Al Jazeera et la politique étrangère qatarie durant le printemps arabe

 

Depuis 1996, Al-Jazeera offre une image positive de l’émirat mais la chaîne est également plus qu’une représentation du Qatar sur la scène internationale, elle est en effet devenue une source d’information de référence au Moyen-Orient et dans l’ensemble du Monde Arabe.

Al Jazeera fut crée le 1 Novembre 1996, soit près d’un an après l’arrivée au pouvoir de l’Émir Cheikh Hamad. Même si dans le monde arabe il existe une profusion de chaines satellitaires, Al Jazeera constitue une exception du fait qu’elle soit une chaîne d’actualité entièrement arabe ; c’est à dire dont les dirigeants et les employés sont arabes, mais qui est également financée par des Arabes et diffusée depuis un pays arabe.

Ce succès auprès des populations arabes repose sur un équilibre subtil entre trois tendances en vogue dans les sociétés arabes que sont le panarabisme, l’islamisme et le libéralisme[1]. La preuve en est par sa couverture qui est pour 73% centré sur le monde arabe[2].

Elle suit autant la montée de l’islamophobie aux États-Unis et en Europe, depuis le 11 Septembre, que la situation des minorités musulmanes au Viêt-Nam. C’est ce qui lui confère son caractère transnational et panarabe. En effet, la chaîne est considérée comme l’héritière du mouvement panarabe, héritage qui réside notamment dans le fait que la chaîne puisse diffuser des programmes en arabes simultanément dans l’ensemble des pays arabes : « La posture panarabe d’Al-Jazeera transcende  les frontières, conteste l’ordre officiel et ses traductions dans chaque pays, renforce la conscience de soi (arabe et musulmane) et celle des autres (états-uniens et européens)… [3]».

L’opération de marketing du Qatar peut donc être considéré comme un succès : « Al Jazeera est désormais le symbole de l’émirat et lui apporte sa notoriété, tout comme le casino pour Monaco ![4] » Naguère encore ignoré, voire méprisé en tant qu’État par les autres pays arabes, le Qatar a trouvé sa place.

Le lancement d’ Al Jazeera  en 1996, répondait donc à plusieurs objectifs. Le principal était de doter l’émirat d’une force de frappe médiatique dissuasive en vue de marquer son territoire sur le plan énergétique au sein de la constellation des pétromonarchies du Golfe. D’autre part l’émir y voyait un moyen de se dédouaner aux yeux de l’opinion arabe de la lourde tutelle occidentale.

En moins d’une décennie, al Jazeera a rempli ses objectifs, brisant le monopole du récit médiatique détenu par les médias occidentaux depuis l’avènement de l’information de masses, il y a un demi siècle. Se propulsant au rang de grand rival des grands vecteurs occidentaux,  al Jazeera se définit comme le prescripteur de l’opinion publique arabe, l’artisan du débat pluraliste au sein du monde arabe.

 

Même si la création d’Al Jazeera est ancrée dans un processus de libéralisation politique il est légitime de se questionner sur l’influence ou les pressions que l’émirat exerce sur la chaine qu’il héberge en se demandant en quoi les intérêts qataris influent-ils sur la ligne éditoriale d’Al Jazeera ? Et dans quelles mesures peut-on dire qu’Al Jazeera est un instrument au service de la politique étrangère qatarie ?

 

La couverture du « printemps arabe » par Al Jazeera ou l’illustration de la concomitance entre la ligne éditoriale de la chaîne et la politique étrangère du Qatar.

 

Al-Jazeera traite généralement tous les sujets liés au monde arabe à l’exception des événements liés à la politique intérieure du pays qui sont la plupart du temps passés sous silence.

D’ailleurs durant le « printemps arabe » on a pu observer une certaine concomitance entre les choix éditoriaux de la chaîne et les intérêts qataris. Celle-ci s’est traduite de deux façons, soit par un appui total et une hypermédiatisation, soit par une absence de couverture médiatique, passant sous silence plusieurs événements. On peut parler de concomitance dans la mesure où selon la situation le choix de la couverture des événements correspondait aux intérêts qatarie et à la politique étrangère du Qatar. La différence de couverture des révoltes survenues en Tunisie et au Bahreïn, l’illustre bien.

  

                L’Influence du Qatar dans les révoltes tunisiennes

Les relations entre  Tunis et Doha avant les révoltes de 2011, étaient affectées par les critiques d’Al Jazeera contre le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. La chaîne était d’ailleurs très populaire auprès du public tunisien contrairement au gouvernement qui la surveillait étroitement. D’ailleurs elle n’a jamais pu ouvrir de bureau en Tunisie ou accréditer sa correspondance sur place[5]. Les tensions autour de la chaîne s’intensifièrent lorsqu’en 2001, le gouvernement tunisien rappela son ambassadeur à Doha en signe de mécontentement de la couverture négative du pays par la chaîne.

Mais les révoltes qui ont éclatés à la fin de l’année 2010 à la suite notamment de l’immolation de Mohamed Bouazizi, ont conduit à la fuite de président Ben Ali et par conséquent à l’effondrement du régime en place. C’est dans cette nouvelle configuration que les liens entre la Tunisie et le Qatar se sont resserrés principalement parce que ce dernier a pris le parti des soulèvements populaires : « Là où le Qatar ne voit pas de menace pour sa sécurité ou sa stabilité, il s’est positionné du côté du soulèvement, en partie parce que cette action est populaire et participe à sa volonté de se créer une image de marque positive et d’envisager l’avenir[6]

Le Qatar a été le premier pays arabe a salué la révolution tunisienne et à lui annoncer son soutien. Le gouvernement qatari a choisi de soutenir les opposants au régime en place, en apportant son soutien au parti des frères musulmans tunisiens : Ennahdha.

Les relations entre le Qatar et ce parti existaient avant les révoltes populaires de 2011.

Lorsque Rachid Ghannouchi, fondateur et chef du parti a été contraint de s’exiler sous le régime de Ben Ali, aucun pays arabes n’a voulu l’accueillir afin de ne pas créer de tensions avec la Tunisie. Seul le Qatar lui ouvre ses portes et lui propose un soutien : «l’émir a misé sur Ennahda bien avant qu’on en parle. Le printemps arabe a été une aubaine dont les diplomates qataris ont su profiter[7]».

Cette opportunité a d’ailleurs été exploitée par Al Jazerea, bien que la chaîne ne dispose pas de bureaux, ni de dispositif de transmissions en direct, elle opta pour une couverture continue de la situation, dont elle tira un grand succès.

Toutefois il faut remarquer que dès le début des révoltes la chaîne a mis en avant le parti islamiste. Cette tendance s’est confirmé durant la période électorale : « Selon l’Instance supérieure indépendante des élections en Tunisie, la chaîne qatarie  a consacré au mouvement islamiste 60% du temps d’antenne réservé à la couverture de l’élection, le 23 octobre 2011, des membres de la Constituante[8] ».

Les membres d’Ennahdha sont d’ailleurs conscients de l’importance du soutien du Qatar lors des soulèvements : «  Pour M. Ghannouchi, il ne fait aucun doute que le Qatar est un « partenaire dans nôtre révolution » et qu’Al Jazeera a été « l’unique voix qui l’a soutenue[9] » »

Ces liens se sont maintenus et resserrés  après la chute de Ben Ali et l’accès au pouvoir d’Ennahdha comme le prouve les nombreuses visites de Ghannouchi au Qatar, notamment le 31 Octobre 2011 pour remercier les autorités qataries ou encore le 2 Janvier 2012 pour rencontrer le prédicateur al-Qaradawi.

Mais l’influence du Qatar n’est pas passée inaperçu et aujourd’hui alors que la Tunisie a un nouveau gouvernement dans lequel Ennahdha jouie d’une place importante, plusieurs interrogations se posent quant aux rapprochements géopolitiques entre les deux Etats mais également sur les intentions qataries.

Il semblerait à première vue, que le peuple tunisien soit septique quant à l’influence du Qatar en Tunisie et c’est dans ce contexte que la popularité d’Al Jazeera dans le pays a fortement chuté : «  En effet, les tunisiens ont manifesté à plusieurs reprises leur hostilité aux autorités qataries et beaucoup estiment que l’émirat n’est pas le « parrain » de la révolution, défendant l’exception tunisienne »  (…) Le 14 janvier 2012, à l’occasion du premier anniversaire de la chute de ben Ali, l’émir était présent à Tunis. Cette fois-ci les manifestants ont crié : « Le peuple tunisien est libre. Non à l’ingérence qatarie et américaine.[10]».

Toutefois, l’alliance entre l’émirat et le parti islamiste ne semble pas souffrir de ces contestations puisque le 22 Novembre, Ennahdha n’hésite pas à inviter l’émir Hamad à la séance inaugurale de l’Assemblé constitutante.

Plus récemment, condamnant l’escalade anti Qatar, Ennahdha a  appelé  les médias tunisiens à plus de professionnalisme et d’impartialité, soulignant le rôle clé de la chaîne Al Jazeera dans l’accomplissement  de la révolution tunisienne[11].

 

La discrète couverture des révoltes populaires au Bahreïn 

« L’effet magique d’Al Jazeera, accélérateur du processus révolutionnaire, se serait dissipé aux frontières de l’île, au grand dam de l’opposition bahreïnie qui se déclare trahie par la chaîne[12] ».

 

Contrairement à la Tunisie où Al Jazeera a couvert les événements de façon enthousiaste et engagée ; La couverture des révoltes populaires au Bahreïn a été non pas inexistante mais très discrète.

Au Barhein, les rapports entre les autorités sunnites et chiites ont toujours été tendus.

Le royaume est en effet dirigé par la dynastie sunnite al-Khalifa tandis que la majorité de la population est chiite. La dynastie régnante a toujours considéré sa population chiite comme un danger contre lequel elle devait se prémunir.

La chaîne a été présente à la Place de la Perle à Manama pour dénoncer la violente répression et donner la parole aux opposants du régime en place. Mais contrairement aux autres révoltes du « printemps arabe »,  à Bahreïn, Al Jazeera n’a pas suivi en permanence l’évolution de la situation, elle a seulement mis l’accent sur les événements les plus marquants ; tout en employant des termes et un ton d’une grande neutralité[13], contrastant avec ceux employés en Tunisie : « Bref, il y a un manque d’enthousiasme pour les révolutionnaires bahreïnis sur Al Jazeera[14]. ».

Ce manque d’enthousiasme est à mettre en relation avec les intérêts qataris au Bahreïn, puisque l’émirat ne souhaite pas voir la dynastie Al Khalifa qui dirige le pays, s’effondrée.

Ce soutien à la monarchie bahreïnie s’explique par une accointance religieuse.

Ainsi l’effondrement du pouvoir sunnite au profit d’un pouvoir chiite profiterait à l’Iran qui pourrait étendre son influence dans la région : « De plus, l’Iran revendique toujours publiquement l’archipel comme faisant partie de son territoire historique « en insistant sur l’iranité des 75% de chiites qui peuplent l’Emirat » [15]».

C’est donc pour éviter l’accroissement de l’influence de Téhéran que le Qatar s’est rangé du côté du roi  Hamad bin Issa al-Khalifa. Plus encore, lorsque ce dernier décrète le 14 Février 2011, l’État d’urgence dans son pays,  et lance un appel aux pays du CCG pour réprimer les manifestants, le Qatar ainsi que l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unies y répondent[16].

Toutefois l’émir est soucieux de contenir les dommages crées par ses prises de position sur Bahreïn, notamment vis à vis de l’Iran, afin de ne pas risquer une escalade des tensions.

 

            La diplomatie active du Qatar en Syrie et Libye : de la stratégie d’influence à la stratégie de puissance

 L’implication qatarie dans les crises libyennes et syriennes témoigne du changement de position de l’émirat, déployant désormais une stratégie de puissance et non plus d’influence comme il l’avait fait auparavant.

Le Qatar a profité d’un vide régional provoqué par le retrait et l’affaiblissement des puissances  tel que l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Dans le même temps, des acteurs politiques autrefois marginalisés tels que les Frères musulmans, sont montés en puissance. C’est pourquoi l’émir a vu dans ce double processus un moyen de marquer durablement la région de son empreinte.

Ainsi depuis 2011, le Qatar intervient directement dans le monde arabe en tant qu’acteur politique de premier plan.

Ce positionnement s’est d’abord traduit en Libye où le Qatar a rapidement pris le parti des mouvements d’opposition notamment en les soutenant financièrement et militairement[17].

De plus, le Qatar a utilisé divers outils diplomatiques tels que son influence au sein du CCG et de la Ligue Arabe afin de pousser les dirigeants de la région à  prendre position sur  la situation en Libye. Cette stratégie s’est avérée payante car le siège du colonel Kadhafi à la ligue Arabe a été suspendu. L’émir a également demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’imposer une zone d’exclusion.

Par ailleurs, sa diplomatie fut vigoureuse, puisqu’il fut le second État à reconnaître le Conseil National de Transition (CNT) et l’un des seul pays arabe, avec les Emirats Arabes Unis, à intervenir militairement dans le conflit, en dépêchant ses propres avions. C’est ce qui marque véritablement le tournant dans la politique étrangère qatarie. Sa participation militaire aux opérations de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) fut sans précédent. Elle permit de donner une ”légitimité arabe à cette intervention” car même si celle-ci était sous mandat de l’ONU, il n’en reste pas moins qu’elle aurait pu être perçu comme une offensive anti-arabe. D’où l’importance de la participation d’un État arabe[18].

Toutefois, l’intervention qatarie n’a pas seulement pris une trajectoire officielle, conventionnelle.

Certains évoquent le possible envoie de mercenaires armés afin de renforcer et d‘amplifier le mouvement contestataire[19].

D’ailleurs cette participation militaire a confirmé les ambitions qataries sur le continent africain, continent dans lequel le Qatar est présent depuis une quinzaine d’année notamment par le biais de nombreuses médiations comme cela a été le cas au Darfour par exemple.

Là aussi l’influence d’Al Jazeera a été un soutien à la diplomatie qatarie. Cette influence se mesure en termes de téléspectateurs puisqu’il s’agit du plus vaste réseau de télévision en Arabe, mais aussi par son influence auprès de nombreux acteurs politico-militaires.

Au delà d’une couverture médiatique sensationnelle comme sait le faire la chaîne à travers des « commentaires audacieux et dévastateurs, donnant un sens révolutionnaire aux images, c’est-à-dire la « marque de fabrique » de la chaîne.[20]», les prises de position à l’antenne du Cheikh Qaradawi ont eu un grand impact dans le monde arabe.

Celui-ci n’a pas hésité en février 2011, à légitimer l’assassinat du colonel Kadhafi à l’antenne d’Al Jazeera. Cette prise de position a d’ailleurs été considérée dans le monde arabe comme une caution jurisprudentielle[21]  à  l’intervention de l’OTAN en Libye.

C’est pourquoi dans un sens, la couverture médiatique d’Al Jazeera a permis d’accélérer la chute de Mouammar Kadhafi.

Fort de son succès libyen, le Qatar intervient à nouveau dans la crise syrienne lorsque celle-ci éclate ; toutefois les enjeux de l’intervention en Syrie sont différents de ceux en Libye.

Ils tiennent en deux axes principalement, d’une part les intérêts économiques du Qatar dans la région et notamment ceux liés à l’exportation du Gaz.

D’autre part, l’opposition traditionnelle dans la région entre les fronts chiites et sunnites a été un facteur déterminant dans l’intervention du Qatar en Syrie.

L’implication qatarie dans le dossier syrien est en effet à mettre en relation avec la conjoncture gazière régionale.

Dans les années 2000, les régimes syriens et qataris ont entretenu de bonnes relations et ce dans l’optique de la mise en place d’un gazoduc qatari allant du Golfe persique à la Turquie. Ce projet aurait permis au Qatar d’exporter son GNL en Europe sans passer par le détroit d’Ormuz où il est tributaire de l’Iran[22].

Mais ce projet ne verra pas le jour notamment parce que l’Iran s’y opposera et que la Syrie ne souhaitait pas froisser son précieux allié iranien dans la région.

En effet, Bachar al Assad, de confession Alaouite, une branche de chiisme, dirige un pays à majorité sunnite, ainsi pour garantir son pouvoir il a tissé des liens particuliers avec l’autre grand régime chiite de la région, l’Iran.

Ainsi le gouvernement qatari voit dans les révoltes populaires syriennes, la possibilité d’un nouveau pouvoir, notamment sunnite, ce qui l’arrangerait dans ses affaires, en relançant notamment le dossier du Gazoduc.

Ces données expliquent en partie l’intervention qatarie en Syrie et la prise de distance de l’émirat avec l’axe Syrie – Iran – Hezbollah, acteurs avec qui le Qatar avait pourtant développé de bonnes relations dans le passé.

C’est aussi dans le cadre de l’opposition traditionnelle entre front sunnite et front chiite, que la récente hostilité qatarie à l’égard du régime syrien peut-être décrypté.

Comme il en a déjà été fait mention, le Qatar œuvre au côté de l’Arabie Saoudite à l’établissement d’un arc sunnite au Moyen Orient, dans l’optique de renforcer leur pouvoir dans la région au détriment du voisin chiite iranien.

 

Ainsi depuis 2011, le Qatar a abandonné sa politique de neutralité et de maintien de bonnes relations. Alors que d’une part l’émirat soutenait ouvertement les rebelles en Libye et en Syrie. Le gouvernement appuyait d’autre part la répression contre les manifestants au Bahreïn. Parallèlement tout le crédit d’Al Jazeera dans le monde arabe s’est effondré puisque tandis qu’elle: «  couvrait avec enthousiasme le « printemps  arabe » en Afrique du Nord et en Syrie, elle imposait l’omerta sur la couverture des manifestations de la place de la Perle à Manama[23]. »

 

Depuis le début des « printemps arabes » le Qatar a opté pour une politique claire : le petit  émirat se présente comme le défenseur de la démocratie au Moyen Orient.

La position du Qatar, consiste à saisir les soulèvements arabes en s’en faisant le porte parole par le biais de sa chaîne satellitaire Al Jazeera. Cette position rompt avec sa diplomatie qui s’était spécialisée dans les médiations. En effet, lors « des printemps arabes », le Qatar  est intervenu directement auprès des acteurs concernés, prenant généralement  le partie des revendications populaires et Al Jazeera est devenu ainsi un miroir de la politique étrangère du Qatar

Le passage à une diplomatie d’engagement peut cependant représenter un risque pour le Qatar.

Fort de son succès en Libye, le pays a poursuivi ses ambitions diplomatiques en Syrie dans l’optique de la création d’un axe sunnite avec l’aide de l’Arabie Saoudite.

Mais les efforts du Qatar en Syrie n’ont cependant pas abouti et face aux réserves américaines et à la prudence saoudienne, l’émirat voit pour le moment sa stratégie remise en question. A trop vouloir intervenir et transformer son influence en puissance, le Qatar risque de perdre de puissants alliés auprès desquels il voulait se rendre indispensable. Certes, la conjoncture lui est favorable avec un vide de puissance régional, mais le passage de l’influence à la puissance ne se fait pas sans heurt et le soutien américain pourrait ne plus être  si rigoureux si les interventions qataries, en particulier en Afrique, deviennent trop risquées.

Enfin, un autre facteur de fragilité est apparu suite au printemps arabe relevant la contradiction de plus en plus claire entre la nature autoritaire du pouvoir qatari et sa défense des mouvements de libération des printemps arabes, défense qui reste toutefois sélective comme le prouve la faible couverture des soulèvements au Bahreïn par Al-Jazeera en 2011.

 

Celle-ci s’est vue une fois de plus, accusée de parti pris. Cette impartialité de la chaîne l’a grandement fait perdre en popularité et en influence dans le monde arabe comme le prouve ce qui a été un peu rapidement décrit comme le « moment américain » d’Al Jazeera. Ainsi, ce qui est censé être la consécration de plus d’une quinzaine d’années de travail acharné, pourrait s’avérer être le début de la fin pour la chaîne dans le monde arabe[24]


[1] CHATER Khalifa «  Le Qatar et le « printemps arabe » : le cas de la Tunisie. » Moyen Orient, 2012, n°16, p.56.

[2] EL-NAWAWY Mohammed, ISKANDER FARAG Adel,  Al-Jazeera: How the Free Arab News Network Scooped the World and Changed the Middle East, Cambridge MA, Perseus Book, 2002, p.107.

[3]LAMLOUM Olfa,  Al-Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe, Paris, La Découverte, 2004, p.136.

[4] DA LAGE Olivier  « La politique du grand écart : l’indépendance éditoriale d’Al Jazeera comme instrument diplomatique au service du Qatar » in ZAYANI Mohamed (dir) The Al Jazeera phenomenon : critical perspectives on new arab media, Londres, Pluto Press, 2005, p.49-65

[5] CHATER Khalifa «  La Qatar et le « printemps arabe » : le cas de la Tunisie. » Moyen-Orient, 2012, n°16, p.56.

[6] SALEM Paul et DE ZEEUW Huib « Les grandes ambitions d’un micro-État » Moyen-Orient, 2012, n°16, p.48.

[7] ABIDI Hasni cité par MABILLARD BORIS « Le Qatar tire les ficelles du printemps arabe et finance les islamistes » Médiapart.fr, Décembre 2011. http://blogs.mediapart.fr/blog/giulietta/151211/le-qatar-tire-les-ficelles-du-printemps-arabe-et-finance-les-islamistes

[8] CHATER Khalifa «  La Qatar et le « printemps arabe » : le cas de la Tunisie. » Moyen-Orient, 2012, n°16, p.58.

[9] CHATER Khalifa «  La Qatar et le « printemps arabe » : le cas de la Tunisie. » Moyen-Orient, 2012, n°16, p.58.

[10] CHATER Khalifa «  La Qatar et le « printemps arabe » : le cas de la Tunisie. » Moyen-Orient, 2012, n°16, p.59

[11] RABAA Habib «  Tunisie : Ennahdha fustige la campagne de dénigrement menée contre le Qatar » Tunisie Numérique, Avril 2013. http://www.tunisienumerique.com/tunisie-ennahdha-fustige-la-campagne-de-denigrement-menee-contre-le-qatar/174132

[12] El OIFI Mohammed «  Al Jazeera a perdu la fièvre révolutionnaire à Bahreïn » Rue89.com, Avril 2011. http://www.rue89.com/2011/04/13/al-jazeera-a-perdu-la-fievre-revolutionnaire-a-bahrein-199632.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] CHAOUKI Aymane « L’Occident et le « printemps arabe » : un choix entre Realpolitik et Démocratie » affaires-strategiques.info, Mars 2011. http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article4899.

[16] CHAOUKI Aymane « L’Occident et le « printemps arabe » : un choix entre Realpolitik et Démocratie » affaires-strategiques.info, Mars 2011. http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article4899.

[17] LAZAR Medhi « Axe sunnite et gazoduc : quand les Qataris interviennent en Syrie pour le plus grand bonheur des Occidentaux », Atlantico.fr, Aout 2012. http://www.atlantico.fr/decryptage/axe-sunnite-et-gazoduc-quand-qataris-interviennent-en-syrie-pour-plus-grand-bonheur-occidentaux-mehdi-lazar-460320.html?page=0,2

[18] BATIDE Pierre «  La diplomatie à géométrie variable du Qatar » Slate.fr, Mars 2012. http://www.slate.fr/story/51093/qatar-diplomatie.

[19] Il est fait ici usage du conditionnel car plusieurs journalistes relaient cette thèse mais dans la mesure où il ne s’agit pas de diplomatie conventionnelle, il est difficile de trouver des sources fiables à ce sujet.

[20] EL OIFI Mohammed « Al Jazeera a perdu la fièvre révolutionnaire à Bahreïn »  Rue 89, Avril 2011. http://www.rue89.com/2011/04/13/al-jazeera-a-perdu-la-fievre-revolutionnaire-a-bahrein-199632

[21] DEMBRI Nassim « Qaradawi a-t-il une responsabilité morale dans l’assassinat de Ramadan Al Bouti ? » in Oumma.com, Mars 2013. http://oumma.com/15822/qaradawi-a-t-une-responsabilite-morale-lassassinat-de-

[22] LAZAR Mehdi « Qatar : quelle stratégie régionale ? De l’influence à la puissance », Diploweb.com, 14 Octobre 2012. http://www.diploweb.com/Qatar-quelle-strategie-regionale.html

[23] SALEM Paul et DE ZEEUW Huib « Les grandes ambitions d’un micro-État » Moyen-Orient, 2012, n°16, p.47

[24] CORBUCCI Théo « Les quatre vies d’Al Jazeera » », Géoéconomie, 2012/3 n° 62, p.91.

One thought on “Al Jazeera et la politique étrangère qatarie durant le printemps arabe

  1. Tous celà ce n’est qu’un menssonge, certe al jazeera montre les evenements mais elle n’est pas à mes yeux indépendante car elle ne montre pas l’esclavage qui est entraint de se passer à l’intérieur du qatar et d’autres pays du golf, tous simplement elle constitue la continuité de l’emprise du régime qatari et son émir sur la chaine, comme ce que font les autres régimes arabes et dictatures du monde.

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