décès en 1993.

Son œuvre cherchera à comprendre ce qui constitue le fondement du politique non pas comme une activité parmi d’autres mais comme un objet d’étude à part, régi par des lois qui le sous-tendent. Son analyse contenue dans l’Essence du politique reprendra les thèmes fondateurs du politique chers à Carl Schmitt auxquels il apportera sa réflexion, n’hésitant pas à donner parfois la contradiction à son ainé. Héritier intellectuel manifeste d’Aristote en passant par Machiavel puis par la filiation récente de Max Weber puis de Carl Schmitt, Julien Freund apporte par son travail la synthèse la plus complète et la plus récente sur la compréhension du politique. Son œuvre demeure incontournable pour celui qui s’interrogera quant à la manifestation du politique, à ses moteurs et à ses invariants.

Les idées principales

Distinction de la politique et du politique

Il convient avant tout de rappeler une distinction de nature quant aux notions de la politique et du politique. Etudier le politique ne signifie pas s’employer à la compréhension des personnages ou aux événements politiques. Il s’agit en réalité de comprendre le politique comme un objet d’étude à part entière. En somme, cela signifie réfléchir aux éléments constitutifs du politique indépendamment de l’époque, du lieu et des acteurs. Comprendre le politique, c’est à la fois constater les conséquences du politique et en rechercher les causes originelles. Il convient pour cela d’éplucher la complexité du politique pour n’en retirer que la substance essentielle, le cœur fondateur qui le régit. De cette réflexion découleront chez Julien Freund trois présupposés du politique :

  • La contrainte et l’obéissance
  • L’ami et l’ennemi
  • Le public et le privé

La contrainte et l’obéissance

La compréhension de cette essence du politique trouve sa source dans les interrogations suivantes :

«  Pourquoi y a-t-il commandement et obéissance et pourquoi les rencontre-t-on dans toute société politique ? Pourquoi les hommes obéissent-ils à un être qui n’est lui-même qu’un homme ? En quoi consiste la puissance de celui qui sait se faire obéir ? »[1]

Le premier constat est assurément l’observation d’une permanence du commandement qu’elles que soient les manifestations politiques observées. Ainsi même l’anarchisme le plus forcené déclarant vouloir abolir l’ordre finit toujours en cas de victoire par instituer un ordre différent qui imposera comme l’ordre précédant « un nouveau code et des interdictions » et le nouveau pouvoir en place exigera « la discipline et le respect de l’ordre qu’il a institué. »[2]

Incontestablement l’un des nœuds du politique le problème ne consiste pas à vouloir abattre la relation du commandement de l’obéissance mais serait plutôt « d’instituer pratiquement la bonne dialectique entre ces ceux notions. »[3]

Chez Julien Freund, le commandement est perçu comme le fruit d’une volonté individuelle qui comportera toujours une part d’arbitraire, inspirant du même coup la crainte et la confiance. Ce commandement s’incarne par la souveraineté en laquelle Bodin voit le fondement de la cohérence et de l’ordre d’une collectivité. Le souverain apparait aux yeux de Julien Freund comme « la condition d’existence d’une collectivité politique. »[4] L’idée de commandement tend donc vers l’unicité du chef dont le pouvoir n’est pas nécessairement autocratique mais monocratique (pouvoir d’un seul). La notion est directement liée à celle de puissance consistant chez Max Weber à «  la possibilité d’imposer sa propre volonté au comportement d’autrui.»[5]

Si l’ordre juridique découlant du politique permet de répondre à la situation normale par la loi et les règles, il est inévitable que la cité soit l’objet d’événements exceptionnels pour lesquels la loi ne peut se prononcer. Dès lors, le souverain a la responsabilité de prendre une décision quant à l’action à mener en vue de résoudre chaque situation exceptionnelle.

En somme, l’art politique est essentiellement un art de la décision. Ainsi que Schmitt écrivait : « Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle. »[6] (Particulièrement lorsqu’il y a conflit). [7]

Déjà Thucydide voyait dans l’incertitude perpétuelle des décisions la chose la plus redoutable.[8] Elle s’avère non seulement nécessaire mais au cœur même du politique. «  La décision met fin à l’irrésolution car elle brave le risque, portée qu’elle est par une foi. » [9]

Julien Freund considère donc que prendre une décision, c’est manifester une autorité et non affirmer une vérité. Puis il indique considérer la décision comme un acte de foi car « tout pouvoir, quel que soit sa couleur est une instance de décision. Pourquoi a-t-on tant de mal à le reconnaitre ? »

La puissance ne suffit pas à elle-même car elle a vocation à faire le lien entre le commandement et l’obéissance. Le commandement agit par la puissance sur le comportement du sujet obéissant car ce dernier a besoin d’un motif essentiel : la protection (Hobbes), la sécurité (Spinoza). [10]

L’Etat compris comme autorité règlementaire est donc la condition politique de la liberté des individus.

« Celui qui ne possède pas la puissance de protéger quelqu’un n’a pas non plus le droit d’exiger l’obéissance. »[11] Carl Schmitt

Notion complémentaire : la force

Force et violence sont souvent deux notions abusivement confondues.

Pour Julien Freund, la situation naturelle de l’humanité est l’anarchie, caractérisée par sa violence puisqu’elle n’est pas organisée en sociétés. La stabilité de la société internationale est donc possible par son fondement même dans le rapport des forces. A l’intérieur de chaque société, le souverain sera capable, par la force, de maintenir l’ordre. On dénonce souvent « la loi du plus fort », en oubliant que sans elle, nous demeurerions sujets de « la loi du plus violent » ![12]

En vérité, il faudra comprendre que «  La force est une assurance contre la violence. » […] «  Dès que la force est contestée nait la violence. »[13] La violence mène donc au désordre provoquant la destruction tandis que la force seule est capable d’assurer l’ordre, vecteur de construction.

L’expérience de Julien Freund dans la résistance le pousse à la critique du pacifisme, véritable courant niant l’essence du politique : « Les dénigreurs de la force se recrutent en général parmi ceux qui n’ont que de petites idées et qui, dépités et aigris de voir que le monde ne tourne pas à leur guise, s’en prennent à la résistance qu’ils rencontrent, prêchent contre la force sous prétexte qu’elle ne fonde rien et l’identifient à l’oppression. »[14] De même «  l’antimilitarisme est un non-sens que les plus belles raisons morales ne parviennent pas à justifier. »[15]

Le rôle de la force n’est donc pas de convaincre, mais d’obliger les membres de la collectivité à respecter extérieurement un nombre de règles pour rendre possible la vie en collectivité dans l’intérêt de tous. Il faudra donc en conclure comme Saint-Just que « la force ne fait ni raison ni droit ; mais il est peut-être impossible de s’en passer pour faire respecter le droit et la raison. »[16]

D’ailleurs l’hypothèse d’une faillite de l’exercice de la force par la souveraineté légitime est évoquée par Julien Freund. En effet, « quand, au sein d’un Etat, des partis organisés sont en mesures de fournir à leurs adhérents une protection plus grande que celle Etat, l’Etat devient une annexe de ces partis et le citoyen a compris à qui il faut obéir. L’instance peut donc se décomposer jusqu’à sa recomposition à l’aide de pouvoirs d’exceptions ou jusqu’à l’instauration d’un nouvel Etat si les insurgés sont vainqueurs. » Ainsi un Etat incapable d’assurer la protection et d’imposer l’obéissance, de garantir un minimum d’ordre public, n’est qu’un pseudo-Etat.

Cette notion de force demeure au cœur du présupposé politique du Commandement et de l’Obéissance. Elle apparait essentielle quant à la compréhension du second présupposé : la relation de l’ami et de l’ennemi.

L’ami et l’ennemi

L’analyse de ce présupposé du politique chez Julien Freud est largement basée sur les réflexions de Carl Schmitt chez qui l’analyse de l’ennemi est prépondérante.

Le politique repose sur la notion d’altérité. L’un des moyens pour l’homme comme pour la société pour définir ce qu’il est, reste la constatation de ce qu’il n’est pas. Ainsi Julien Freund juge qu’à partir du moment où il existe une cité, il y en a deux.[17]

Carl Schmitt juge l’hypothèse d’une fin de la relation ami / ennemi comme utopique dans un monde chimérique de l’économisme où le terme de concurrent remplacerait le mot ennemi et la discussion deviendrait le seul vecteur d’affrontement. Ancrée dans le réel, l’analyse de Schmitt conclue que l’Inimucus peut qualifier cela mais l’hostis demeure. D’ailleurs, il fait remarquer comme « aimer vos ennemis » (Math, 5,44 ; Luc 6, 27)  emploie la source : inimicos et non hostes distinguant l’ennemi individu de l’ennemi politique (collectif).[18]

Ainsi que le souligne Julien Freund, il n’est pas demandé à un chrétien de tendre la joue à son ennemi public (qui veut la mort de famille et sa nation). Cependant qu’il défend ce qui lui est sien, il pourra malgré tout voir en son ennemi individuel «  la figure de sa propre question ».

Ainsi l’un des fondements du politique est caractérisé par l’existence de la collectivité. Chaque collectivité a vocation à accomplir son unité c’est-à-dire la distinction entre l’un et l’autre. Politiquement cela signifie que la mission unitaire doit assurer la concorde intérieure et la sécurité extérieure. La première indique une communauté de vie et d’amitié, la seconde une protection nécessaire à la pérennité de la première. La réussite de la collectivité dépendant de l’efficience de ces deux dimensions.[19]

Dès lors que l’Etat n’est plus en capacité de désigner lui-même l’ami de l’ennemi ou que la partition de son territoire entre plusieurs communautés le mène à la guerre civile, il cesse alors d’être politiquement libre.

Julien Freund rappelle alors la précision d’Aristote selon laquelle : «  Les hommes continuent à vivre en société non pas simplement pour vivre mais aussi pour bien vivre. »[20]

Face à ceux qui nient le primat des nations, les estimant vectrices de guerre, Julien Freund note que les notions de paix et de guerre de sont pas séparables du présupposé de l’ami et de l’ennemi. Ainsi «  Puisqu’on fait la guerre contre un ennemi, c’est également avec lui qu’il faut faire la paix, ce qui signifie que, politiquement, il n’y pas de paix sans ennemi. »[21]

D’ailleurs Carl Schmitt écrivait : «  A défaut de pouvoir annuler la relation de l’ami et de l’ennemi, puisqu’ils sont des présupposés du politique, les ennemis admettront de se reconnaitre comme ennemis, ce qui signifie se reconnaitre comme des êtres semblables, donc respecter l’homme dans l’ennemi. En tout cas ce n’est qu’à cette condition minimale qu’une paix durable et solide est possible. »[22]

Il est utile ici d’évoquer cette amusante anecdote. A l’issu de la soutenance de sa thèse en 1965, Jean Hippolyte indique à Julien Freund :

  • «  Sur la question de la catégorie de l’ami-ennemi, si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu’à aller cultiver mon jardin. »

Ce à quoi Julien Freund répondra :

  • « … je crois que vous êtes en train de commettre une autre erreur, car vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin.»[23]

Faire de Julien Freund et de Carl Schmitt des militaristes ou des va-t’en guerre serait mal comprendre les deux penseurs. En effet, Carl Schmitt concluait à l’existence de deux approches au cœur du droit de la guerre. La guerre limitée s’apparentant à un duel entre deux Etats belligérants disposant de la force armée légitime du jus ad bellum (droit de faire la guerre) et la guerre totale qui criminalise le recours à la force et tente de mettre l’ennemi hors la loi. Cette option de guerre totale était jugée mauvaise par les deux penseurs, Julien Freund rappelant sans cesse la nécessité de respecter l’ennemi car il s’agit de l’interlocuteur avec lequel tôt ou tard la paix devra être conclue. En somme la paix ne peut se définir que négativement comme «  absence de guerre ». La guerre demeurant alors pour Julien Freund un «  conflit armé, public et juste » comme l’avait défini Alberico Gentili, juriste italien du XVIème siècle.

Schmitt s’amuse également à montrer la fragilité du raisonnement pacifiste considérant qu’il n’y a pas d’ennemis. Pour lui, les pacifistes ne veulent simplement par le désigner car avec qui fait-on la paix si ce n’est avec l’ennemi ? Refusant la guerre sous l’égide du politique, ils sont contraints de l’accepter en situation extrême. C’est alors que la guerre prendre des proportions nouvelles, car n’étant plus soumis au politique, la guerre fera l’objet de contestations morales, chacun voulant désigner l’autre de « monstre inhumain », niant le droit, niant le politique même.

Tout comme Julien Freund, Carl Schmitt conclu au caractère essentiel et irréductible de l’opposition ami / ennemi qui «  empêcherait toute communauté internationale réelle. Ni organisation ni culture partagées, la société internationale ne peut être qu’une société polémique. »

A la croisée des deux premiers fondements, il faut comprendre que Julien Freund (tout comme Carl Schmitt et Max Weber) n’ont aucunement une conception belliciste, ni Etatiste. En effet, David Cumin explique en substance que le noyau de l’Etat est la protection et l’obéissance (Hobbes) puisque l’Etat a le devoir d’assurer la sécurité des personnes et des biens. L’Etat a donc une vocation de pacification. En revanche le noyau du politique étant la relation ami / ennemi, le politique serait donc l’hostilité. De ce point de vue, politique et Etat seraient antinomiques. Pourtant Carl Schmitt présente un lien entre le politique et l’Etat, car ce dernier a le monopole de la désignation de l’ennemi s’il veut continuer d’assurer la protection et d’imposer l’obéissance.

Notion complémentaire : Le degré d’intensité

Julien Freund pense le politique comme le degré d’intensité d’une relation conflictuelle de pouvoir dans l’espace public. Il faut donc comprendre le politique au travers d’une hiérarchisation de l’intensité d’une relation hostilité.

Morgenthau utilisait la métaphore de la physique et le prisme de la chaleur pour arriver au concept de degré d’intensité. Celui qui détient l’intensité la plus grande au sein de l’espace public sort vainqueur du conflit et est compris comme la force légitime. [24]

La notion de l’espace public sera traitée par le troisième présupposé du politique : la distinction du public et du privé.

Le public et le privé

Au cœur de ce troisième antagonisme comme fondement du politique s’affrontent ici deux visions du monde, à savoir l’opposition du réalisme et du nominalisme. L’individu est-il le seul acteur du politique (individualisme) ou bien est-il un acteur parmi des acteurs collectifs ? (holisme).

La première approche, héritière de la pensée de Saint-Thomas d’Aquin reconnait l’existence d’universaux au travers du politique, indépendantes des individus qui en ont la charge. Ainsi, une ville, une nation, une communauté religieuse ne sont pas des abstractions mais existe bien de manière autonome. C’est ainsi qu’apparait la notion de personne morale (dont le pendant est la personne physique) illustrée par la théorie des deux corps du Roi d’Ernst Kantorowicz.[25]

La seconde approche nominaliste considère que les universaux sont des illusions issues de la pensée. Seuls les individus sont réels et dispose d’une personnalité. Ainsi les collectivités n’existant pas, elles ne seraient que le produit de la somme des individus. Julien Freund note que de « telles doctrines ne résistent pas à la pratique politique. » Voir dans le public une somme de volontés privées est une erreur de même que de penser que l’on «  parviendra à supprimer le public et le privé. »[26]

La dialectique du privé et du public n’est vraisemblablement pas une invention du libéralisme, ni même qu’elle n’a pu être effacée dans les régimes communistes. Ainsi Julien Freund note que Karl Marx lui-même n’en envisageait le dépérissement que par la dissolution du politique lui-même (perçu comme une aliénation).

Tout d’abord Julien Freund rappelle que la distinction du public et du privé est admise depuis l’Antiquité, explicitée par Aristote dans sa Politique, chez les romains par la distinction du Dominium et de l’impérium, puis par la majorité des penseurs de Machiavel à Bodin en passant par Hobbes, Rousseau, Sieyès et Hegel.[27]

Les notions de privé et de public sont indissociables l’une de l’autre. En cela, elles sont comprises comme une essence du politique. Leur manifestation est cependant soumise à des variations fortes. Et le curseur naviguant entre les deux notions est mouvant selon que le régime politique accorde une prépondérance au privé (libéralisme) ou au public (socialisme).[28]

En dernière instance aucune des deux notions ne peut prétendre à une supériorité sur l’autre. Il faudra donc conclure que le public et le privé existent mutuellement par la tension qu’ils créent. Consubstantielle au politique, cette dialectique du privé et du public est garante même de la liberté politique. La négation de ce présupposé conduit à faire «  de la politique contre le politique » en passant par un système totalitaire aboutissant à l’échec systématique. Julien Freund conclura que le conflit entre le public et le privé est toujours politique.

Notion complémentaire : L’opinion dans la dialectique du privé et du public[29]

Dans le cadre du présupposé de public et du privé, Julien Freund mène ensuite une analyse quant à l’opinion : notion au cœur du passage du privé au public. Ainsi nous invite-t-il à nous poser les questionnements suivants : Tout événement privé peut-il devenir public ? Dans quelle mesure une situation publique devient-elle politique ? Comment le commandement influence-t-il l’opinion ? Les techniques modernes (moyens de communication) sont-ils responsables de rendre toute situation privée inévitablement publique ? Au service de quels acteurs sont-elles les instruments ?

Notion complémentaire : Le bien public

Julien Freund renoue avec la notion du bien commun cher à Aristote et à Saint Thomas d’Aquin contrairement à Schmitt, orientant davantage sa réflexion vers la relation ami/ ennemi.

Aristote distingue l’homme privé qui doit agir pour le bien, de l’homme public qui doit agir pour le bien de la cité. Par exemple il ne doit pas dire du mal du pays voisin, non pas car l’homme privé en a jugé ainsi mais parce que cela causerait du tort à la cité. L’homme privé et l’homme public (à raison d’un degré différent) doivent donc intégrer la notion de bien public : «  Ce bien public pour qui seul nous sommes nés. » écrivait Louis XIV.

Enfin, le lien entre commandement du souverain et bien public était déjà établi par Aristote estimant que «  Le bien dépend de la science souveraine et au plus haut point organisatrice. »[30]

Quelques questions soulevées par Julien Freund

La patrie ou l’anarchie

Parmi les conclusions établies par Julien Freund suite aux constats de l’essence politique apparait celle de la légitimité de la nation comme collectivité indépassable perçue comme le facteur d’unité politique le plus abouti. Prenant en compte le constat que l’humanité se meut de manière anarchique, il est aussi naturel qu’en son sein naissent des sentiments de collectivités à même de former des patries. Qu’elle qu’en soit la source, un pays doit être unifié par un patrimoine commun que les membres de la collectivité chercheront à conserver et à améliorer : «  Un peuple qui cesse d’être conservateur ne saurait constituer un Etat. » [31]

Sans cette volonté collective issue de la collaboration entre les individus, l’anarchie seule sera la règle, créant des situations de conflictualités multiples et permanentes. D’ailleurs « Aucune collectivité ne saurait demeurer unie ni durer si ses membres n’éprouvent pas la nécessité de participer du moins affectivement à l’ensemble social qu’ils constituent. »

Ainsi une société atomisée constitués d’individus travaillant uniquement à leur intérêt personnel au nom d’une rationalité omnipotente ne parviendrait pas à former une société homogène capable d’assurer le bien commun et par voie de conséquence son bonheur.

«  Il est quasiment impossible de défendre une nation contre elle-même quand ses membre sont prêts à sacrifier l’indépendance, s’ils espèrent par-là obtenir des avantages matériels. »[32] note Julien Freund. La logique hédoniste, individualiste ne peut donc que tendre vers l’anarchie par sa logique interne. De plus en externe, par le phénomène de conflictualité de la société international, par nature anarchique, Julien Freund ajoute alors : «  Là où il n’y pas de patrie, les mercenaires ou l’étranger deviennent les maitres. Sans doute devons-nous notre patrie au hasard de la naissance, mais il s’agit d’un hasard qui nous délivre d’autres. »[33]

A l’heure où le désir de l’individu est « roi », que reste-t-il de la volonté de service du bien commun lorsque les structures échappant par nature aux dérives anarchiques et aux pulsions individuelles sont chaque jour affaiblies. Ainsi faut-il conclure que les structures consubstantielles à la nation (Etat, Famille) restent plus importantes que la somme des individus qui la compose et subsistent malgré la disparition de l’un des membres. La France cesse-t-elle d’exister lorsqu’un français décède ?

La sagesse de Julien Freund rappelle la pensée de ses ainés : «  Ce que Aristote, Hobbes et Rousseau avaient en vue, c’est la prospérité générale de la collectivité comme telle et non le bien-être individuel. »[34]

Max Weber ajoutant : «  Ce n’est pas la paix et le bonheur de l’humanité que nous avons à procurer aux générations futures, mais la lutte éternelle pour la conservation et l’édification de notre caractère national. »

Jean Vincent Holeindre mettant un terme aux utopies humanistes : « «  L’humanité n’est pas un concept politique, il n’y correspond aucune unité politique, aucune communauté. »

Une Critique de la démocratie

Il ressort des écrits de Julien Freund une prudence toute particulière pour le choix des mots porteurs des idées. Le sociologue de formation démontre une méfiance constante envers les –ismes et les grandes étiquettes. Ainsi que veut-dire la Liberté si les libertés les plus élémentaires ne sont pas respectées ? Que signifie la Fraternité, lorsque les individus poursuivent égoïstement leur intérêt propre et en dernière instance décide de la primauté des allégeances communautaires diverses avant l’intérêt de la communauté nationale.

De la même manière la notion démocratie n’échappe pas à la règle. Le danger démocratique, laissant à une majorité le soin de prendre la décision, repose sur sa versatilité. Changeant d’avis constamment, la majorité voit son opinion faire l’objet d’une volonté de contrôle des minorités. Ainsi les médias s’adressant à la majorité (mass médias) disposent d’un pouvoir d’influence considérable. C’est en outre la raison pour laquelle une société véritablement démocratique est « une société qui se reconnait divisée » selon le mot de Paul Ricœur.

Sur ce point Julien Freund retrouvera Carl Schmitt aux yeux duquel la dictature n’est pas « qu’une technique parmi d’autres visant à consolider le pouvoir de l’Etat. Elle est surtout le secret des démocraties libérales. »

Ainsi Julien Freund valide la pensée de Carl Schmitt selon laquelle il n’y pas de démocratie directe. [35] Celle-ci ne pouvant être envisagée «  que comme une construction théorique idéale. Dans les faits, il n’y a donc de démocratie qu’indirecte, représentative. »

Nous trouvons un exemple des conséquences de cette théorie de la constitution en France par l’observation de Charles Maurras : «  Par la constitution « étatiste et individualiste, proclamée de 1789 à 1799 et affermie depuis 1870, les français, pris un par un, ayant beaucoup plus d’intérêt à vivre seuls que mariés, ou rentiers que producteurs, se sont mis à jouir et à trafiquer plus qu’à travailler et créer.»[36]

Julien Freund conclura donc que tout régime recherchant la stabilité est à la recherche de l’unicité. Nombreux sont les exemples historiques prouvant que l’incarnation par un seul demeure la meilleure garantie de pérennité d’un commandement. Face aux illusions démocratiques, Julien Freund présente alors l’hypothèse d’une monocratie, qu’il différencie immédiatement de la notion d’autocratie que l’on pourrait lui imputer. La monocratie demeure fondamentalement la voie la plus stable pour maintenir l’autorité.[37]

Julien Freund, un doctrinal de droite ?

Fort des leçons tirées de l’essence du politique, il semble aisé de démontrer les manquements de la pensée internationaliste dont découleront le marxisme-léninisme, le socialisme et dont est héritière la sociale démocratie contemporaine.

Premièrement, cette famille de pensée est caractérisée par la trop grande distance et le manque de responsabilité entre la doctrine et l’opérationnalité. Aux apprentis sorciers trop impatients de tester leurs trouvailles théoriques, Julien Freund rappelle la distinction nécessaire entre le savoir et son utilisation dans la cité, concluant que « l’expérimentation a sa place dans l’ordre de la connaissance, non dans celui de l’action. L’activité politique surtout n’est pas un champ d’essais. »[38]

Deuxièmement, Julien Freund accuse le socialisme de ne pas accepter le présupposé politique de la contrainte et de l’obéissance (voir Partie I) puisque «  La primauté qu’il donne au social et à l’organisation de la meilleure société lui fait perdre de vue le problème de la sécurité et de la protection. »[39]

David Cumin note en accord avec les pensées de Carl Schmitt et de Julien Freund que le marxisme-léninisme a cassé le monopole étatique de la décision politique en réintroduisant la relation d’hostilité à l’intérieur de l’Etat par la lutte des classes (menace de la concorde intérieure). La classe sociale, au sens marxiste, a cessé de n’être qu’un concept économique et social mais est devenu un concept politique. Carl Schmitt parlait de point décisif « lorsque les révolutionnaires ont pris au sérieux la lutte des classes et considéré le bourgeois comme ennemi. »

A la critique des valeurs socialistes s’ajoutent celles de l’humanisme qualifié « d’attrape nigaud »[40] et le progressisme compris comme «  nouvelle forme du désespoir, une école de pessimisme et d’absurdité. »[41]

Troisièmement, la pensée de Julien Freund est enrobée de chrétienté à laquelle s’oppose les doctrines de gauche[42], celui-ci écrivant d’ailleurs : « si jamais nous croyons qu’il dépend de nous de ne plus croire, nous n’agissons plus ; nous sommes mûrs pour le désespoir et la tyrannie. »[43]

Face à la conception d’un homme à la mesure de lui-même, voué à se libérer de toute maitre comme le pense le socialisme, Julien Freund déplore le manque de cohérence et la négation de la croyance en Dieu pour une croyance inévitable en d’autres divinités.

«  A la vérité, le règne des fins n’est que la façon, si l’on veut, humaniste de désigner Dieu. Qu’est-ce que l’homme libéré de toute entrave, de toute contrainte, de la tyrannie des besoins et créateur de lui-même, sinon un être doté des attributs de la divinité ? Au fond l’athéisme de Marx est davantage une négation de la religion – soumise elle aussi à des présupposés en tant qu’activité humaine- qu’une négation de la divinité, car il tend à substituer au Dieu des religions la divinité humaine. »[44]

Face à la philosophie des lumières prétendant l’antagonisme entre la raison et la foi, puis la supériorité de la première sur la seconde, Julien Freund rappelle l’échec de cette volonté dont Nietzsche a poussé le plus loin la logique. Comme le démontre Saint Thomas d’Aquin, ce qui relève de la foi n’est parfois pas perceptible par la raison mais ne s’avère pas contraire à la raison. Le philosophe Alain (Emile Chartier) cité par Julien Freund avançant même que « l’histoire de la raison n’est rien d’autre que l’histoire de la foi. »[45]

Blaise Pascal nous offrait déjà la juste formule : « Deux excès, exclure la raison, n’admettre que la raison. »[46]

Enfin Jean-Paul Sorg résume bien le positionnement de Julien Freund :

« Si un homme de gauche voit un penseur s’égarer à droite, voire dans les zones de l’extrême-droite, il devrait, avant de condamner, se demander si la gauche, par ses erreurs politiques répétées et ses sottises idéologiques, n’y est pas pour quelque chose et si son sectarisme même parfois, ne la pousse pas à repousser de son camp ceux parmi les intellectuels qui tiennent seulement à leur indépendance d’esprit. Par son expérience même de maquisard et puis de militant politique, si brève fût-elle, Julien Freund ne pouvait plus se faire sur l’humanité certaines illusions sentimentales nécessaires aux « eschatologies de gauche » ; et il n’était pas non plus du genre cynique, ni assez froid, ni assez chaud (fanatisé) pour estimer qu’une fin glorieuse justifie des moyens bas. »[47]

Conclusion

Par son approche multiple empruntant à la philosophie, à la sociologie et à la polémologie, Julien Freund s’emploie à rappeler l’importance de la persistance de certains invariants.[48] Ainsi en est-il de même pour le politique. Changeant en apparence par des manifestations, événements et personnages divers selon les époques, il ne peut pourtant échapper aux présupposés constituant son essence. En somme tout ce qui se rattache à la politique est bien régi par les lois du politique. Cela n’indique pas en revanche que tout est politique, celui-ci demeurant un champ à part entière méritant que l’on s’y intéresse pour en comprendre le sens, de même que l’art, la technique, la religion, l’économie ou la science méritent eux-aussi d’être approchés comme champs d’étude particuliers. Car dès lors que l’on hisserait l’un de ces champs comme unique explicateur de tout, il cesserait immédiatement d’être. Si tout est qualifié d’art alors plus rien n’est artistique. Borner le politique à son essence particulière comme le préconise Julien Freund permet alors d’en comprendre le fondement, en vue de remonter aux causes premières, à ses premiers moteurs.[49]

Ainsi Julien Freund insiste sur la nécessité de comprendre les trois fondements du politique (exposés en première partie) ensemble, si l’on veut appréhender l’essence du politique. Leur corrélation est d’ordre substantiel «  c’est-à-dire qu’en l’absence de l’une ou de l’autre, une activité donnée cesse d’être proprement politique. »[50]

A la lecture des réflexions de Julien Freund, la lecture de son œuvre semble être essentielle pour celui qui voudra approcher ce que nous sommes tentés d’appeler « la vérité du politique ». Une vérité qui ne suffit pas à elle-même mais qui doit être comprise pour ceux qui prétendront comprendre la politique d’hier, agir dans celle d’aujourd’hui et prévoir celle de demain.

«  Là où il n’y pas de patrie, les mercenaires ou l’étranger deviennent les maitres. Sans doute devons-nous notre patrie au hasard de la naissance, mais il s’agit d’un hasard qui nous délivre d’autres. » [51] Julien Freund

Auteur : Clément Domeizel

Les cinq mots caractéristiques de l’auteur

Essence / Politique / Pouvoir / Raison / Foi

Ouvrages de l’auteur étudiés :

  • Julien Freund, L’Essence du politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, 870 pages
  • Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, 187 pages
  • Julien Freund, Philosophie philosophique, Editions La Découverte, Paris, 1990, 317 pages
  1. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 103
  2. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 104
  3. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 106
  4. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 127
  5. Max Weber cite par Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 139
  6. Carl Schmitt, Théologie politique, 1922
  7. «  Seul importe jamais la situation où il y a conflit » Carl Schmitt
  8. Thucydide, Histoire de la guerre du péloponèse, liv III, chap, XXXVII, p.191
  9. Julien Freund, Philosophie philosophique, Editions La Découverte, Paris, 1990, p 242-243
  10. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, Voir p.153 à p.215 pour l’analyse détaillée de la notion d’obéissance.
  11. Carl Schmitt, Gespräch uber die Macht und den Zugang zum Machthaber, Pfullingen, 1954, p.11
  12. Dans l’idée de Machiavel selon lequel il faudra faire en sorte que « ce qui est juste soit fort et que ce qui soit fort soit juste »
  13. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.132
  14. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.132
  15. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.126
  16. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.121
  17. Le mot « cité », désignant une collectivité chez Aristote, peut être également aujourd’hui compris comme « nation ».
  18. Carl Schmitt, Concepts et usage, Sous la direction de Serge Sur, CNRS Editions, coll. « Biblis », Paris, 2014, p 67
  19. Certains penseurs comme Machiavel pensent que la sécurité extérieure est la clé de la concorde intérieure.
  20. Aristote, Politique, livre III, chap VI
  21. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.12
  22. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.103
  23. Propos rapportés par Pierre-André Taguieff
  24. Par ailleurs, Contrairement à Hobbes, Morgenthau envisage la formation d’une gouvernance mondiale. Il refuse de demeurer « dans une perspective stato-centrée focalisée sur les interactions conflictuelles (Carl Schmitt – Concepts et usage, sous la direction de Serge Sur, CNRS Editions, coll. « Biblis », Paris, 2014, p.70
  25. Le Roi dispose d’un corps personnel lui octroyant une libre opinion individuelle et d’un corps souverain attaché à la souveraineté de son Royaume pour lequel il a la charge de décider. A son décès, l’individu n’agit plus corporellement sur le politique. Pourtant son corps souverain demeure et n’est pas séparable de l’universel auquel il est attaché à savoir le Royaume pour lequel il s’est incarné comme figure du souverain. Dès lors la création de la personnalité morale reconnait l’existence de collectivités comparables à de grands individus, existants métaphysiquement, conscients et agissants dans l’espace public. Cette approche distingue donc la personne juridique physique (privé) et la personne juridique morale (publique).
  26. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p.298
  27. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p.282
  28. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p.295
  29. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p.369 à p.440
  30. Aristote, Ethique de Nicomaque, Editions Garnier- Flammarion, 1965, p.20
  31. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.83
  32. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.54
  33. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p.51
  34. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 49
  35. Le théorème du « secret démocratique »
  36. Charles Maurras, Enquête sur la monarchie, p XLI
  37. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 69
  38. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 53
  39. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 97 tiré de l’Essence du politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 757
  40. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 184
  41. Julien Freund le protestant trouvait parfois lieu à débattre quant à la religion avec Carl Schmitt, catholique.
  42. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 101
  43. Suite de la citation : «  Il ne faut pas oublier que l’athéisme n’est pour Marx qu’un aspect de la critique dirigée contre le Dieu « étranger », par rapport auquel l’homme est lui-même un « étranger », un être aliéné et que, dès que l’homme devient créateur de lui-même, l’athéisme perd toute signification : le nouveau Dieu est né. Une fois que l’homme aura occupé le trône de cet usurpateur qu’est le Dieu étranger, il n’y plus aucune raison de persévérer dans l’athéisme. »
  44. Alain, Les Idées et les Ages, cité par Julien Freund, Philosophie philosophique, Editions La Découverte, Paris, 1990, p 202.
  45. Blaise Pascal, Pensées (1670), article IV. Des moyens de croire, Éd. Brunschvicg-, Garnier, 1964, n°253
  46. Jean-Paul Sorg « Julien Freund, ou de la difficulté de penser la politique ! », réponse à Alain Bihr dans Histoire et Anthropologie n° 8, juillet-septembre 1994.
  47. Par comparaison, l’Homme de l’Antiquité, du Moyen-âge et le contemporain sont-ils touchés par des nuances sentimentales différentes ? Il semble que les sentiments de peur ou d’amour et leurs déclinaisons semblent au fond bien persister. Par la métaphysique, les philosophies d’Aristote ou de Platon sont aussi précieuses aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en leur temps et ne peuvent être jugées inférieures car antérieures à celles d’Auguste Comte ou de Nietzsche.
  48. Ou du moins aux « premières des causes secondes » selon le philosophe français Jules Lachelier
  49. Julien Freund, L’Essence du Politique, 3ème édition, 1986, Editions Dalloz, 2003, p 304
  50. Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Editions Seuil, 1967, p 51
Categories: Biographie

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